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Georges Lévesque, 1951-2011 - L'homme qui aimait les femmes

Luc Boulanger, Montréal  27 août 2011  Actualités culturelles
Georges Lévesque dans sa boutique en 1993<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Georges Lévesque dans sa boutique en 1993
Par-dessus tout, Georges Lévesque haïssait le bon goût. Le designer évitait l'équilibre des formes ou la brillance des matières, lui préférant le métissage, l'impureté, la diversité. Pour lui, la beauté n'est pas lisse et élégante, mais sauvage et «tout croche». Et pourtant, ses robes, plus fripes que Couture, étaient portées par des stars.

Georges nous a quittés subitement mardi, sans crier gare, alors qu'il commençait une autre journée de travail pour la production des costumes du spectacle Cavalia. Le «hasard» — qui a tant influencé sa carrière — lui aura réservé une fin discrète. Bêtement, j'ai passé devant sa maison en face du parc La Fontaine, le week-end dernier. Mais je n'ai pas osé arrêter pour le saluer à l'improviste, comme je le faisais parfois (sa porte, tout comme son coeur, était toujours ouverte aux amis). Dommage.

Anticonformiste dans un milieu qui ne jure que par l'argent, les tendances et le glamour, le couturier n'avait jamais mis une cravate de sa vie. Il était un créateur au talent immense, indirectement proportionnel à sa notoriété publique. Georges parlait de robes comme d'autres de peinture ou de musique. Il s'inspirait de tout et de rien: de ses voyages outre-mer, de ses promenades dans les rues du Plateau, des jardins fleuris, des films d'Élizabeth Taylor ou de Romy Schneider.

Enfant terrible de la mode? Plutôt un enfant bâtard. Un électron libre. Un vieux freak post-punk, à l'éternel look gypsy. Cette semaine, on a écrit qu'il était «notre Jean Paul Gaultier» ou «Christian Lacroix québécois». Il y avait aussi dans ses influences du John Galliano et du Vivienne Westwood. Or, comme Sénèque, il pouvait dire que «le style est le vêtement de la pensée». Et la sienne était unique.

«La femme que j'aurais voulu être...»

Il adorait habiller les comédiennes et les chanteuses. De Diane Dufresne à Marie-Jo Thério, de Catherine Deneuve à Pascale Bussières, sans oublier Carole Laure, sa muse dans les années 80. Correction: l'une de ses muses. Car il en a eu plusieurs au fil du temps: Marie-Josée, Michèle, Sabrina, entre autres femmes qui avaient toutes en commun leurs personnalités fortes et assumées, tout en étant sensuelles et féminines. (Il a toujours créé pour les femmes, sauf exception: Jean Leloup.)

«J'aime les femmes qui savent être femmes, c'est-à-dire changer de personnage, qui bougent, qui sont pétillantes, libérées, qui peuvent aussi bien aller prendre le thé au Ritz ou une bière aux Foufounes électriques!», confiait-il à Josée Blanchette dans Le Devoir en 1993. Puis d'ajouter: «Moi je dessine pour la femme que j'aurais voulu être.»

À l'opposé de ces couturiers hommes qui imaginent la femme comme un concept évanescent, fragile et irréel, Georges Lévesque la voyait épanouie, forte et incarnée. À ses yeux, les femmes étaient les véritables héroïnes de notre monde. Comme dans les films d'Almodóvar ou les pièces de Tremblay.

À l'instar des grands artistes, finalement, il faisait beaucoup plus que créer des vêtements: il nourrissait la beauté du monde.

***

Luc Boulanger, Montréal
 
 
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