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L'urbanisme selon IKEA

Le marchand de meubles en kit se lance dans l'assemblage d'un quartier complet de Londres

Situé à 500 mètres du stade olympique de Londres, le quartier conçu par IKEA compte 1200 maisons neuves, 45 000 mètres carrés de bureaux, des commerces, des parcs ainsi qu’un hôtel de 350 chambres.<br />
Photo : Landprop
Situé à 500 mètres du stade olympique de Londres, le quartier conçu par IKEA compte 1200 maisons neuves, 45 000 mètres carrés de bureaux, des commerces, des parcs ainsi qu’un hôtel de 350 chambres.
De l'armoire à assembler soi-même au développement urbain. Après avoir fait entrer le design bas de gamme, l'autoconstruction de meubles et la bibliothèque Billy dans des millions de maisons à travers le monde, IKEA veut s'attaquer désormais à l'assemblage des maisons elles-mêmes. La multinationale suédoise a décidé en effet de sortir de son commerce habituel pour se lancer dans l'urbanisme et la construction d'un quartier complet dans l'est de Londres, en Grande-Bretagne. Une initiative qui intrigue, mais qui inquiète aussi. Un peu.

IKEAville? Le projet est en marche aux abords du Parc olympique de Londres — la ville va être l'hôte des Jeux olympiques d'été en 2012 — dans le quartier Stratford (banlieue est), où le géant des produits aux noms imprononçables a mis la main sur un terrain de 10 hectares afin d'y faire ses débuts dans la planification urbaine. Le terrain à bâtir, dont la superficie équivaut à un tiers du parc La Fontaine de Montréal, a été acquis contre une enveloppe de 40 millions de dollars par la compagnie LandProp, le bras immobilier d'IKEA, qui d'ordinaire assure la construction des magasins-entrepôts de l'empire un peu partout en Europe.

Sur les tables à dessin, IKEA voit grand sur ce petit bout de terre, ancienne zone industrielle en voie de reconversion, située à 500 mètres à peine au sud du stade olympique: 1200 maisons neuves, avec trois chambres — un type d'habitation très recherché dans la capitale britannique —, 45 000 mètres carrés de bureaux, des commerces, des parcs ainsi qu'un hôtel de 350 chambres. Une école, des établissements médicaux sont également au programme «pour réduire et minimiser les déplacements» des futurs habitants du coin. L'électricité sera produite par une minicentrale hydraulique.

Baptisé Strand East et qualifié de «Petite Venise» à cause des canaux qui traversent le terrain, le projet vise la création d'un environnement de vie idyllique, centré sur l'humain et le concept de développement durable, ont annoncé les promoteurs, avec des cours ouvertes et des parcs pour encourager les interactions sociales, mais également l'effacement de quelques irritants de la vie urbaine: les voitures vont être stationnées dans des sous-sols et les ordures ménagères seront ramassées discrètement par l'entremise d'un système souterrain d'aspiration pneumatique.

«Cela va être le plus innovant et le plus intéressant projet de développement dans ce coin de la ville», a résumé il y a quelques jours Harald Muller, responsable du développement chez LandProp dans les pages du London Evening Standard. Par voie de communiqué, IKEA souligne également que l'endroit va attirer «des familles qui vont contribuer à redynamiser» ce secteur en mutation de Londres et évoque la présence de bornes d'amarrage pour péniches et d'un service de bateaux-taxis pour se rendre dans des bars flottants. Entre autres.

En Europe, IKEA est souvent présentée comme la championne de la gestion intelligente des espaces habitables avec ses meubles et solutions de rangements qui permettent d'en mettre beaucoup dans des appartements souvent de petite taille. La compagnie assure vouloir transposer cette «expertise» dans le secteur de l'urbanisme et sur ce terrain contraint de 10 hectares.

Un développement à surveiller


IKEA assemblant des immeubles: la perspective n'est pas sans rappeler le projet de développement d'un quartier piloté par Disney aux États-Unis il y a quelques années, rappelle Sylvain Paquette de la Chaire UNESCO en paysage et environnement de l'Université de Montréal, «mais cela reste encore un phénomène relativement nouveau». «Que des empires commerciaux et financiers comme IKEA se lancent aujourd'hui dans l'urbanisme ne m'étonne pas, mais il faut avancer avec prudence dans ce genre d'expérience et surtout s'assurer que ce développement va se faire avec un encadrement public, des consultations, une concertation... On ne peut pas laisser le privé aménager seul l'espace public.»

Les autorités londoniennes semblent le croire aussi. Alors que les travaux de démolition ont été commencés sur le futur emplacement d'IKEAville, des consultations publiques vont être tenues au début de l'année 2012. Par ailleurs, la multinationale suédoise, dont le projet a été accueilli favorablement par Boris Johnson, le maire de Londres, va devoir présenter son plan de développement au London Thames Gateway Developpement Corporation dès janvier afin d'obtenir les permis de construction nécessaires pour l'envol de son Strand East.

