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Pro bono publico

À l'ère des mégaspectacles, des festivals et des superproductions, la culture est-elle condamnée à se justifier par le discours économique?

«Pour le bien du public» - U2360º Tour : le premier des concerts du week-end était offert hier soir dans un stade spécialement érigé à Montréal.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
«Pour le bien du public» - U2360º Tour : le premier des concerts du week-end était offert hier soir dans un stade spécialement érigé à Montréal.

À retenir

U2 déploie ce week-end sa formidable machine à générer du plaisir et du pognon. Normal. La culture est une industrie; l'art, un produit. Même la poésie a son marché, alors, hein? Seulement, comment et pourquoi en est-on arrivé là? Et y a-t-il même moyen de résister?

On sait ce que vaut maintenant le U2360º Tour, dont le premier des concerts du week-end était offert hier soir dans un stade spécialement érigé à Montréal: bon, pas bon, le supermégaspectacle a déjà rapporté 740 millions en revenus juste aux guichets, ce qui en fait la tournée la plus lucrative de l'histoire de la musique. L'ancien record appartenait aux Rolling Stones, qui ont engrangé à peine 660 millions avec A Bigger Bang Tour, entre 2005 et 2007. Pas fort, les papis...

Dans tous les cas, il faut ajouter les non moins lucratives recettes des produits dérivés du produit principal. Un fan dépenserait une quinzaine de belles piastres en moyenne. Ils sont 80 000 par représentation au stade youtouesque.

U2 joue pour le bien de tous, mais il ne s'active pas vraiment pro bono publico, comme disent les juristes, à titre gracieux, quoi. La musique qui adoucit les moeurs endurcit donc aussi les portefeuilles. Celui de Paul David Hewson, dit Bono, chanteur et auteur de la formation irlandaise, pèse son milliard de dollars, sans compter les profits de la présente tournée, évalués à plus du tiers des revenus.

Il n'y a pas que ça, évidemment. Le baobab du nabab de la pop cache une forêt où la culture triomphe en business pour vendre des produits plus ou moins artistiques. Même les PME et les entrepreneurs-créateurs en marge justifient leur existence (et leurs subventions) à coups de retombées économiques et de créations d'emploi. Reprenons et généralisons donc la question fondamentale à plusieurs milliers de milliards: quelle est la valeur de l'art? La culture est-elle maintenant condamnée à trouver ses justifications premières dans le marché et dans le discours économique, en glissant pour ainsi dire d'une valeur à l'autre, du sens aux sous?

La mercantilisation généralisée

«Il reste par bonheur nombre de lieux et d'acteurs qui résistent à l'emprise de ce discours d'asservissement économiste, mais il est vrai que la tendance très largement dominante est bien celle d'une mercantilisation générale des esprits et, par suite, des pratiques, répond par écrit Pierre Popovic, professeur de littérature de l'Université de Montréal, spécialiste des théories du discours. «Pour en rencontrer un exemple des plus communs, il suffit d'écouter la façon dont les invités sont présentés dans les émissions dites "culturelles" et dans les talk-shows à la radio ou à la télévision. Cela donne lieu à des exercices d'adoration extatique de ce type: "Voici X qui a vendu 15 millions d'exemplaires de son dernier album. Waouh!" ou "C'est un honneur de recevoir Y qui a conquis le coeur de centaines de milliers de lecteurs. Waouh!" Il ne faut pas s'y tromper: ce genre de propos est plus retors qu'il n'y paraît. Ils laissent et font croire que le fait d'avoir vendu énormément est en soi un critère de qualité musicale ou littéraire et qu'il y aurait dans l'énormité des chiffres de vente une manière de vertu: les acheteurs seraient allés spontanément, naturellement vers la musique de X ou les romans de Y. C'est évidemment faux. La demande est créée de toutes pièces et l'émission, dans sa forme même, fait partie intégrante du processus de fabrication du succès de X ou de Y.»

