Hommage à l'artiste qui a fait le pont entre Champlain et nous
Le Château Dufresne célèbre, avec les oeuvres de Nicolas Sollogoub, le passage de l'explorateur en Nouvelle-France
Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir
L’exposition au Château Dufresne se consacre à la renaissance, sous les mains agiles de Nicolas Sollogoub, de l’église Saint-Pierre de Brouage. Ancienne ville militaire de France et prospère port de mer au XVIe siècle, Brouage demeure surtout le lieu de naissance de Samuel de Champlain.
À retenir
- Thé avec Denis Vaugeois, sur le tandem Champlain et Dupont-Gravé, le 6 août à 14h
- Thé avec Jacques Lacoursière, sur l'énigme de Champlain, le 10 septembre à 14h
- Exposition Signé Sollogoub. Le design dans sa diversité, jusqu'au 11 septembre, au Château Dufresne. Pour plus d'information: 514-259-9201
Il y a 400 ans, Samuel de Champlain accostait à l'île de Montréal, expérimentait les possibilités d'y bâtir une ville et baptisait l'île Sainte-Hélène. Le Château Dufresne commémore ce passage en conviant des historiens pour compléter l'exposition dédiée à Nicolas Sollogoub, l'artiste qui a rendu hommage au père de la Nouvelle-France en embellissant sa ville natale.
«L'Histoire, c'est une chose très fragile. Du jour au lendemain, elle peut être démolie complètement», lance Nicolas Sollogoub. L'artiste s'y connaît en la matière. Le Château Dufresne, dans lequel il exprime aujourd'hui cette réflexion, il en a piloté la restauration. C'était à la veille des Jeux olympiques de 1976, alors que le bâtiment venait tout juste d'être sauvé in extremis d'une démolition qui l'aurait platement transformé en stationnement.
Cet été, le Château Dufresne lui retourne l'ascenseur et présente une colorée rétrospective de son oeuvre. On y admire ses conceptions de décors pour la télévision et le théâtre, ses vitraux tridimensionnels, ses verrières réalisées au Japon, ainsi qu'une section de la fresque dédiée à la Grande Paix de Montréal, qui sera prochainement dévoilée en entier au musée de la Pointe-à-Callière. Les dessins, cartons, verres et plexiglas mettent en relief le travail consciencieux d'un pionnier de l'art public qui a toujours su marier avec brio le design et le patrimoine.
Le clou de l'exposition se consacre d'ailleurs à la renaissance, sous ses mains agiles, d'un autre bâtiment patrimonial: l'église Saint-Pierre et Saint-Paul de Brouage. Ancienne ville militaire de France et prospère port de mer au XVIe siècle, Brouage demeure surtout le lieu de naissance de Samuel de Champlain, à qui Sollogoub a livré un monumental hommage.
La fabuleuse aventure de Brouage
Au début des années 1980, le mécène David Stewart, qui avait aussi commandé à M. Sollogoub la restauration du Château Dufresne et la fresque historique de la station de métro McGill, l'approcha de nouveau pour réaliser des vitraux à la mémoire du père de la Nouvelle-France. Brouage avait des airs de «village presque abandonné». L'église en son centre? «Uniquement habitée par les pigeons.» Surtout ne pas laisser en décrépitude, de l'autre côté de l'Atlantique, ce patrimoine si précieux pour le Québec, l'Ontario et le Nouveau-Brunswick. «Au Canada, à Montréal, en Nouvelle-France, on est sûr que Champlain est venu, mais il n'y a pas de traces. La seule véritable trace de lui, ça demeure l'église de Brouage, parce qu'il est venu y prier quand les Français ont perdu Québec [en 1629]», rappelle Nicolas Sollogoub.
Puis, pendant près de 25 ans, M. Sollogoub a plongé dans l'univers de Champlain. Pour bien comprendre le personnage, le Français d'origine russe s'inspira du sentiment de liberté que le paysage québécois lui avait insufflé lorsqu'il avait immigré ici en 1951. Mais il élabore surtout ses vitraux à partir des esquisses de l'explorateur. «Je ne pouvais faire qu'une seule chose, confie-t-il de son ton rieur, c'était de transposer les dessins de Champlain sur du verre. Je m'en fichais éperdument que ce soit beau ou personnel. Ce qui m'intéressait, c'était de reproduire ce que ce monsieur avait ressenti face à un pays absolument vierge et extraordinaire qu'on appelait la Nouvelle-France.»