Selon les plans actuels, les premiers coups de pelle pourraient être donnés en 2013, avec entre autres la construction de la première phase qui comprend un restaurant de trois étages — dans lequel il sera sans doute possible de manger des boulettes de viande et des brioches à la cannelle —, une série de bureaux ainsi qu'un espace d'exposition. Le prix de l'immobilier IKEA n'a pas été dévoilé pour le moment. Les maisons pour familles de la classe moyenne, la clientèle cible du marchand de meubles, viendront par la suite, avec à la clef une question désormais sur toutes les lèvres: «Est-ce que la mécanique d'IKEA, qui a démocratisé le design, va apporter un caractère inventif à ce développement? Cela reste à voir», lance M. Paquet.

Sur le blogue Pop-Up City, un espace de réflexion sur la ville aujourd'hui produit depuis les Pays-Bas, Joop de Boer, lui, a déjà tranché: «L'idée simple d'IKEA, c'est de donner aux gens ce qu'ils veulent, écrit-il. Or, les gens qui ont ce qu'ils veulent finissent par s'ennuyer, par être malheureux et insatisfaits. Comme avec tout ce qui vient d'IKEA, je pense que les habitants de ce quartier vont ressentir la même chose et réaliser que cela est toujours plus beau dans le catalogue qu'en vrai.»
 
 
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  • Djeep
    Inscrit
    samedi 7 janvier 2012 06h26
    Ikea Planification Aménagement
    Je suis très curieux de ce projet.
    J'ai tendance à donner une chance au coureur.
    Dans le domaine de l'aménagement du territoire et du design urbain, les scandinaves et, plus particulièrement, les suédois sont en avance de 50 ans minimum sur l'Amérique du Nord tendance néanderthale.

    Voyons voir.

  • Mario Tremblay
    Abonné
    samedi 7 janvier 2012 08h53
    Ce que les gens veulent ...
    Une vérité de Lapalisse quoi! Nous avons acheté des meubles IKÉA lorsque nous étions plus jeunes, nous n’en avons plus. Nous étions en appartement, nous sommes en maison individuelle. Nous avions 1 auto, nous en possédons 2, et bientôt une seule, puisqu'un de nous prendra sa retraite.
    Ce que les gens aiment change tout au long de leur vie, selon les besoins du moment.
    Tout une réflexion de Joop de Boer.

  • Georges Paquet
    Abonné
    samedi 7 janvier 2012 10h41
    N'importe quoi...
    Notre bon spécialiste dit: ««...les gens qui ont ce qu'ils veulent finissent par s'ennuyer, par être malheureux et insatisfaits.»»

    Il faudrait au moins se demander pourquoi cette affirmation ne s'appliquerait qu'aux clients d'IKEA.

  • Patrick Veys
    Inscrit
    samedi 7 janvier 2012 10h49
    Il n'y a pas si longtemps
    L'on parlait de la rage des ouvriers lodoniens pas rapport à ce territoire entourant le stade olympique.

    On dirait bien qu'ils ont perdus...

  • Sylvain Auclair
    Abonné
    samedi 7 janvier 2012 11h10
    Je ferais confiance à IKEA
    Après tout, il y a sûrement plus de réflexion derrière leur projet qu'il y en a chez les promoteurs qui ne veulent que faire la piastre (ou la livre) le plus vite possible.

  • Ben Gagnon
    Inscrit
    samedi 7 janvier 2012 13h54
    Du meuble à l'immeuble?
    Je doute fort de la réussite de ce projet. Une ville, c'est quelque chose de durable. Le fait que ce soit une compagnie comme IKEA qui l'entreprenne, dont le but principal est de vendre des meubles qui ne sont pas durable, n'augure rien de bon. Qu'est-ce qu'ils connaissent à la ville? Une ville et un quartier ne se gère pas selon des principes d'entreprise. Une ville et un quartier, ça se vit. Je doute que les dirigeants d'IKEA aient dans leurs priorités le bien-être des citoyens de ce futur quartier.

    Nous sommes déjà aux prises avec des quartiers temporaires (comme le quartier Dix30), et on voit bien que cela n'est pas durable. Pourquoi, alors, toujours aller vers la construction de l'éphémère.

    Où est passé cette époque où construire un bâtiment était quelque chose de prestigieux? Où est passé cette époque où il était important d'accorder au patrimoine et à l'architecture une grande place au sein de l'urbain? Où est passé le soucis du détail et le perfectionnisme en architecture? À l'image des six autres Arts, l'architecture est en train de se perdre dans le tourbillon de la surconsommation et du néolibéralisme.

    Les bâtiments qui ont été construit au début du siècle dernier et auparavant étaient faits pour durer; on voulait qu'ils durent le plus longtemps possible car on en était fier. La pérennisation de l'image urbaine était quelque chose de très important. Aujourd'hui, qui peut affirmer avec certitude que nos infrastructures de béton et de plastiques résisteront au temps? Qui désire s'approprier ces structures fades de toute originalité et de tout intérêt? Il est probable que nous ne nous en souviendrons même pas d'ici 100 ans. Nous payons déjà le prix au Québec de la préfabrication à outrance. Montréal est un bon exemple de l'échec de cette méthode.

