L'invasion des zombies gagne Montréal
De plus en plus présents dans la culture, ils envahissent maintenant les rues
Ils nous encerclaient déjà, les voilà à Montréal. Une grande marche de zombies envahira les rues aujourd'hui dans le cadre du festival de films de genre SPASM. Ces défilés sanglants, ludiques ou revendicateurs, se multiplient. Début octobre, des morts-vivants se joignaient au mouvement Occupons Wall Street, et on a vu de ces morbides défilés autant à Toronto qu'en Europe. Les morts-vivants cannibales semblent gagner de plus en plus de place sur le terrain de nos obsessions.
Ils sont partout, de Zombie Boy au jeu vidéo Dead Rising. Dans les écarlates films héritiers de La nuit des morts-vivants. Dans la série vedette d'AMC The Walking Dead, qui reprenait l'affiche cette semaine. Pourquoi, maintenant, cette attaque de zombies? Étudiant en littérature, Jérôme Olivier-Allard a eu la morsure, et demeure depuis ses neuf ans fasciné par les zombies, jusqu'à réorienter sa maîtrise pour les étudier. «Quelques articles sérieux voient le zombie comme l'incarnation de craintes nourries par la société de consommation. Il est aussi métaphore d'angoisses contemporaines, de la xénophobie à la paranoïa», a-t-il expliqué, verbomoteur et intarissable, en entretien au Devoir.
Revenues d'entre les morts, ces créatures ne sont pas nées d'hier: les chevaliers pourrissants sont légion dans l'art de la Renaissance. Depuis le XIXe siècle, des protozombies se retrouvent en littérature chez Mary Shelley, Ambrose Bierce et Edgar Allan Poe. H.P. Lovecraft, début XXe, déterre aussi ses défunts. Le mot «zombi» vient de la tradition orale haïtienne, nourrie de légendes africaines: il définit un humain décérébré par le pouvoir vaudou d'un sorcier qui en fait son esclave. «Plusieurs critiques attribuent à George Romero, avec son Night of the Living Dead en 1968 la paternité du zombie contemporain», précise Jérôme-Olivier Allard. C'est ce cinéaste qui en fait un mangeur de vivants, un vrai de vrai monstre.
Tendance bien ancrée
«Il a eu trois fois plus de productions mettant en scène des zombies entre 2001 et 2011 qu'entre 1968 et 2001, et le nombre important d'oeuvres prévues en 2012 laisse croire que la tendance va se maintenir», estime Allard à vue de nez. Depuis 2001, donc, flambée de zombies, dans les films et jeux vidéo surtout, mais aussi en livres — surtout les courtes formes, le zombie préférant comme habitat naturel la nouvelle au roman. «Les attaques terroristes du 11 septembre ont signé la faillite du sentiment de sécurité qui habitait jusqu'alors l'Occident. La figure du zombie permet d'évoquer certains deuils du XXIe siècle: la perte du sentiment privé ou public de sécurité, aussi la perte de la confiance en l'autre — lointain étranger ou proche — et la perte de confiance en la capacité des gouvernements à préserver le bien-être des citoyens.»
Pour Jérôme-Olivier Allard, la paranoïa collective qui a habité les États-Unis suivant le 11-Septembre et les théories du complot s'apparentent aux synopsis de films de morts-vivants.
«Le zombie, c'est le voisin, le parent, le proche: il suffit d'une morsure pour que l'allié se transforme en menace, pour que le zombie nous contamine de sa différence. On ne peut survivre seul, mais n'étant pas seul, on est menacé. Les survivants ont des réactions souvent extrêmes et très violentes: cacher l'infection pour plus longtemps, quitte à mettre les autres en danger ou à tuer un collègue qu'on sait infecté. En posant des choix moraux dans l'univers des zombies, les chances de survie diminuent. Les créateurs nous forcent à nous demander qui, du survivant et du zombie, est le plus monstrueux. La question intéressante, implicite: jusqu'où est-on prêt à aller pour survivre? Et quand, en état de survie, perd-on son humanité? Par ailleurs, on remarque dans des oeuvres récentes un changement: le zombie devient protagoniste. Victime, esclave, citoyen de troisième classe, il revendique une humanité qui lui rejette son droit d'exister.» Une lecture qui éclaire la marche des zombies à Occupons Wall Street.
Loufoque, tout ça? Jérôme-Olivier Allard n'est pas seul pourtant à étudier le zombie. Il coordonne pour le printemps prochain une journée d'étude sur le livide sujet, et sera du colloque «Invasion Montréal» en juillet 2012. Ailleurs, la Zombie Research Society (ZRS), avec en son sein quelques éminents professeurs en psychiatrie ou en études religieuses, milite pour que le sujet s'intègre aux programmes des universités.
Corpus zombifique
Pour s'initier au «corpus zombifique», Jérôme- Olivier Allard conseille, côté films, la production de George Romero, 28 Days de Danny Boyle et [REC] de Jaume Balaguero et Paco Plaza. Aux coeurs sensibles, les rires de la «zomedy», ou «zom com»: Shaun of the Dead d'Edgar Wright, et en contenu canadien, Fido d'Andrew Currie. Côté livres, Le protocole Reston (Coups de tête) de Mathieu Fortin est un premier roman québécois typique de zombies, mais ses préférences vont à Breathers (Broadway Books) de S. G. Browne, The Rising (Leisure Books) de Brian Keene et la série de bande-dessinée de Robert Kirkman The Walking Dead (Image). L'incontournable? The Zombie Survival Guide (Three Rivers Press), de Max Brooks, fils du réalisateur Mel Brooks, «écrit de façon sérieuse, comme un guide de survie en forêt, qui indique les armes à choisir et comment barricader sa maison, dans cette veine de littérature de survie, postapocalypse, apparue après le 11-Septembre». Un guide qui a réussi à se glisser dans la liste des succès de vente du New York Times en mars 2010. Et qui vous dira comment résister aux envahisseurs morts-vivants qui marchent à Montréal.
Pour plus d'information sur la marche des zombies du festival, www.spasm.ca.
Le site de ZOMBIE RESEARCH SOCIETY : www.zombieresearch.org/
Bande-annonce de Fido
Bande annonce de Shaun of the Dead:
Bande announce de Night Of The Living Dead:
Ils sont partout, de Zombie Boy au jeu vidéo Dead Rising. Dans les écarlates films héritiers de La nuit des morts-vivants. Dans la série vedette d'AMC The Walking Dead, qui reprenait l'affiche cette semaine. Pourquoi, maintenant, cette attaque de zombies? Étudiant en littérature, Jérôme Olivier-Allard a eu la morsure, et demeure depuis ses neuf ans fasciné par les zombies, jusqu'à réorienter sa maîtrise pour les étudier. «Quelques articles sérieux voient le zombie comme l'incarnation de craintes nourries par la société de consommation. Il est aussi métaphore d'angoisses contemporaines, de la xénophobie à la paranoïa», a-t-il expliqué, verbomoteur et intarissable, en entretien au Devoir.
Revenues d'entre les morts, ces créatures ne sont pas nées d'hier: les chevaliers pourrissants sont légion dans l'art de la Renaissance. Depuis le XIXe siècle, des protozombies se retrouvent en littérature chez Mary Shelley, Ambrose Bierce et Edgar Allan Poe. H.P. Lovecraft, début XXe, déterre aussi ses défunts. Le mot «zombi» vient de la tradition orale haïtienne, nourrie de légendes africaines: il définit un humain décérébré par le pouvoir vaudou d'un sorcier qui en fait son esclave. «Plusieurs critiques attribuent à George Romero, avec son Night of the Living Dead en 1968 la paternité du zombie contemporain», précise Jérôme-Olivier Allard. C'est ce cinéaste qui en fait un mangeur de vivants, un vrai de vrai monstre.
Tendance bien ancrée
«Il a eu trois fois plus de productions mettant en scène des zombies entre 2001 et 2011 qu'entre 1968 et 2001, et le nombre important d'oeuvres prévues en 2012 laisse croire que la tendance va se maintenir», estime Allard à vue de nez. Depuis 2001, donc, flambée de zombies, dans les films et jeux vidéo surtout, mais aussi en livres — surtout les courtes formes, le zombie préférant comme habitat naturel la nouvelle au roman. «Les attaques terroristes du 11 septembre ont signé la faillite du sentiment de sécurité qui habitait jusqu'alors l'Occident. La figure du zombie permet d'évoquer certains deuils du XXIe siècle: la perte du sentiment privé ou public de sécurité, aussi la perte de la confiance en l'autre — lointain étranger ou proche — et la perte de confiance en la capacité des gouvernements à préserver le bien-être des citoyens.»
Pour Jérôme-Olivier Allard, la paranoïa collective qui a habité les États-Unis suivant le 11-Septembre et les théories du complot s'apparentent aux synopsis de films de morts-vivants.
«Le zombie, c'est le voisin, le parent, le proche: il suffit d'une morsure pour que l'allié se transforme en menace, pour que le zombie nous contamine de sa différence. On ne peut survivre seul, mais n'étant pas seul, on est menacé. Les survivants ont des réactions souvent extrêmes et très violentes: cacher l'infection pour plus longtemps, quitte à mettre les autres en danger ou à tuer un collègue qu'on sait infecté. En posant des choix moraux dans l'univers des zombies, les chances de survie diminuent. Les créateurs nous forcent à nous demander qui, du survivant et du zombie, est le plus monstrueux. La question intéressante, implicite: jusqu'où est-on prêt à aller pour survivre? Et quand, en état de survie, perd-on son humanité? Par ailleurs, on remarque dans des oeuvres récentes un changement: le zombie devient protagoniste. Victime, esclave, citoyen de troisième classe, il revendique une humanité qui lui rejette son droit d'exister.» Une lecture qui éclaire la marche des zombies à Occupons Wall Street.
Loufoque, tout ça? Jérôme-Olivier Allard n'est pas seul pourtant à étudier le zombie. Il coordonne pour le printemps prochain une journée d'étude sur le livide sujet, et sera du colloque «Invasion Montréal» en juillet 2012. Ailleurs, la Zombie Research Society (ZRS), avec en son sein quelques éminents professeurs en psychiatrie ou en études religieuses, milite pour que le sujet s'intègre aux programmes des universités.
Corpus zombifique
Pour s'initier au «corpus zombifique», Jérôme- Olivier Allard conseille, côté films, la production de George Romero, 28 Days de Danny Boyle et [REC] de Jaume Balaguero et Paco Plaza. Aux coeurs sensibles, les rires de la «zomedy», ou «zom com»: Shaun of the Dead d'Edgar Wright, et en contenu canadien, Fido d'Andrew Currie. Côté livres, Le protocole Reston (Coups de tête) de Mathieu Fortin est un premier roman québécois typique de zombies, mais ses préférences vont à Breathers (Broadway Books) de S. G. Browne, The Rising (Leisure Books) de Brian Keene et la série de bande-dessinée de Robert Kirkman The Walking Dead (Image). L'incontournable? The Zombie Survival Guide (Three Rivers Press), de Max Brooks, fils du réalisateur Mel Brooks, «écrit de façon sérieuse, comme un guide de survie en forêt, qui indique les armes à choisir et comment barricader sa maison, dans cette veine de littérature de survie, postapocalypse, apparue après le 11-Septembre». Un guide qui a réussi à se glisser dans la liste des succès de vente du New York Times en mars 2010. Et qui vous dira comment résister aux envahisseurs morts-vivants qui marchent à Montréal.
Pour plus d'information sur la marche des zombies du festival, www.spasm.ca.
Le site de ZOMBIE RESEARCH SOCIETY : www.zombieresearch.org/
Bande-annonce de Fido
Bande annonce de Shaun of the Dead:
Bande announce de Night Of The Living Dead:








