Songes d'une nuit d'hiver
Par moins 4 degrés dans ses quartiers au nouveau Village des neiges
Photo : Source: Émilie Folie-Boivin
En plus des igloos extérieurs, l’hôtel des neiges compte une quinzaine de chambres standard et une dizaine de suites thématiques différentes, comme le cirque et Le Canadien de Montréal. Celle-ci s’inspire du Grand Prix du Canada.
À retenir
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Les prix d'une nuitée varient entre 195 $ par personne pour les igloos et 299 $ pour la suite prestige. www.levillagedesneiges.com.
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Les quartiers du Village des neiges de Montréal sont officiellement ouverts. Il reste quelques sculptures à peaufiner, comme celles de l'oratoire Saint-Joseph et du Marché Bonsecours, mais les igloos sont terminés, tout comme la chapelle et les deux dernières ailes de l'hôtel de 30 chambres. L'envoyée spéciale «Art de vivre» du Devoir a renouvelé son assurance voyage — tel que suggéré dans le Guide de préparation à la nuitée.pdf — et a dormi chez cet ambassadeur nord-américain du Snow Village, première chaîne hôtelière de neige au monde. Récit d'un séjour en territoire étranger.
17h32 Aux portes. Au Village des neiges, les invités ne vont pas au lit avant 21h au moins; alors, à leur arrivée au chaud Complexe aquatique, ils déposent leur valise dans un casier, rattachent leur tuque («préférablement sans pompon», toujours selon le Guide de préparation à la nuitée.pdf) et filent jouer sur la Plaine des jeux du parc, là où est situé le village.
17h48 Visite guidée. Dès qu'il y a une poignée d'intéressés, le guide à l'accueil de l'hôtel de glace débute sa visite. Pendant que les gens épatés essaient les matelas et testent les structures de glace des chambres, le préposé raconte d'amusantes anecdotes, au sujet des alarmes de feu sur les murs de neige, par exemple. La veille, le Service des incendies est venu vérifier leur installation et a conclu qu'elles seraient les seules choses à brûler en cas de feu. Le groupe éclate de rire.
Les murs entre les chambres font trois mètres d'épaisseur et si l'on revient d'ici la fermeture du village, à la fin mars, les structures se seront affaissées de 50 à 90 centimètres. Mais il n'y a rien à craindre. Le promoteur Guy Bélanger, du trio d'amis ayant importé ce concept de Finlande, me confie qu'il pourrait passer sans problème sur le toit avec un tracteur (il ne le fera pas, promis) et qu'il s'y promène souvent pour refaire les trous d'aération au plafond.
Au moment d'écrire ces lignes, je suis en vie.
19h11 Courge, buée et braisé. Le restaurant est la plus saisissante pièce du lot, lumineuse et délicate avec ses étoffes dorées, les couvertures de faux mouton et le plaqué bois déposé sur le mobilier de glace. Son dôme de neuf mètres forme un douillet cocon et son acoustique permet une écoute impeccable des conversations voisines, pendant qu'on savoure le menu trois-services élaboré par Éric Gonzalez, de l'Auberge Saint-Gabriel. Jusqu'à la fin de la saison seront servis ce réconfortant potage de courge butternut à la chantilly de truffe, une gargantuesque cocotte de cerf braisé tendre comme du fudge et une omelette norvégienne, un brin trop rafraîchissante dans un contexte où l'on doit souper avec des mitaines.
Ce soir-là, plusieurs visiteurs veulent rester pour le repas mais le resto de 60 places est complet, comme pour plusieurs soirées d'ici le mois de mars. Ouvert du jeudi au samedi, le restaurant vient même d'ajouter le dimanche à son horaire. Si Guy Bélanger s'attendait à un tel succès pour le Village? «On est très, très, très surpris.» Puisque le concept est tout nouveau ici, les promoteurs sont encore en rodage.
21h32 Bar à glace. Le soir de ma visite, un DJ sur une tournante de glace décorée d'un faux foyer réanime la pop des années 90 devant un public, ma foi, un peu figé. Une barmaid emballée dans un épais manteau jure que les gens finissent bel et bien par danser. «C'est la seule façon de se réchauffer!», dit-elle en essayant d'attraper son pourboire encastré dans le comptoir avec l'ongle de son index. La carte des boissons est impressionnante pour l'endroit, mais les prix des cocktails sont un brin élevés. Le Village des neiges est un produit de luxe, après tout.
22h33 Spa chaud. Douche ou spa? L'un ou l'autre est recommandé pour se réchauffer avant d'aller dans ses quartiers pour la nuit, mais le spa, bien qu'il implique de se balader en maillot dans la neige par moins 17 degrés, offre une vue saisissante sur le centre-ville et il est franchement plus divertissant qu'une douche. C'est aussi la partie «camp de vacances» de l'expérience.
On se change dans les toilettes du rustique Chalet du village exhalant la sueur, on dépose ses effets dans un casier métallique malmené, le tout dans un esprit de franche camaraderie avec les autres clients, qui s'échangent des trucs pour se rendre au spa sans attraper la crève. Une fois dans les remous, la circulation sanguine reprend enfin dans mes extrémités et l'écho de l'Igloofest signe la trame sonore de ce bain-avec-vue.