    Non, ce pseudo-urbanisme n'augure décidément rien de bon, mais il se pratique déjà depuis plusieurs années...

  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 7 janvier 2012 14h44
    Frémir d'envie
    Le futur amuseur public du futur nouvel amphithéâtre de Québec doit frémir d'envie.
    Roland Berger

  • France Marcotte
    Abonnée
    dimanche 8 janvier 2012 07h45
    Je suis!
    Ce qui est vraiment intéressant (et fort utile), c'est de croiser cet article avec le Devoir de philo de cette fin de semaine, chose que le journaliste aurait dû faire lui aussi, ce qui aurait donné plus de perspective à son sujet.
    Mais le Devoir de philo, c'est dans une autre case, la porte d'à côté ou dans les profondeurs de la maison.

    Je pense que nous ne nous appartenons plus très bien, nous pensons de plus en plus comme les gens qui nous exploitent, nous avons fait nôtres leurs valeurs, pour leur plus grand profit.

    Des quartiers aménagés "avec des cours ouvertes et des parcs pour encourager les interactions sociales", cela n'aurait jamais dû disparaître pour devenir maintenant un privilège consenti par des empires commerciaux.

    On a tout fait pour faire de nous des objets, des mécaniques, puis nous faire vivre dans des lieux sans humanité.
    Maintenant il faut payer cher pour des habitats humains alors que cela devrait être un droit fondamental et non un privilège.

    Retrouvons notre individualité singulière et inclassable.

  • Bas-Saint-Laurent Conférence régionale des élues
    Abonné
    dimanche 8 janvier 2012 13h00
    Initiative d'avant-garde pour une entreprise privée
    Un concept prometteur qui mérite une bonne analyse des citoyens d'un quartier. Je heureux de lire qu'il souhaite ''réduire et minimiser les déplacements''. Par conséquent, j'espère que les concepteurs de ce projet penseront aux éléments suivants pour attirer les familles: accès à une garderie à proximité, une épicerie, des commerces et des lieux de loisirs...Cela nécessite beaucoup de concertation et de consultation afin que ce développement puisse obtenir un encadrement public. Prenons l'exemple d'une famille habitant en plein coeur de Rimouski dans la région du Bas-Saint-Laurent. Nous avons plusieurs services de proximité pouvant se faire à pied ou à vélo. Par contre, cette famille doit avoir une voiture pour effectuer les déplacements vers la garderie. Il y a une liste d'attente pour la CPE à 5 minutes à pied de leur appartement. Cette famille avait la volonté de vivre sans voiture. Chose qu'elle a déjà fait lorsque le bébé avait moins d'un an. Or, le renouvellement de l'urbaniste demandera plusieurs habiletés afin d'harmoniser des services publiques à des services privés pour atteindre une qualité de vie propre au développement durable. Bref, je crois que cette initiative à Londre est d'avant-garde pour une entreprise privée. Reste à voir comment celle-ci sera à l'écoute de la satisfaction des citoyens!
    Karim St-Pierre
    Néo-Rimouskois

  • ClaudeL
    Abonné
    dimanche 8 janvier 2012 15h52
    procès d'intention?
    Bonjour.

    J'ai été assez déçue du ton généralement méfiant de l'article.

    Ce n'est pas d'aujourd'hui que des investisseurs privés définissent des secteurs importants de villes : faut-il que tout projet privé soit soumis à une consultation publique : oh que oui!

    Par contre, depuis qu'ils existent, les designers ont des préoccupations importantes pour l'environnement : comparer cette expertise avec celle de fabricants de dessins animés me semble relever de la mauvaise foi plus que de l'analyse exhaustive.

    D'autre part, il y a aussi du snobisme dans l'évaluation des produits Ikea. Je peux bien croire que certains préfèrent les produits haut de gamme (qualité , coûts ), mais je trouve que si on compare globalement les produits vendus par Ikea avec ce à quoi nous avions accès en Amérique du Nord avant leur arrivée... c'est le jour et la nuit, tant au point de vue qualité qu'esthétique! Quand on choisit bien ce dont on a besoin et qu'on ne se laisse pas seulement guider par les modes, leurs produits durent bien assez longtemps.

    Enfin, la maison préfabriquée est une formule qui existe depuis longtemps et devient passablement mature. Elle fait partie de projets urbains qui misent sur l'économie d'énergie en Suède. Louis-Gilles Francœur en parlait lors d'une visite qu'il y a fait il y a quelques mois. Il n'y a évidemment aucune garantie que les maisons Ikea respectent ces standards mais je vois plus d'intérêt de leur part d'aller dans ce sens que dans la plupart des projets en provenance du privé.

    Claude Maryse Lebeuf
    Montréal

  • Frédéric Jeanbart
    Inscrit
    mercredi 18 janvier 2012 20h32
    IKEA
    Amusant. J'imagine qu'ils fourniront les pièces détachées et les outils-qui-cassent-après-une-utilisation, les nouveaux habitants pourront donc faire connaissance dans la fraternité et la camaraderie en assemblant leurs maisons. Manquent pas d'imagination ces sacre-bleus.

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