Les icônes et silhouettes de Champlain, qui teintent désormais la lumière pénétrant dans l'église, ont donné un nouveau souffle à Brouage. «C'était un lieu méconnu. Carrément. Et puis maintenant, il revit. Vous savez, l'esprit de Champlain n'est pas mort...»
Champlain à Montréal
Si la mémoire de Samuel de Champlain est ravivée à Brouage, elle le sera aussi à Montréal durant le prochain mois. Le Château Dufresne profite de cette exposition pour saisir au bond le 400e anniversaire de la venue de Champlain sur l'île de Montréal. Les historiens Denis Vaugeois et Jacques Lacoursière, qui viendront tour à tour au musée de l'avenue Jeanne-d'Arc pour discuter avec le public, s'entendent sur un point: 1611 n'a pas l'importance du voyage fondateur de 1603. N'empêche, c'est à partir de ce périple que Champlain, fin observateur, nous a laissé les descriptions les plus précises et détaillées de l'île. Des récits dans lesquels il s'extasie devant l'abondance de la faune et de la flore sur le territoire, en plus d'énumérer les «cerfs, daims, chevreuils, caribous, lapins, loups-cerviers, ours, castors et autres petites bêtes qui y sont en telles quantités». À relire pour regarder le panorama métropolitain sous un autre jour.
«Champlain envisageait autre chose qu'un poste de traite, explique Jacques Lacoursière. L'île de Montréal lui apparaissait l'endroit idéal pour établir une ville, parce qu'il y avait des prairies, que la terre était très bonne et que l'on pouvait facilement s'y défendre.» Durant son exploration montréalaise, Champlain plante diverses graines pour expérimenter le potentiel du sol et construit une muraille pour observer sa résistance à l'hiver.
«C'était un visionnaire, remarque Denis Vaugeois. Il n'était pas venu pour passer une fin de semaine. Il développait quelque chose. C'est un empire français qu'il préparait.» Nicolas Sollogoub, de son côté, souligne cette phrase qu'il a cueillie dans les écrits montréalais de Champlain: «Ayant donc reconnu toutes les particularités du lieu et l'ayant trouvé l'un des plus beau qui soit en cette rivière, je fis aussitôt couper et défricher le bois de la place Royale pour la rendre unie et prête à bâtir.»
«Ville-Marie, [Champlain] voyait déjà ça là», s'émerveille M. Sollogoub. Son dernier vitrail élaboré pour Brouage, dévoilé en 2007, illustre d'ailleurs les origines de la ville de Montréal. Sollogoub s'est basé sur l'autoportrait de Champlain pour réaliser cette ultime verrière. L'explorateur s'y tient aux côtés des métamorphoses dont l'île sera le théâtre durant les siècles suivants. Un repère de plus pour éviter que notre histoire ne se fragilise davantage.
«L'Histoire, c'est une chose très fragile. Du jour au lendemain, elle peut être démolie complètement», lance Nicolas Sollogoub. L'artiste s'y connaît en la matière. Le Château Dufresne, dans lequel il exprime aujourd'hui cette réflexion, il en a piloté la restauration. C'était à la veille des Jeux olympiques de 1976, alors que le bâtiment venait tout juste d'être sauvé in extremis d'une démolition qui l'aurait platement transformé en stationnement.
Cet été, le Château Dufresne lui retourne l'ascenseur et présente une colorée rétrospective de son oeuvre. On y admire ses conceptions de décors pour la télévision et le théâtre, ses vitraux tridimensionnels, ses verrières réalisées au Japon, ainsi qu'une section de la fresque dédiée à la Grande Paix de Montréal, qui sera prochainement dévoilée en entier au musée de la Pointe-à-Callière. Les dessins, cartons, verres et plexiglas mettent en relief le travail consciencieux d'un pionnier de l'art public qui a toujours su marier avec brio le design et le patrimoine.
Le clou de l'exposition se consacre d'ailleurs à la renaissance, sous ses mains agiles, d'un autre bâtiment patrimonial: l'église Saint-Pierre et Saint-Paul de Brouage. Ancienne ville militaire de France et prospère port de mer au XVIe siècle, Brouage demeure surtout le lieu de naissance de Samuel de Champlain, à qui Sollogoub a livré un monumental hommage.