23h12 L'affaire est dans le sac. Selon les statistiques des hôtels de glace, 5 % des dormeurs ne terminent pas la nuit, rongés par la claustrophobie. Ici, l'abandon est d'à peine 1 %, note Guy Bélanger. Il y a une raison: les plafonds sont très hauts et jamais on n'a l'impression de suffoquer. Sauf pour les premières minutes passées dans son sac de couchage momie. Car il y a toute une cérémonie pour se blottir dans son enveloppe parée pour les moins 30 degrés — parfaite pour les moins 3 ambiants de ce fort hôtelier.
D'abord, il faut enfourner son manteau et ses habits au fond du sac pour que le corps les garde au chaud jusqu'au réveil et s'insérer dans une pochette de tissu, qu'on remonte par-dessus la tête. Sous toutes ces couches, c'est le moment de mon séjour où j'ai eu le plus chaud. Ne restait qu'à trouver le sommeil dans cette suite à thématique multiculturelle, éclairée de rouge par un puissant projecteur.
Mon esprit divague et s'amuse à faire l'inventaire du contenu d'un congélateur horizontal de 14,8 pieds cubes après une virée chez Costco. J'ai regardé ma montre à 00h17, à 2h43, à 4h44.
7h35 99 %. Dans un hôtel de glace, il paraît que le réveil ressemble au paradis car la chambre est baignée par la lumière du jour. Dans un hôtel de neige comme celui du Village, les murs ne laissent rien filtrer. Ainsi, lorsque l'agent de sécurité a entrebâillé le rideau pour me réveiller, j'ai eu l'impression de m'être assoupie au beau milieu d'une bacchanale moscovite et que les fêtards étaient tous partis en oubliant d'éteindre derrière eux.
Ma carcasse était ankylosée malgré le confort du matelas. Paradoxalement, je serais restée immobile dans cette aube écarlate, enroulée dans cette momie que j'aimais finalement d'amour. Mais puisque les visiteurs doivent libérer leur chambre à 8h, il fallait se dépêcher.
Quelques minutes plus tard, au lounge tout chaud réservé aux invités, une douzaine de corps aux joues rosies par le froid ont émergé du Village pour le petit-déjeuner. Nous avions réussi.
Nous étions le 99 %.
***
L'hiver en Fête
Le Village des neiges et la Fête des neiges ouvrent en diapason leur saison officielle et s'associent le temps de trois week-ends pour faire du parc Jean-Drapeau la destination hivernale montréalaise. La Fête des neiges inaugure cette année des sentiers de ski de fond, un terrain de baby-foot géant et un nouveau bistro servant des vins québécois et des cidres de glace. Les enfants pourront s'initier au ski alpin avant de s'élancer vers les glissades en tube ou la tonne d'activités de la programmation. Après la Fête des neiges (21 et 22 janvier, 28 et 29 janvier, 4 et 5 février), une douzaine d'activités se poursuivront au parc tous les week-ends jusqu'au 11 mars. www.fetedesneiges.com.
17h32 Aux portes. Au Village des neiges, les invités ne vont pas au lit avant 21h au moins; alors, à leur arrivée au chaud Complexe aquatique, ils déposent leur valise dans un casier, rattachent leur tuque («préférablement sans pompon», toujours selon le Guide de préparation à la nuitée.pdf) et filent jouer sur la Plaine des jeux du parc, là où est situé le village.
17h48 Visite guidée. Dès qu'il y a une poignée d'intéressés, le guide à l'accueil de l'hôtel de glace débute sa visite. Pendant que les gens épatés essaient les matelas et testent les structures de glace des chambres, le préposé raconte d'amusantes anecdotes, au sujet des alarmes de feu sur les murs de neige, par exemple. La veille, le Service des incendies est venu vérifier leur installation et a conclu qu'elles seraient les seules choses à brûler en cas de feu. Le groupe éclate de rire.
Les murs entre les chambres font trois mètres d'épaisseur et si l'on revient d'ici la fermeture du village, à la fin mars, les structures se seront affaissées de 50 à 90 centimètres. Mais il n'y a rien à craindre. Le promoteur Guy Bélanger, du trio d'amis ayant importé ce concept de Finlande, me confie qu'il pourrait passer sans problème sur le toit avec un tracteur (il ne le fera pas, promis) et qu'il s'y promène souvent pour refaire les trous d'aération au plafond.
Au moment d'écrire ces lignes, je suis en vie.
19h11 Courge, buée et braisé. Le restaurant est la plus saisissante pièce du lot, lumineuse et délicate avec ses étoffes dorées, les couvertures de faux mouton et le plaqué bois déposé sur le mobilier de glace. Son dôme de neuf mètres forme un douillet cocon et son acoustique permet une écoute impeccable des conversations voisines, pendant qu'on savoure le menu trois-services élaboré par Éric Gonzalez, de l'Auberge Saint-Gabriel. Jusqu'à la fin de la saison seront servis ce réconfortant potage de courge butternut à la chantilly de truffe, une gargantuesque cocotte de cerf braisé tendre comme du fudge et une omelette norvégienne, un brin trop rafraîchissante dans un contexte où l'on doit souper avec des mitaines.
