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    Fabelhaft Weill!

    13 avril 2012 |Sylvie Nicolas | Actualités culturelles
    L’Orchestre d’Hommes-Orchestres<br />
    Photo: Frédéric Auger L’Orchestre d’Hommes-Orchestres
    Cabaret brise-jour et autres manivelles
    Musique: Kurt Weill. Mise en scène: LODHO. Avec: Bruno Bouchard, Jasmin Cloutier, Simon Drouin, Simon Elmaleh, Lyne Goulet, Philippe Lessard Drolet, Danya Ortmann. Une production de l'Orchestre d'Hommes-Orchestres. Présentée au théâtre Périscope jusqu'au 28 avril.
    Québec — Vous ne les trouverez pas dans le grand catalogue de l'uniformité. Pas non plus dans le bottin des événements standardisés, dans la brochure des nostalgiques soirées-hommages ou sur la liste des groupes qui viendront à coup sûr alimenter l'impérieuse et vorace industrie du spectacle. L'Orchestre d'Hommes-Orchestres échappe à toutes les étiquettes et même à celle de collectif multidisciplinaire puisqu'il s'active à multiplier l'indiscipline et s'amuse à redéfinir la performance. Il est sa propre machine — à la limite de la machination — sa boîte à images et sa boîte à musique, une sorte d'enclave artistique au coeur de la cité culturelle. L'Orchestre d'Hommes-Orchestres est un des secrets les mieux gardés et pour cause, le groupe est également le cerbère qui garde le fort et redéfinit sa très actuelle façon de nous donner à VOIR la musique.

    Dans Cabaret brise-jour et autres manivelles, qui prend l'affiche au Périscope, LODHO occupe un espace exigu, encombré, une sorte de brocante d'époque qui ravive passé et histoire, désoeuvrement et désenchantement, menace et impuissance. Ce qui fait la beauté de cet univers, c'est sans doute qu'il rejoint à la fois l'image du grenier fictif ou réel, le cabaret des années folles autant que celui sous l'Occupation allemande. C'est dans un enchaînement de saynètes où les corps se frôlent et s'emmêlent, où le social, le politique et l'intime s'orchestrent que Weil s'élève au gré de l'exploration très personnelle qu'en fait l'Orchestre d'Hommes-Orchestres.

    Léger et profond, charnel et intemporel, l'univers que livre Cabaret brise-jour allie l'humour, la culbute vers l'absurde et l'acrobatique prestation musicale, crée et recrée le geste, l'interprétation, le chaos et l'ordre. Les interprètes offrent une présence déconcertante qui relève de l'inventivité du patenteux, du jeu grave et innocent de l'enfance et de la fabuleuse mise en danger artistique. Dans ce branle-bas de dissonances, d'assonances, de voix vertigineuses, de sons, de cuivres, de percussions, LODHO s'ingénie à ne rivaliser qu'avec sa propre capacité à repousser les limites. Lampes, marteau, fils, cylindres, batteur à oeufs, piano, fils, landau d'enfant, mécanique de machine à coudre, tout, absolument tout, du plus incongru au plus attendu concourt à faire de l'expérience une poétique du temps présent.

    L'Orchestre d'Hommes-Orchestres redonne à l'anarchie ses lettres de noblesse et actualise la soixante-huitarde imagination au pouvoir.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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