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Exposition à la Maison de l'architecture du Québec - Dialogues sur la ville

La démarche de Lapointe Magne va au-delà d'une nette opposition tradition-modernité

La piscine du Centre sportif de Gatineau.<br />
Photo : Photos michel brunelle
La piscine du Centre sportif de Gatineau.

À retenir

    Maison de l'architecture du Québec, 181, rue Saint-Antoine Ouest, Montréal. 514 868-6691
L'exposition en cours à la Maison de l'architecture du Québec propose un nouveau regard sur l'œuvre des architectes Lapointe Magne et associés. Sous l'œil aiguisé de la commissaire architecte Marie-Paule Macdonald, l'événement permet de redécouvrir certains édifices phares de Montréal et d'ailleurs en nous faisant prendre conscience de la façon dont ces œuvres façonnent notre espace public au quotidien. L'École nationale de cirque, le Centre Bell, l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec, le Centre sportif de Gatineau, le Palais de justice de Salaberry-de-Valleyfield et une vingtaine d'autres bâtiments apparaissent soudain comme des projets révélateurs d'identité urbaine.

Lapointe Magne et associés (LMA) est une agence aux multiples compétences qui semble être là depuis toujours: sa fondation remonte à 1955... Les associés se sont succédé au fil du temps et, aujourd'hui, Michel Lapointe, Robert Magne, Frédéric Dubé et Benoit Forcier travaillent avec une équipe de 30 personnes qui unissent leurs expertises et leurs visions complémentaires pour la réalisation d'oeuvres variées, tant au chapitre des échelles qu'au chapitre de la difficulté et des défis rencontrés.

Couronnée de nombreuses distinctions, LMA est pourtant restée discrète dans le milieu, une rare qualité qui montre bien que toute l'énergie est concentrée sur une architecture de haut calibre, sans nécessiter de marketing tordu.

Les bâtiments émergeant de ses créations parlent d'eux-mêmes, surtout la nuit, lorsque la vie intérieure transparaît au niveau de la peau architecturale, engageant un dialogue invitant avec les usagers de la voie publique.

Cette perméabilité visuelle et cette connectivité physique, qui s'opèrent tant en façade qu'au niveau des passages publics traversant les bâtiments ou les noeuds de transport sur lesquels ils se greffent, permettent une totale expression de l'intérieur vers l'extérieur, et vice-versa.

Un échange nourricier qui permet aux édifices de LMA de traverser le temps et qui montre à quel point sa pratique, loin des contraintes du marché, est très proche d'un savoir-faire européen, où architecture, urbanisme et paysage ne font qu'un.

Fermes quant à leurs positions et à leurs convictions, les architectes de Lapointe Magne possèdent néanmoins une grande qualité: ils savent écouter le client et respecter le site ou le lieu qui leur est proposé. Puis ils soumettent des solutions intelligentes, sensibles, respectueuses des notions existantes et des fonctions du projet.

Greffe spatiale

Lapointe Magne et associés sont incontestablement les champions de la commande publique et surtout de la greffe spatiale... Rarement des architectes d'ici ont-ils aussi bien réussi la renaissance de bâtiments à l'aide de tissus contemporains.

Qu'on pense au Musée McCord d'histoire canadienne, à la Centrale hydroélectrique de Beauharnois, au Bain Lévesque, à l'annexe de la bibliothèque du Parlement, au théâtre Espace libre, à l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec ou au Palais de justice de Salaberry-de-Valleyfield — en cours —, la greffe prend chaque fois et redonne une vitalité architecturale et fonctionnelle à des édifices exigeants.

L'exposition sur LMA est elle aussi, en quelque sorte, une greffe remarquable. L'architecte Frédéric Dubé, qui en a réalisé la mise en place, a notamment pensé à mettre des roulettes sous tous les supports de manière à ce que l'espace relativement étroit de la galerie puisse être utilisé à d'autres fins pendant la durée de l'événement.

«Nous avons fait la même chose dans beaucoup de nos projets, souligne-t-il, car il est important de comprendre que les besoins d'un bâtiment ne sont pas statiques, bien au contraire. Nous essayons toujours de penser l'architecture d'un bâtiment en projetant une multiplicité de fonctions.»

Lecture urbanistique

Pour faciliter la compréhension du visiteur, LMA a recouvert le sol de la galerie d'une pellicule blanche autocollante qui montre l'implantation des édifices dans la ville. Cela permet de se plonger littéralement dans une lecture urbanistique et d'identifier en un coup d'oeil les bâtiments urbains et péri-urbains.

Sur les murs mobiles, les architectes ont choisi d'apposer des plans et des coupes gigantesques des mêmes bâtiments: une autre manière de découvrir le langage architectural de l'une de leurs expressions.

Mais LMA a aussi tenu à ce que le public découvre l'architecture de ses bâtiments sous d'autres formes d'expression: on y retrouve ainsi des carnets de croquis révélant des concepts vivants et en évolution, des maquettes de travail ou de représentation de projets exposées sans leur cadre protecteur, des extraits de films mettant en scène les espaces architecturaux de LMA et, enfin, une très belle narration en images réalisée par la vidéaste Marlène Poulin, qui met en valeur la circulation réussie, l'ancrage puissant des projets dans leur contexte urbain.

Une monographie bilingue de grand format accompagne l'exposition avec des textes de la commissaire et de critiques invités. Ce bel ouvrage largement illustré permet de documenter et surtout d'approfondir 20 années de travail de Lapointe Magne.

«Si la ville est malléable, si elle se prête à des transformations, dit la commissaire Marie-Paule Macdonald, c'est parce qu'on permet à ses citoyens de penser qu'elle est modifiable, qu'elle est adaptable par une reconstruction ou un revêtement, idéalement modérés, de ses bâtiments. Les architectes qui ont une conscience citoyenne de la ville peuvent déceler, dans les oeuvres réalisées par Lapointe Magne, les principes émergents d'une architecture responsable, c'est-à-dire une nouvelle architecture durable, composée avec discernement, liée aux infrastructures et proposant des réponses satisfaisantes aux exigences complexes des archétypes des programmes mixtes. Enfin, une réflexion sur la manière juste de créer une nouvelle architecture qui collabore avec l'ancienne dans la ville qui se régénère.»

À la sortie de l'exposition, une carte interactive propose au visiteur d'aller voir les bâtiments concernés, situés dans le centre-ville de Montréal ou à proximité. C'est encore la meilleure chose à faire après avoir vu cette expo, qui vaut vraiment le détour.

***

Collaboratrice du Devoir
La piscine du Centre sportif de Gatineau.<br />
L’extérieur de l’École nationale de cirque de Montréal.<br />
Dans la palestre de l’École nationale de cirque de Montréal.<br />
Une partie de la façade de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec, rue Saint-Denis à Montréal.<br />
 
 
 
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