Ce soir-là, plusieurs visiteurs veulent rester pour le repas mais le resto de 60 places est complet, comme pour plusieurs soirées d'ici le mois de mars. Ouvert du jeudi au samedi, le restaurant vient même d'ajouter le dimanche à son horaire. Si Guy Bélanger s'attendait à un tel succès pour le Village? «On est très, très, très surpris.» Puisque le concept est tout nouveau ici, les promoteurs sont encore en rodage.
21h32 Bar à glace. Le soir de ma visite, un DJ sur une tournante de glace décorée d'un faux foyer réanime la pop des années 90 devant un public, ma foi, un peu figé. Une barmaid emballée dans un épais manteau jure que les gens finissent bel et bien par danser. «C'est la seule façon de se réchauffer!», dit-elle en essayant d'attraper son pourboire encastré dans le comptoir avec l'ongle de son index. La carte des boissons est impressionnante pour l'endroit, mais les prix des cocktails sont un brin élevés. Le Village des neiges est un produit de luxe, après tout.
22h33 Spa chaud. Douche ou spa? L'un ou l'autre est recommandé pour se réchauffer avant d'aller dans ses quartiers pour la nuit, mais le spa, bien qu'il implique de se balader en maillot dans la neige par moins 17 degrés, offre une vue saisissante sur le centre-ville et il est franchement plus divertissant qu'une douche. C'est aussi la partie «camp de vacances» de l'expérience.
On se change dans les toilettes du rustique Chalet du village exhalant la sueur, on dépose ses effets dans un casier métallique malmené, le tout dans un esprit de franche camaraderie avec les autres clients, qui s'échangent des trucs pour se rendre au spa sans attraper la crève. Une fois dans les remous, la circulation sanguine reprend enfin dans mes extrémités et l'écho de l'Igloofest signe la trame sonore de ce bain-avec-vue.
23h12 L'affaire est dans le sac. Selon les statistiques des hôtels de glace, 5 % des dormeurs ne terminent pas la nuit, rongés par la claustrophobie. Ici, l'abandon est d'à peine 1 %, note Guy Bélanger. Il y a une raison: les plafonds sont très hauts et jamais on n'a l'impression de suffoquer. Sauf pour les premières minutes passées dans son sac de couchage momie. Car il y a toute une cérémonie pour se blottir dans son enveloppe parée pour les moins 30 degrés — parfaite pour les moins 3 ambiants de ce fort hôtelier.
D'abord, il faut enfourner son manteau et ses habits au fond du sac pour que le corps les garde au chaud jusqu'au réveil et s'insérer dans une pochette de tissu, qu'on remonte par-dessus la tête. Sous toutes ces couches, c'est le moment de mon séjour où j'ai eu le plus chaud. Ne restait qu'à trouver le sommeil dans cette suite à thématique multiculturelle, éclairée de rouge par un puissant projecteur.
Mon esprit divague et s'amuse à faire l'inventaire du contenu d'un congélateur horizontal de 14,8 pieds cubes après une virée chez Costco. J'ai regardé ma montre à 00h17, à 2h43, à 4h44.
7h35 99 %. Dans un hôtel de glace, il paraît que le réveil ressemble au paradis car la chambre est baignée par la lumière du jour. Dans un hôtel de neige comme celui du Village, les murs ne laissent rien filtrer. Ainsi, lorsque l'agent de sécurité a entrebâillé le rideau pour me réveiller, j'ai eu l'impression de m'être assoupie au beau milieu d'une bacchanale moscovite et que les fêtards étaient tous partis en oubliant d'éteindre derrière eux.
Ma carcasse était ankylosée malgré le confort du matelas. Paradoxalement, je serais restée immobile dans cette aube écarlate, enroulée dans cette momie que j'aimais finalement d'amour. Mais puisque les visiteurs doivent libérer leur chambre à 8h, il fallait se dépêcher.
Quelques minutes plus tard, au lounge tout chaud réservé aux invités, une douzaine de corps aux joues rosies par le froid ont émergé du Village pour le petit-déjeuner. Nous avions réussi.
Nous étions le 99 %.
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L'hiver en Fête
Le Village des neiges et la Fête des neiges ouvrent en diapason leur saison officielle et s'associent le temps de trois week-ends pour faire du parc Jean-Drapeau la destination hivernale montréalaise. La Fête des neiges inaugure cette année des sentiers de ski de fond, un terrain de baby-foot géant et un nouveau bistro servant des vins québécois et des cidres de glace. Les enfants pourront s'initier au ski alpin avant de s'élancer vers les glissades en tube ou la tonne d'activités de la programmation. Après la Fête des neiges (21 et 22 janvier, 28 et 29 janvier, 4 et 5 février), une douzaine d'activités se poursuivront au parc tous les week-ends jusqu'au 11 mars. www.fetedesneiges.com.
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