Le Français Patrick Viveret appelle «écoligion» cet enfermement dogmatique dans l'idéologie du marché. Ce système de croyances a son clergé dans les centres de recherche, les universités et les médias, certaines grosses légumes faisant la triple trempette. C'est le cas de Nathalie Elgrably-Lévy, enseignante à HEC, membre du conseil d'administration de l'Institut économique de Montréal, un think tank de droite, et chroniqueuse au Journal de Montréal (JdeM). Elle y défendait récemment l'idée que seul le marché doit décider du sort d'une oeuvre: si ça se vend, tant mieux; sinon, tant pis. Le mois dernier, l'animatrice Krista Erickson, du réseau Sun TV, a passé à la casserole la danseuse contemporaine Margie Gillis sur le thème connexe de l'absurdité des subventions à un art jugé futile et insensé.

«Comme nous avons pu le constater avec le coup monté de Krista Erickson aux dépens de Margie Gillis, la doxa utilitaire est bien ancrée chez les gens de la droite néoconservatrice, écrit au Devoir Alain Roy, fondateur et directeur de la revue culturelle L'Inconvénient, lui aussi interrogé par courriel. La question de fond dans le débat sur le financement public des arts est la suivante: est-ce que nous consentons collectivement à ce qu'une part de l'économie relève de la pure dépense et que cette pure dépense ait pour fonction de remettre en question le primat de l'économie? Question manifestement trop sophistiquée pour Krista Erickson et les gens de Sun News. On pourrait se contenter de rire de ce genre de journalisme-poubelle, mais il est quand même un peu inquiétant de savoir qu'il émane de notre PKP [Pierre Karl Péladeau, propriétaire de Sun TV et du JdeM], lequel siphonne d'ailleurs allègrement les fonds publics pour ses propres publications de supermarché.»

M. Roy explique cet emportement dans l'utilitarisme et le tout-au-marché dans le discours entourant la culture par une «réduction de l'existence vécue comme rassurante» avec des formules simples en rapport avec la réussite, la performance et le profit. «L'utilitarisme "encadre" les hommes alors que l'art, selon le mot de Rilke, a plutôt comme vocation de nous projeter dans l'"Ouvert", poursuit-il. La contemplation esthétique peut prendre la forme d'un ravissement, mais ce ravissement n'est jamais loin d'un certain vertige, d'une prise de distance face au monde qui nous apparaît alors dans sa pure contingence; et le contingent, le non-nécessaire, l'inutile, le hasard sont toujours un peu inquiétants pour les êtres de raison que nous sommes.»

La doxa économiste


M. Popovic relie plutôt cette dérive de la mercantilisation générale des esprits au double triomphe de la révolution conservatrice et du néolibéralisme, en même temps qu'à l'incapacité des discours d'opposition à défendre la culture libre et critique, leurs propres «grands récits militants» ayant disparu. «Dans de telles circonstances, la doxa économiste n'a eu aucun mal à occuper tout le terrain, et nos petites lâchetés ordinaires (je me mets dans le lot) ont fait le reste, note-t-il. Entendons bien qu'il ne s'agit pas de nier que la culture a toujours accompagné les marchands et qu'elle a besoin de ses propres marchands (des éditeurs, des diffuseurs, des artisans, etc.), mais de rappeler que la création littéraire et artistique doit être aussi libre que possible pour assumer le rôle multiple et complexe qui lui a été dévolu depuis — grosso modo — les premiers élans avant-coureurs de la Renaissance: rôle de soutien critique aux projets d'émancipation individuelle et collective, de consolation face à la souffrance, de critique des évidences conjoncturelles, de lecture inventive du monde tel qu'il va, de mise en crise des idéologies, de brouillage et d'opacification des argumentaires monologiques, etc. Les oeuvres qui en ont résulté n'ont jamais pu le faire qu'en bataillant contre des tentatives d'instrumentalisation issues de pouvoirs externes, religieux d'abord, politiques ensuite, économiques hier et aujourd'hui.»

Aucun «secteur» ne semble à l'abri. Le professeur observe les effets concrets de la dérive dans la disparition du cinéma d'auteur italien ou allemand au profit de productions commerciales, formatées, misant sur une «hystérisation des affects et des pulsions». De même, en littérature, tout ce qui n'est pas rentable semble maintenant tenu pour «pittoresque ou supprimé».