La fabuleuse aventure de Brouage
Au début des années 1980, le mécène David Stewart, qui avait aussi commandé à M. Sollogoub la restauration du Château Dufresne et la fresque historique de la station de métro McGill, l'approcha de nouveau pour réaliser des vitraux à la mémoire du père de la Nouvelle-France. Brouage avait des airs de «village presque abandonné». L'église en son centre? «Uniquement habitée par les pigeons.» Surtout ne pas laisser en décrépitude, de l'autre côté de l'Atlantique, ce patrimoine si précieux pour le Québec, l'Ontario et le Nouveau-Brunswick. «Au Canada, à Montréal, en Nouvelle-France, on est sûr que Champlain est venu, mais il n'y a pas de traces. La seule véritable trace de lui, ça demeure l'église de Brouage, parce qu'il est venu y prier quand les Français ont perdu Québec [en 1629]», rappelle Nicolas Sollogoub.
Puis, pendant près de 25 ans, M. Sollogoub a plongé dans l'univers de Champlain. Pour bien comprendre le personnage, le Français d'origine russe s'inspira du sentiment de liberté que le paysage québécois lui avait insufflé lorsqu'il avait immigré ici en 1951. Mais il élabore surtout ses vitraux à partir des esquisses de l'explorateur. «Je ne pouvais faire qu'une seule chose, confie-t-il de son ton rieur, c'était de transposer les dessins de Champlain sur du verre. Je m'en fichais éperdument que ce soit beau ou personnel. Ce qui m'intéressait, c'était de reproduire ce que ce monsieur avait ressenti face à un pays absolument vierge et extraordinaire qu'on appelait la Nouvelle-France.»
Les icônes et silhouettes de Champlain, qui teintent désormais la lumière pénétrant dans l'église, ont donné un nouveau souffle à Brouage. «C'était un lieu méconnu. Carrément. Et puis maintenant, il revit. Vous savez, l'esprit de Champlain n'est pas mort...»
Champlain à Montréal
Si la mémoire de Samuel de Champlain est ravivée à Brouage, elle le sera aussi à Montréal durant le prochain mois. Le Château Dufresne profite de cette exposition pour saisir au bond le 400e anniversaire de la venue de Champlain sur l'île de Montréal. Les historiens Denis Vaugeois et Jacques Lacoursière, qui viendront tour à tour au musée de l'avenue Jeanne-d'Arc pour discuter avec le public, s'entendent sur un point: 1611 n'a pas l'importance du voyage fondateur de 1603. N'empêche, c'est à partir de ce périple que Champlain, fin observateur, nous a laissé les descriptions les plus précises et détaillées de l'île. Des récits dans lesquels il s'extasie devant l'abondance de la faune et de la flore sur le territoire, en plus d'énumérer les «cerfs, daims, chevreuils, caribous, lapins, loups-cerviers, ours, castors et autres petites bêtes qui y sont en telles quantités». À relire pour regarder le panorama métropolitain sous un autre jour.
«Champlain envisageait autre chose qu'un poste de traite, explique Jacques Lacoursière. L'île de Montréal lui apparaissait l'endroit idéal pour établir une ville, parce qu'il y avait des prairies, que la terre était très bonne et que l'on pouvait facilement s'y défendre.» Durant son exploration montréalaise, Champlain plante diverses graines pour expérimenter le potentiel du sol et construit une muraille pour observer sa résistance à l'hiver.
«C'était un visionnaire, remarque Denis Vaugeois. Il n'était pas venu pour passer une fin de semaine. Il développait quelque chose. C'est un empire français qu'il préparait.» Nicolas Sollogoub, de son côté, souligne cette phrase qu'il a cueillie dans les écrits montréalais de Champlain: «Ayant donc reconnu toutes les particularités du lieu et l'ayant trouvé l'un des plus beau qui soit en cette rivière, je fis aussitôt couper et défricher le bois de la place Royale pour la rendre unie et prête à bâtir.»
«Ville-Marie, [Champlain] voyait déjà ça là», s'émerveille M. Sollogoub. Son dernier vitrail élaboré pour Brouage, dévoilé en 2007, illustre d'ailleurs les origines de la ville de Montréal. Sollogoub s'est basé sur l'autoportrait de Champlain pour réaliser cette ultime verrière. L'explorateur s'y tient aux côtés des métamorphoses dont l'île sera le théâtre durant les siècles suivants. Un repère de plus pour éviter que notre histoire ne se fragilise davantage.
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