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30 ans plus tard - Le Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue continue de faire des petits

Le Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue diffuse depuis trente ans le septième art dans sa région et, du même coup, présente celle-ci aux cinéphiles et à ses invités de partout. Réputé sympathique et accueillant, ce rendez-vous automnal est un modèle, une sorte de grand frère pour les organisateurs d’événements culturels de la région. Avant sa conférence prochaine à Rouyn-Noranda, son vice-président et cofondateur, Louis Dallaire, revient sur le chemin parcouru et sur la recette abitibienne de ce succès.

Pour bien comprendre d’où vient le Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue, il faut savoir que son ancêtre est la Semaine du cinéma régional, inaugurée en Abitibi en 1977. Pendant quatre ans, ses instigateurs organisent une tournée annuelle du territoire pour montrer les films des gens de la région aux gens de la région, en plus des films sur l’Abitibi réalisés par d’autres cinéastes de la province.


Des films pédagogiques de l’abbé Proulx sur la colonisation de ce coin de pays, aux premiers documentaires de Richard Desjardins et Robert Monderie, en passant par les portraits lumineux du grand Pierre Perrault, c’est toute l’identité d’une région qu’on projette alors une fois l’an à ses habitants.


La cinquième année, on accouche d’une Semaine du cinéma québécois. Au terme de la tournée, les jeunes et audacieux cinéphiles Jacques Matte, Guy Parent et Louis Dallaire conviennent de donner une envergure internationale à l’événement. L’année suivante, ils flairent le grand coup : obtenir la première nord-américaine du film Fitzcarraldo, du réputé cinéaste allemand Werner Herzog. «Il devait être présenté plus tôt au Festival des films du monde à Montréal, mais la copie n’était pas prête, se souvient Louis Dallaire. On s’est reviré comme ça, et on a dit au distributeur qu’on avait un festival de cinéma international en Abitibi-Témiscamingue, que c’était notre première édition et qu’on pourrait sortir le film en première nord-américaine. Front de boeuf! On a invité un journaliste de La Presse et Francine Grimaldi, de Radio-Canada, deux journalistes qui sont venus couvrir ce nouvel événement-là. Et c’était parti.»

 

Une expérience abitibienne


Rouyn-Noranda, petite agglomération de quelques dizaines de milliers d’habitants, remportait donc son beau pari. Trente ans plus tard, le festival a toujours ses pénates en ville et continue de prendre la route. «On n’oublie pas d’où on vient», lance un Dallaire affectueux envers son Abitibi. L’événement demeure très ancré localement et la communauté a ainsi développé un fort sentiment d’appartenance. Les organisateurs tentent d’ailleurs à chacune des éditions de faire participer le plus de monde possible, en couvrant l’ensemble de la ville et de la région.


Pour les cinéastes et artisans invités, tels que l’ont été jadis Claude Lelouch, Serge Gainsbourg, Maria de Medeiros et Pierre Falardeau, ce festival peut relever plus de l’expérience abitibienne élargie que de la simple présentation d’un film. «On a des gens qui viennent deux, trois ou quatre jours. On les emmène voir des sites. On montre ce qu’il y a chez nous.»


Descendre dans une mine, fraterniser avec les orignaux du Refuge Pageau à Amos, rencontrer des membres de communautés autochtones, faire des excursions dans le bois… Tout cela est possible. «On a fait toutes sortes de choses. On invente», explique le cofondateur.

 

Un accueil professionnel et chaleureux, telle est la marque de commerce du festival. Dès l’arrivée d’un invité à Rouyn-Noranda, il est encadré par un comité de bénévoles pour son hébergement. Puis on l’emmène à l’incontournable Théâtre du cuivre, de la rue Taschereau, pour lui faire part de l’horaire prévu et des activités possibles. La semaine précédant l’événement, l’organisation entre en contact avec les journalistes et les artistes pour planifier les entrevues qui auront lieu dans le cadre du festival. On arrive ainsi à éviter les conflits d’horaire. Sur place, on remet un calendrier préétabli. «Moi, je n’ai retrouvé ça dans aucun événement que j’ai vu ailleurs, affirme fièrement le vice-président. C’est très particulier.»


«Ça fait partie de l’accueil, considère-t-il. On a vu trop souvent des festivals de cinéma où des invités présentent leur film et se retrouvent sur le trottoir vingt minutes après la projection. Les gens sont partis ailleurs, il n’y a pas d’ambiance. Nous, on prend les gens, ils viennent au Théâtre, ils présentent leur film et ils peuvent jaser dans le foyer avec les gens qui l’ont vu. Après, on fait une tournée de restaurants avec tous les invités pendant les six jours que dure le festival. Les gens se promènent d’un restaurant à l’autre. On fait des conférences, des rencontres avec des étudiants, on invente plein de lieux. Et c’est ça que les autres événements ont appris à faire aussi.»

 

De l’improvisation à la structure


Le festival n’a pas toujours été aussi structuré. À ses débuts, il était marqué par l’improvisation, à l’image du bourdonnement culturel régional du moment. «À l’époque, avant le festival, on s’amuse à dire que le principal événement culturel était la vente trottoir sur la rue Principale, en plein été», rigole le vice-président. C’est seulement après quelques années que les fondateurs se sont crus capables d’adopter une véritable structure professionnelle. «Ç’a été un virage extrêmement important. On devenait une entreprise qui montait un événement culturel dans une région au Québec.»


Des pionniers soucieux de la qualité de l’événement, de la cohérence de la programmation, mais aussi de l’esthétique visuelle du matériel promotionnel. Avec un nom aussi long et compliqué, ils misent à l’étranger sur la référence à la bête mythique du festival, l’orignal, et sur une bande-annonce projetée chaque automne sur 200 écrans au Québec. «On a même distribué dans des festivals européens un chocolat avec une tête d’orignal pour présenter notre festival, dit Dallaire en riant. On s’amuse. Mais on y croit à cette région-là. Nos parents l’ont développée, et nous, on est seulement en train de placer des affaires, de faire un pas de plus.»


Une expertise locale


Aujourd’hui, ce sont une vingtaine de festivals et d’événements culturels qui se sont inspirés de près ou de loin de leur savoir-faire. Bon nombre d’organisateurs locaux sont d’abord passés par chez eux pour apprendre à mettre sur pied un projet durable. Des gens qui se retrouvent aujourd’hui au Festival du docuMenteur, au Conseil de la culture ou encore au Festival de musique émergente. «Ces gens-là ont pris la recette», observe M. Dallaire.


Un projet local est justement en chantier, sous le nom de Soutien aux festivals et événements. Ses buts sont d’arriver à concerter les festivals, à les appuyer financièrement et à développer l’expertise locale. Si cette vitalité culturelle est appréciable pour ses nombreuses retombées, elle participe sans doute aussi au renouvellement démographique de l’Abitibi-Témiscamingue et à faire de cette jeune région beaucoup plus qu’une destination de chasse et pêche.


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