«Premièrement, on constate que l'essentiel de la couverture médiatique est consacré à ce qu'on pourrait appeler les arts spectaculaires: cinéma, cirque, musique pop, danse, théâtre, enchaîne Alain Roy. Les arts discrets, ceux qui comme la littérature ou la peinture sont abordés sur le mode du recueillement silencieux et privé, se trouvent alors marginalisés, car il n'y a sans doute rien de plus incompatible avec l'appareil médiatico-publicitaire qui carbure aux effets de masse, à l'effusion mimétique. Deuxièmement, le tout-au-marché se manifeste dans la dissolution de la littérature au sein de la catégorie du livre. En examinant les brochures publicitaires de nos grandes chaînes de librairies, il est assez triste de constater que la "vraie littérature" y est à peu près absente, délogée qu'elle est par les livres de recettes, les guides pratiques, les manuels de croissance personnelle, les biographies, les polars, les livres jeunesse, la chicklit, les harlequinades, etc.»

Ou les livres sur U2? Dans sa chanson God Part 2, on retrouve ceci: «Don't believe in riches / But you should see where I live». Une chanson fort agréable par ailleurs, là n'est pas la question, on se comprend, la valeur du groupe se mesurant aussi de cette manière...

***

Consultez les textes complets des entrevues réalisées par courriers avec Pierre Popovic, Gérôme Guibert, Alain Roy et Jean-Paul Lambert.
«Pour le bien du public» - U2360º Tour : le premier des concerts du week-end était offert hier soir dans un stade spécialement érigé à Montréal. Le coup monté de Krista Erickson aux dépens de la danseuse et chorégraphe Margie Gillis montre que la doxa utilitaire est bien ancrée chez les gens de la droite néoconservatrice.<br />
 
 
 
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  • Yves Côté - Abonné
    9 juillet 2011 02 h 39
    La principale conséquence...
    Selon moi, la principale conséquence de l'occupation généralisée du marché du divertissement par des multinationales, est que la chose coupe littéralement le coup à l'expression de talents qui, ne faisant pas partie d'écuries, ne réussissent pas et ne réussiront jamais à se faire entendre, ou lire, autrement que de manière confidentielle.
    L'ironie de l'affaire est sans doute que beaucoup de ces créateurs qui aujourd'hui profitent de ce système-là, augmentant sans cesse sa puissance tels le font U2 et Bono et autres porteurs d'une anglophilie monopolistique, furent eux-mêmes "découverts" alors qu'ils remettaient en question quelques idées en vogue et que cette mécanique économique et industrielle ne faisait que commencer à se mettre en place...
    Merci Monsieur Baillargeon de votre participation à ce qu'on n'oublie pas tout de cela.
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  • Jacques Lalonde - Abonné
    9 juillet 2011 04 h 55
    À bon entendeur, salut !
    Envahissement, lessivage, bruit infernal,gaspillage, depuis que les arts sont devenus un ensemble d'industries culturelles plutôt que les expressions multiples et variées de la vie qu'on mène, il importe de dénoncer le mercantilisme qui affecte notre environnement culturel.

    Article courageux et nécessaire.

