Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?
    Abonnez-vous!

    L'art urbain à l'échelle humaine

    «La base, c'est l'engagement dans le quartier»

    David Guinn et Phillip Adams ont complété une série de murales aux Habitations Jeanne-Mance. <br />
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir David Guinn et Phillip Adams ont complété une série de murales aux Habitations Jeanne-Mance.
    L'art public, le patrimoine, l'urbanisme, l'architecture... Quelles sont les manifestations physiques de la culture dans l'espace urbain et quels impacts ont-elles sur la qualité de vie des citoyens? Trois façonneurs de l'espace public montréalais exposent leur vision.

    «On voit souvent les notions d'art et de culture associées à des événements, à des produits ou à des programmes culturels, alors que les espaces publics, la façon dont ils sont aménagés et l'architecture sont des dimensions culturelles qui ne sont pas à négliger.»

    Dinu Bumbaru, directeur des politiques chez Héritage Montréal, est un fervent défenseur du patrimoine. Joint au Japon, où il participait à une série de rencontres sur le patrimoine dévasté avec l'UNESCO, Dinu Bumbaru estime que la qualité culturelle de l'espace urbain semble connaître un regain de vie, tant à Montréal que sur la scène internationale. Il se réjouit de la réhabilitation des espaces publics longtemps négligés.

    Pour lui, l'architecture a une incidence indéniable sur la qualité de vie des gens. «C'est une expression culturelle dans laquelle les gens habitent, ce n'est pas de l'art pour l'art.»

    Quant au patrimoine, qui se veut multiple dans une ville d'échelle métropolitaine, il est le reflet d'une histoire collective permettant d'assurer la diversité des quartiers. «Le patrimoine est une accumulation de choses, il n'est pas uniquement d'une seule époque ou d'une seule forme, surtout dans un environnement urbain où chaque quartier a son histoire.»

    Dinu Bumbaru cite en exemple les alentours du marché Atwater, dans le Sud-Ouest de Montréal, avec ses maisons d'artisan tout droit sorties de Bonheur d'occasion. Et, tout près, les triplex qui se prolongent de Ville-Émard jusqu'à Verdun. «D'une époque à l'autre, la façon d'aménager les quartiers a changé.» Il évoque également les terroirs à l'échelle urbaine, comme les fameux bagels shops du Mile-End, un signe éminemment distinctif du quartier.

    Quelle est l'importance de préserver le patrimoine et la personnalité de ces quartiers distinctifs? «Ça rend une ville un peu moins monotone, réplique d'emblée Dinu Bumbaru à l'autre bout du fil. Sinon, nous n'avons qu'à mettre des numéros comme nom de quartier et nous serons dans un univers entièrement standardisé.»

    «À ciel ouvert»

    L'essence spécifique des quartiers montréalais est également au coeur du travail d'Emmanuelle Hébert, cofondatrice de MU, un organisme à but non lucratif qui se spécialise dans la création de murales ancrées dans la communauté locale. MU compte à son actif une trentaine de fresques, dont la murale-hommage à Oscar Peterson dans la Petite Bourgogne, «Le marais» à Verdun et «Les conteurs» sur le mur de l'École nationale de théâtre dans le Plateau-Mont-Royal.

    «Notre mission première est de transformer Montréal en galerie d'art à ciel ouvert», explique Emmanuelle Hébert.

    «On veut amener l'art dans la rue, dans les quartiers, rendre l'art accessible à tous, peu importe où on habite. Pour nous, Montréal, ville culturelle, ça ne se vit pas seulement au centre-ville et au Quartier des spectacles, ça doit se vivre partout, lorsqu'on tourne le coin de la rue pour aller à l'épicerie.»

