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    Pabos et Big City - «Il faut faire ressortir l'intelligence du projet»

    Le concours est une forme de commande exigeante mais très démocratique

    14 mars 2012 |Hélène Roulot-Ganzmann | Actualités culturelles
    Anne Cormier inaugure le colloque «Les compétitions internationales et une architecture de qualité à l'ère planétaire» le vendredi 16 mars à 8h30.
    Anne Cormier est la directrice de l'École d'architecture de l'Université de Montréal et une membre fondatrice de l'Atelier Big City, bureau qu'elle partage avec deux autres associés. Selon elle, la pratique des concours est fondamentalement démocratique, car elle met tout le monde sur un pied d'égalité, jeunes cabinets comme architectes bien établis. Elle regrette que le Québec n'en ouvre pas plus.

    «Dans une société, lorsqu'on doit construire un édifice, on peut se demander de quelle façon on va choisir les professionnels, explique Anne Cormier. Lorsqu'il s'agit d'édifices publics, il y a quand même des comptes à rendre et le concours offre une bonne transparence.» Et de regretter que le Québec n'utilise pas plus cette méthode pour attribuer ses contrats.

    Il y a quelques mois, la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a annoncé la construction de vingt écoles et l'agrandissement de vingt-cinq autres. Madame Cormier a alors pris sa plume pour demander que ces projets soient attribués par concours. Fin de non-recevoir. «Il y a une certaine frilosité au sujet de la tenue de concours, estime-t-elle. Cela bouscule sans doute de plus anciennes façons de faire. On peut aussi imaginer une impression de perte de contrôle chez les donneurs d'ouvrage. Et l'architecture est intimement liée au monde de la construction, qui est complexe. Il faut aussi reconnaître que tous les architectes ne partagent pas le même enthousiasme que moi pour les concours, qui demeurent une forme de commande exigeante.»

    Nécessaire investissement


    Une commande est exigeante et pas toujours rémunératrice. Lorsque les concours sont dits «ouverts», c'est-à-dire que n'importe quel bureau d'architectes qui le souhaite peut s'inscrire, il n'y a pas d'honoraires. Dans le cas où les cabinets sont invités à participer à un concours, ceux-là sont généralement rémunérés. «Ça peut se faire de différentes façons, nuance Anne Cormier. Il peut, par exemple, y avoir une première étape ouverte à tous, mais on ne demande alors que des esquisses très préliminaires, quelques dessins qui expliquent les idées. Le choix d'un certain nombre de propositions est fait, et, à ce moment-là, les concurrents choisis pour l'étape suivante vont être rémunérés.»

    Cet investissement peut être lourd, mais il permet d'ouvrir des portes aux jeunes cabinets d'architecture. Il est, pour eux, un moyen de se faire connaître, de matérialiser son corpus d'idées et de se forger un portefolio.

    «Il donne accès à la commande, ajoute la directrice de l'École d'architecture. Un appel d'offres sans concours est souvent quantitatif: combien de mètres carrés de tel type de bâtiment avez-vous construit? Combien de personnes y a-t-il dans votre bureau? Pour combien de milliers de dollars avez-vous construit? Dans le concours, quand il est bien mené, le choix se fait selon le projet. C'est en ça non seulement que les jeunes cabinets peuvent tirer leur épingle du jeu, mais aussi que des cabinets plus établis, qui sont connus pour tel ou tel type d'édifice et qui souhaiteraient sortir de cet étiquetage, ont une carte à jouer. Ensuite, une proposition, même si elle ne remporte pas le concours, n'est jamais perdue. Pas qu'on puisse la représenter telle quelle ailleurs... Sauf que non seulement elle amène l'architecte à une réflexion sur une situation particulière — et ça, il pourra s'en resservir — mais surtout, lorsqu'il y a un concours, au final un seul édifice sera construit. Il y a plusieurs projets qui existent sur papier et qui ne verront jamais le jour. C'est ce qu'on appelle l'architecture potentielle, celle qui aurait pu être. Ces différents projets, surtout lorsqu'il s'agit d'un concours qui a eu une grande importance, peuvent être étudiés dans les écoles et ont parfois de l'influence.»

    Obligatoire perspective

    Pour qu'il soit bien mené, un concours doit compter sur un bon jury. Des membres qui ont une grande expérience de l'architecture, une grande sensibilité pour l'espace, la matière, la composition, qui sont capables de bien se représenter ce qu'ils ont sous les yeux, qu'il s'agisse de plans, de maquettes, de dessins, de coupes, de perspectives, pour le projeter dans la réalité. Souvent, ce sont des gens qui ont eux-mêmes réalisé de beaux projets et qui ont écrit sur l'architecture. Il faut également des gens qui connaissent bien le type d'édifice à venir, qui ont une expertise particulière par rapport au programme lui-même, comme des bibliothécaires dans le cas d'une bibliothèque, des enseignants dans le cas d'une école. «Il est important que les membres du jury s'éclairent mutuellement», note Anne Cormier.

    Il est important également que les concurrents sachent bien présenter leur projet. «Il faut faire le meilleur projet possible, mais il faut le présenter de la façon la plus éloquente, à la fois en mots, en dessins et éventuellement en maquettes, pour bien faire comprendre quelles sont ses spécificités, quelles sont les idées, quels sont les bons coups auxquels vous avez pensé, qu'est-ce qui va faire qu'on va s'y sentir bien. Il faut développer un projet intelligent, mais il faut aussi faire ressortir cette intelligence lors de la présentation.»

    Heureuse participation

    Anne Cormier, avec son bureau, l'Atelier Big City, participe généralement à un concours par an au Québec. Lorsqu'elle a démarré en 1987, elle a concouru à l'international, pour la bibliothèque d'Alexandrie et le musée du Parthénon à Athènes, notamment. «Ç'a été très constructif au départ pour créer notre corpus, estime-t-elle. Mais on ne le fait plus parce qu'on se retrouve alors dans une situation où on est un cabinet parmi 500 ou 1000 à faire une proposition... Aujourd'hui, nous nous concentrons sur les rares concours locaux.»

    C'est d'ailleurs en Gaspésie, à Pabos, que se trouve l'édifice dont la directrice de l'École d'architecture est le plus fière: le Centre d'interprétation. «C'était l'un des trois premiers projets-pilotes du ministère de la Culture, se souvient-elle. Il n'y avait pas de précédent et on ne savait pas quelles étaient les intentions. Il a fallu beaucoup réfléchir et nous avons été, d'une part, très heureux de remporter le concours, d'autre part, très fiers car c'est un projet qui a été primé par l'Ordre des architectes et par le gouverneur général du Canada et qui a été reconnu comme l'un des meilleurs projets canadiens du XXIe siècle!»

    ***

    Collaboratrice du Devoir
    Le Centre d’interprétation de Pabos, en Gaspésie<br />












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