    Jacques Lalonde
    Gatineau
    jlalonde@ca.inter.net
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  • Claude Simard Claude Simard - Abonné
    9 juillet 2011 05 h 13
    Justice
    Mais il y a quand même une justice en ce bas monde....
    Il a plu averse à la fin du show.
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  • Socrate - Inscrit
    9 juillet 2011 05 h 17
    Le Cierge
    C'est du séjour des dieux que les abeilles viennent.
    Les premières, dit-on s'en allèrent loger
    Au mont Hymette et se gorger
    Des trésors qu'en ce lieu les zéphyrs entretiennent.
    Quand on eut des palais de ces filles du Ciel
    Enlevé l'ambrosie en leurs chambres enclose,
    Ou, pour dire en français la chose,
    Après que les ruches sans miel
    N'eurent plus que la cire, on fit mainte bougie;
    Maint cierge aussi fut façonné.
    Un d'eux voyant la terre en brique au feu durcie
    Vaincre l'effort des ans, il eut la même envie;
    Et, nouvel Empédocle aux flammes condamné
    Par sa prore et pure folie,
    Il se lançca dedans. Ce fut mal raisonné;
    Ce cierge ne savait grain de philosophie.
    Tout en tout est divers; ôtez-vous de l'esprit
    Qu'aucun être ait été composé sur le vôtre.
    L'Empédocle de cire au brasier se fondit:
    Il n'était pas plus fou que l'autre.
    Jean de La Fontaine.
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  • Roger Lapointe Roger Lapointe - Abonné
    9 juillet 2011 06 h 02
    Le discours politico moraliste de Bono et les fausses retombées économiques.
    Plutôt paradoxal d'entendre le discours politico moraliste éculé de Bono sur la surexploitation du monde dit pauvre par les pays riches,quand on sait très bien que lui et son groupe ainsi que de nombreux autres font tout pour échapper au fisc de leur pays respectif.L'impôt sur les revenus étant pourtant une forme de juste retour d'une partie des revenus dans la communauté.Bizarre aussi d'entendre les trop nombreux économistes de service patentés parler de retombées fabuleuses dans la communauté montréalaise quand la très grande majorité des billets vendus viennent de la poche des Montréalais,de l'argent dans les larges poches de U2 et moins dans l'économie de la région montréalaise tout simplement.Que dire du délire médiatique qui entoure ces événements musicaux qui prend un ton de colonisé qui dit n'importe quoi avec une exaltation maladive sans la moindre trace de sentiment critique.U2 et les autres méga stars sont tout simplement mort de rire de tous ces fans euphoriques au bord de la folie.
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  • Gaston Bourdages - Abonné
    9 juillet 2011 06 h 25
    «Comment et pourquoi...? en sommes-nous rendus là ?»
    Mes «musicales» et ensoleillées salutations à vous Monsieur Baillargeon. Sommes-nous au départ, intéressés à nous poser une telle question que celle soulevée en intro ? «As MONEY talks», suis-je même intéressé à prendre le temps pour m'y arrêter ? Lorsque je lis de la part de M. Popovic :»...mercantilisation généralisée des esprits et...des pratiques», je fais « OUF! et le tout dans un concept de «écoligion» (M. Viveret.), je me mets alors en «marche» pour voir pourquoi et comment j'en suis venu là?
    L'Homme a fondentalement besoins de GRAND... de cet«OUVERT» dont parle MOnsieur Roy et ce même dans les plus petites choses. Ce culte, je dirais, inné de LA vedette n'y échappe pas. «Faut»...sic... croire que le fait d'y «mercantiliser mon esprit et...mes pratiques» me nourrit autant le coeur, l'esprit que l'âme d'où ma contribution à cette «écoligion» mentionnée.
    «L'art...«ces-tu payant?»...«Non!» «Au suivant!»
    «Ouf!» une autre fois. Et puis, pour être «Branché», être «IN», être «Tendance», aller voir U2 est un incontournable....sic... et puis «Pourquoi» est-ce que j'irais ? J'ai peur de m'y faire mercantiliser...Je n'ai ni intérêts ni argents, pour aujourd'hui, pour aller voir U2. Je les salue ces gens de «mon» pays d'origine(grand'Maman Lucy était «verte») et leur souhaite Santé, Amour et le PLUS de ce qui nourrit le MIEUX le coeur, l'esprrit et l'âme.
    Humblement...je l'espère.
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - écrivain en devenir
    Saint-Valérien de Rimouski
    www.unpublic.gastonbourdages.com
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  • Monsieur Pogo - Inscrit
    9 juillet 2011 06 h 39
    Tintamarre et show de boucane
    Pour les mélomanes, musicalement U2 c’est archinul et éminemment commercial. De fait, il est amusant de constater qu’un journal comme le Devoir fasse sienne les stratégies de mise en marché du produit U2.
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  • Marie Mance Vallée - Inscrite
    9 juillet 2011 07 h 56
    Du pain et des jeux
    Nous avons vécu ces dernières semaine de l'hystérie collective encouragée par nos gouvernements. Pensons à la visite royale, entre autres. De petites jeunes filles qui criaient à coeur fendre sur le passage des deux vedettes britanniques.

