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    Le dôme et la dame

    Marie-Claude Poulin dans Intérieur de kondition plurielle, le premier spectacle présenté sous le dôme de la SAT. <br />
    Photo: SAT Marie-Claude Poulin dans Intérieur de kondition plurielle, le premier spectacle présenté sous le dôme de la SAT.
    Il en va des lieux comme des gens. Certains, plus inspirants que d'autres, regardent au loin, visent les hauteurs. Quand des horizons bloqués sous un ciel bas et lourd à la Baudelaire nous jettent à terre, suffit parfois d'entrer dans un temple, de quelque confession qu'il soit, pour y reprendre ses esprits. L'altitude du plafond, l'harmonie des formes et des couleurs possèdent des vertus curatives, faut croire. Sous la coupole aux splendides médaillons peints de la belle cathédrale Marie-Reine-du-Monde de Montréal, on sent de ces appels d'air... Mais ça se joue aussi hors du champ religieux. S'érigent désormais des temples sans dieu, mais non sans art, capables de vous propulser en orbite à leur tour.

    Ainsi, cette semaine, on était plusieurs à pousser des Oh! et des Ah! sous le dôme de la Société des arts technologiques (SAT), inauguré en novembre, bulle des projections les plus folles. Celui-ci fut créé par l'architecte aux multiples talents Luc Laporte, bien malade paraît-il, à qui on envoie au passage tous nos voeux et coups de chapeau.

    La SAT, établie sur l'ancien marché Saint-Laurent, en face du Monument-National, exhibe ce dôme visible sur la Main. Mais mieux vaut entrer pour voir sa sphère en action.

    Monique Savoie, papesse montréalaise du numérique, qui mit au monde la SAT il y a 15 ans, recevait ce 8 mars le titre, hautement mérité, de grande bâtisseuse du XXIe siècle, des mains d'Helen Fotopoulos de la Ville de Montréal.

    D'où notre présence en nombre deux jours plus tôt pour une soirée-hommage. Marie Chouinard, Phyllis Lambert et d'autres maîtresses femmes célébraient la visionnaire. Diane Dufresne à New York, par satellite, après avoir entonné deux strophes d'Oxygène, disait trouver à la Grosse Pomme des raisons d'envier Montréal.

    De fait, là où les planétariums proposent un petit séjour sous la voûte étoilée, là où le panthéon romain avant l'ère chrétienne s'était voulu un monument à tous les dieux, le dôme de la SAT se révèle unique au monde, puisque voué exclusivement à l'expérimentation et à la diffusion artistique.

    Il s'envoyait mardi soir en l'air au-dessus de la tête de Monique Savoie, dans son cercle sélect de bâtisseuses montréalaises, où l'avait précédée Jeanne Mance. Sa SAT en 1996, «c'était la nef des fous, le bateau de la méduse», évoquait la navigatrice du futur.

    Car le numérique, ça mangeait quoi à l'époque? Et ça goberait quelles substances hallucinogènes dans un nébuleux avenir? Euh!

    Monique Savoie y croyait. Ça en prend juste une.

    Puis, les arts technologiques se sont mis à pousser en fleurs virtuelles sur le terreau du numérique. Toute une avant-garde artistico-scientifique (10 000 membres) s'est ruée sur ce laboratoire pur Montréal. À l'étranger, les créateurs s'inclinent aujourd'hui bien bas devant l'acronyme SAT, symbole des modernités éclatées.

    Luc Courchesne remontait le parcours de la combattante, vie et oeuvre de Monique Savoie, à travers un montage des photos projetées sur le dôme, qui vous maintenait le nez en l'air durant les discours.

    Il me parlera plus tard du dôme: traitement acoustique et thermique, écran de projection sphérique suspendu, batterie de huit projecteurs, 157 enceintes acoustiques enveloppant le spectateur. Que du neuf et du high tech! Des compositeurs, des vidéastes, des photographes, des marionnettistes, des artistes de la 3D, des scénographes et des chorégraphes s'en emparent pour créations futures. Même des films devraient naître sur ce support courbe.

    Ce soir-là, j'ai attrapé au vol Paule Baillargeon, cinéaste qui recevra dimanche le Jutra hommage lors de la grande nuit du cinéma.

    — Hé! Pas trop nerveuse?

    On s'est assises sur des sièges placés en cercles contre les parois. Quand la chic faune de l'hommage fut aspirée dans une autre pièce pour le vin d'honneur et les petites bouchées, le dôme nous a maintenues sur place, comme aspirées.

    Il fut question de son discours aux Jutra. «Je vais parler un peu de mes modèles masculins au cinéma, car du côté des femmes, le paysage était vide», me dit Paule. Elle lui aura manqué, cette dimension féminine là, en unité de mesure, au début de sa carrière. Mais je la sentais heureuse aussi. À cause de son délicieux film autobiographique Trente tableaux, tout en fragments de vie, en plages d'animation, qui gagnera nos écrans dans deux semaines.

    On est demeurées longtemps sous notre dôme, à peu près seules et ravies de l'être, refaisant le monde. Surtout quand la DJ Mini a testé des projections sur la sphère. Soudain, l'intérieur d'une église est apparu, apparemment tiré d'un songe. Puis des fragments de son plafond, de ses vitraux, de sa nef se sont écroulés les uns après les autres jusqu'à l'anéantissement, symboles d'un passé religieux en déroute. Des cordages tressés ont pris le relais de l'église, sorte de cathédrale moderne avec un carré noir en haut, porte sur l'infini d'un ciel de nuit.

    Happées par un temps suspendu, magique; submergées sous cet espace aux virtualités inépuisables, on savourait le privilège d'en voler des images en sourdine.

    Lorsque les invités sont partis voir le spectacle des projections sous dôme, je me suis esquivée, préservant ce moment de grâce. Mais je remerciais à part moi Monique Savoie d'avoir caressé des rêves de plafonds ronds qui dansent. Car en grande bâtisseuse, mais aussi en génie de la lampe, elle avait pris soin de les exaucer.
     
     
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