    Au-delà de la qualité artistique des projets, les murales de MU doivent avoir du sens pour la communauté. C'est pourquoi, plusieurs mois avant le début du projet, Emmanuelle Hébert et son équipe rencontrent les groupes communautaires et les tables de concertation, invitent les citoyens à s'exprimer sur leur quartier, à rencontrer l'artiste, et s'associent à des groupes de jeunes pour leur offrir des ateliers d'art mural.

    Revitalisation

    Selon elle, l'apparition d'une oeuvre d'art dans un espace public devient un moteur de revitalisation. «On s'associe au milieu et, tout d'un coup, les gens s'approprient l'oeuvre.» C'est une réaction en chaîne, parce que le beau amène le beau.

    «Ça change la perception des gens par rapport à leur milieu de vie. On met de la couleur, on amène une émotion et, souvent, on se rend compte que les propriétaires vont tout à coup se mettre à faire d'autres améliorations. L'arrondissement va changer le mobilier urbain, l'Office municipal d'habitation de Montréal va remplacer une fenêtre cassée, les gens vont arrêter d'y déposer leurs ordures et commencer à planter des fleurs... Ce ne sont pas seulement des objectifs, ce sont des choses que nous observons vraiment depuis cinq ans.»

    La cofondatrice de MU espère contrer un peu le cynisme ambiant avec l'art public en amenant les gens à revoir leur rôle par rapport à leur communauté. Elle parle de sentiment d'empowerment, de communautés moins fracturées, de voisins qui partagent des émotions devant la splendeur d'une oeuvre, d'hommes et de femmes qui se rencontrent eux-mêmes. «Les individus se sentent interpellés. Ils sentent qu'ils ont un pouvoir par rapport à leur milieu de vie.»

    Si l'art public permet de décloisonner et de démocratiser l'art, il joue également un rôle d'embellissement non négligeable, apportant une couleur particulière au quartier et un sentiment de fierté collectif.

    «L'art mural, et l'art public de façon générale, ça humanise un quartier en le rendant un peu moins gris et moins bétonné. Ça donne une âme au quartier parce que, outre les édifices architecturaux vraiment exceptionnels, ça demeure trop souvent des murs en ville. L'art public amène cette petite émotion, cette petite fenêtre où le citoyen se reconnecte à ce qui lui parle.»

    Pour l'architecte Ron Rayside, membre du comité sur les projets d'aménagement de Culture Montréal, les citoyens doivent être au coeur des projets de réaménagement des quartiers. Ce n'est pas un hasard si la mission première de sa firme est l'architecture sociale.

    «La base de l'architecture sociale, c'est l'engagement dans le quartier. Nous apportons notre soutien aux projets sociaux en tout genre, que ce soient le logement social, les centres de la petite enfance ou les centres communautaires. Et nous sommes engagés dans le développement des projets dès le "jour zéro".»

    Il voit d'un bon oeil la création de tables de concertation et l'intérêt croissant des citoyens pour tout ce qui touche à l'urbanisme et à la vision à long terme de leur quartier.

    «Les gens sont capables de discuter de notions de densité, de TOD — le développement de noyaux urbains autour de pôles de transports collectifs — et de dynamisme. Ils en sont capables, mais encore faut-il leur donner la possibilité de se faire entendre.»

    Car, bien qu'un nombre grandissant de promoteurs commencent à consulter les citoyens de plus en plus tôt dans le processus, certains sont encore réticents à le faire, craignant notamment que la consultation ne vienne rallonger les délais. Mais c'est tout l'inverse, assure Ron Rayside. «Plus on consulte en amont, plus on garantit le succès du projet.»

    Après des années de conservatisme en matière architecturale, il observe une certaine audace émanant de la jeune génération. Il espère que celle-ci saura prendre sa place et laisser sa trace. À son avis, Montréal est sur la bonne voie, ne serait-ce qu'avec le Quartier des spectacles et le Quartier international. «Je pense qu'on commence à voir un bon nombre de constructions de qualité en matière d'architecture. C'est quand même encourageant.»

    ***

    Collaboratrice du Devoir
     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel