Démocratisation - La culture hors les murs
À Montréal, le très attendu Quartier des spectacles n'est plus un projet, ni un rêve — et Dieu merci, il n'est plus vraiment un chantier. En cette rentrée culturelle, on invite la population à fouler ses moindres recoins, et ce quartier donne déjà un aperçu de ce qu'il promet de meilleur: une rencontre aisée entre la culture et les citoyens.
Pendant que Kent Nagano dirigeait avec une émotion unique ses troupes de l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM) dans leur nouvelle demeure, un autre gratin que le club sélect bien assis à l'intérieur se délectait de l'événement dehors, sous une fraîche brise. Projeté format géant sur un des murs de la Maison symphonique de Montréal, le maestro a conquis le public du dedans, mais ravi aussi celui du dehors. Voilà une réussite grandiose.
L'avenir dira si ce public de l'extérieur, ainsi que celui qui a répondu présent aux portes ouvertes orchestrées par l'OSM, continuera de remplir la salle en passant d'abord par la billetterie. Non seulement la musique classique n'attire-t-elle pas les foules, mais l'accès aux concerts n'est pas aisé, question de prix. Il était donc d'autant plus réjouissant de constater l'enthousiasme et la fierté s'emparer de la population au moment de l'inauguration de cette salle. Notons-le, la touche Nagano n'est certes pas étrangère au phénomène. Tout en simplicité, le chef a réussi à rapprocher son art du grand public. La tâche n'était pas mince.
L'un des axes principaux de la politique culturelle du Québec est précisément l'accès et la participation des citoyens à la vie culturelle. S'il reste d'immenses pans de cette démocratisation qui demeurent en friche, comme l'extrême fragilité des liens entre culture et école (pourtant l'incubateur parfait pour faire germer les consciences culturelles), des pas de géant sont franchis pour faire de la pédagogie culturelle au coeur des rues. Et le tout, dans une ambiance de fête!
Le Quartier des spectacles, à cet égard, suscite un mélange d'excitation et d'espoir. Rare engagement concret tiré du Sommet de Montréal de 2002, le Quartier des spectacles s'ouvre sur le «monde», au sens public du terme. Du Quartier latin au Quartier des spectacles, l'arrivée inopinée cette année de l'événement OUMF a fait la démonstration qu'il y a encore de l'espace pour le festival à Montréal, zone qu'on croyait pourtant saturée. Littérature, arts visuels, cinéma, musique et savoir: la culture s'est déclinée sur tous les tons, se répandant dans les rues. La fin de semaine dernière, le tout a culminé avec le Marathon des arts, une réunion des grandes institutions culturelles de Montréal descendues sur le macadam pour tendre la main aux citoyens.
Fin septembre, les Journées de la culture célébreront leur 15e édition. On se rappelle tout le scepticisme qui entourait à l'époque la toute première de cet événement incarnant la démocratisation de la culture. Le premier ministre Lucien Bouchard avait donné le feu vert à cette célébration inspirée de fêtes du genre en Europe, soulignant l'importance de la culture, cette «âme du peuple». Cette année, c'est jusque dans les sous-terrains de Montréal, via Métro Arts, que les artistes s'afficheront pour le plaisir de la galerie. Ce rendez-vous est devenu un incontournable.
La culture hors les murs. C'est le compromis auquel les institutions et les groupes culturels ont raison de consentir pour titiller la curiosité des spectateurs, espérant qu'ils passent ensuite le seuil de leurs établissements. Certains ne le feront jamais, question de moyens. Le Cirque du Soleil en famille, la dernière tournée des Grands Ballets, le concert enfants de l'OSM: c'est un bain de culture inaccessible, que ces groupes font bien de compenser en donnant une petite part d'eux-mêmes dans la rue.
Cette ébullition précédée d'investissements publics imposants prend forme alors que le milieu culturel tremble à l'idée de nouvelles compressions pressenties du côté fédéral, le tout appliqué à la manière habituelle, c'est-à-dire totalement arbitraire. Le retrait brutal de sa subvention au Festival international de littérature (FIL) est l'illustration parfaite du type de tyrannie exercée par Patrimoine canadien sur des groupes qui, s'ils subissent la saignée financière venue d'en haut, ne pourront plus rendre au public la culture qui lui revient, ni dedans, ni dehors.
Pendant que Kent Nagano dirigeait avec une émotion unique ses troupes de l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM) dans leur nouvelle demeure, un autre gratin que le club sélect bien assis à l'intérieur se délectait de l'événement dehors, sous une fraîche brise. Projeté format géant sur un des murs de la Maison symphonique de Montréal, le maestro a conquis le public du dedans, mais ravi aussi celui du dehors. Voilà une réussite grandiose.
L'avenir dira si ce public de l'extérieur, ainsi que celui qui a répondu présent aux portes ouvertes orchestrées par l'OSM, continuera de remplir la salle en passant d'abord par la billetterie. Non seulement la musique classique n'attire-t-elle pas les foules, mais l'accès aux concerts n'est pas aisé, question de prix. Il était donc d'autant plus réjouissant de constater l'enthousiasme et la fierté s'emparer de la population au moment de l'inauguration de cette salle. Notons-le, la touche Nagano n'est certes pas étrangère au phénomène. Tout en simplicité, le chef a réussi à rapprocher son art du grand public. La tâche n'était pas mince.
L'un des axes principaux de la politique culturelle du Québec est précisément l'accès et la participation des citoyens à la vie culturelle. S'il reste d'immenses pans de cette démocratisation qui demeurent en friche, comme l'extrême fragilité des liens entre culture et école (pourtant l'incubateur parfait pour faire germer les consciences culturelles), des pas de géant sont franchis pour faire de la pédagogie culturelle au coeur des rues. Et le tout, dans une ambiance de fête!
Le Quartier des spectacles, à cet égard, suscite un mélange d'excitation et d'espoir. Rare engagement concret tiré du Sommet de Montréal de 2002, le Quartier des spectacles s'ouvre sur le «monde», au sens public du terme. Du Quartier latin au Quartier des spectacles, l'arrivée inopinée cette année de l'événement OUMF a fait la démonstration qu'il y a encore de l'espace pour le festival à Montréal, zone qu'on croyait pourtant saturée. Littérature, arts visuels, cinéma, musique et savoir: la culture s'est déclinée sur tous les tons, se répandant dans les rues. La fin de semaine dernière, le tout a culminé avec le Marathon des arts, une réunion des grandes institutions culturelles de Montréal descendues sur le macadam pour tendre la main aux citoyens.
Fin septembre, les Journées de la culture célébreront leur 15e édition. On se rappelle tout le scepticisme qui entourait à l'époque la toute première de cet événement incarnant la démocratisation de la culture. Le premier ministre Lucien Bouchard avait donné le feu vert à cette célébration inspirée de fêtes du genre en Europe, soulignant l'importance de la culture, cette «âme du peuple». Cette année, c'est jusque dans les sous-terrains de Montréal, via Métro Arts, que les artistes s'afficheront pour le plaisir de la galerie. Ce rendez-vous est devenu un incontournable.
La culture hors les murs. C'est le compromis auquel les institutions et les groupes culturels ont raison de consentir pour titiller la curiosité des spectateurs, espérant qu'ils passent ensuite le seuil de leurs établissements. Certains ne le feront jamais, question de moyens. Le Cirque du Soleil en famille, la dernière tournée des Grands Ballets, le concert enfants de l'OSM: c'est un bain de culture inaccessible, que ces groupes font bien de compenser en donnant une petite part d'eux-mêmes dans la rue.
Cette ébullition précédée d'investissements publics imposants prend forme alors que le milieu culturel tremble à l'idée de nouvelles compressions pressenties du côté fédéral, le tout appliqué à la manière habituelle, c'est-à-dire totalement arbitraire. Le retrait brutal de sa subvention au Festival international de littérature (FIL) est l'illustration parfaite du type de tyrannie exercée par Patrimoine canadien sur des groupes qui, s'ils subissent la saignée financière venue d'en haut, ne pourront plus rendre au public la culture qui lui revient, ni dedans, ni dehors.