    Les médias, les commentateurs, les journalistes s'y sont donnés à coeur joie ! Ils auront des comptes à rendre à l'Histoire...

    Et U2 est un autre exemple du contrôle des populations par le « spesstac » où les acteurs ou chanteurs deviennent des dieux. Et comble de l'ironie et de l'insulte, U2 s'est adressé aux spectateurs en français.

    Désolant ! Et on nous dit que c'est le progrès... de la culture et quoi encore pour faire de l'argent. C'est du pain et des jeux.

    Tiens, je vais aller promener mon chien. Il ne crie pas et surtout il ne parle pas.
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  • Rodrigue Tremblay - Inscrit
    9 juillet 2011 08 h 41
    "think tank" et "Journal de Montréal"
    dans la même phrase! Humour ou sarcasme?
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  • AMeloche - Inscrit
    9 juillet 2011 08 h 56
    La culture économique.
    La « culture économique » (lire L’industrie culturelle de Theodor Adorno) cache une violence faite au vivant. Cette hypertrophie de l’humain au siècle du « tout managérial » démontre l’extraordinaire limitation de sa psyché et le confine à l’ère économique. Les reptiliens qui s’y engouffrent font tourner la machine à écraser le vivant. C’est la mutilation de la pensée. On mime le Chaos. C’est de l’« art appliqué ».
    Mais l’art « existe » mais est toujours ailleurs. Les spectacles et les festivals, selon Philippe Muray, représentent bien la nouvelle idéologie qui nivelle la moindre dissidence, occulte ou marginalise la moindre critique ou différence.
    Tout est en régression dans ce monde, si tel est que le progrès existe. Après le siècle des Lumières et celui de l’Horreur, comment se surprendre de voir l’homme résister au dehors et rebrousser chemin dans d’anciennes pulsions. Le réflexe économique en est un de peur et de repli sur soi. Mais quand on refuse de se dénuder dans l’art, qu’on ne délaisse pas la « transhumance économique » et le tout sécuritaire qui s’accompagne d’une totalitaire abdication de la liberté de pensée, on peut s’inquiéter de la créativité de l’homme et de sa capacité à faire de l’art une rupture, une invention.
    Mais il faut passer par ce stade de « régression » pour entrer dans une nouvelle ère. L’économique s’épuise. Et ses gourous, incapables de penser l’autre dans son irréductible rupture, disparaîtront également au profit (non monnayable celui-là) d’une autre culture. Laquelle? Il faudrait peut-être étudier les espèces passées afin de définir comment elles se sont adaptées à l’environnement pour évoluer vers autre chose, vers l’« inconnu devant soi ». Mais la masse est trop grouillante et incapable de sentir le plaisir dans l’infime, de percevoir le danger de l’« industrie culturelle ».
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  • Marie-Francine Bienvenue - Abonné
    9 juillet 2011 08 h 56
    enfin...
    Enfin quelqu'un qui met des mots sur le malaise que je ressens depuis si longtemps. Quand on annonce un projet en santé de 3 millions...ça dit quoi? Le prix ne dit pas du tout la pertinence du projet.

    Merci de si bien exprimer cette décrépitude de notre pensée collective.

    Je viens d'écouter le vidéo de l'entrevue de Margie Gillis à Sun News, elle répond de façon extraordinaire à la bêtise et à la violence de l'animatrice et elle exprime les valeurs qui pourraient se substituer à la bêtise du mercantilisme.
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  • Rironie - Inscrit
    9 juillet 2011 09 h 09
    L'esprit: un marché lucratif
    Le marché où la concurence est la plus vive, de nos jours, n'est-il pas celui de l'esprit humain? On cherche à exploiter tous les crénaux possible de cet esprit, c'est-à-dire de l'occuper où qu'il soit: sur l'autobus, dans la rue, au parc, dans la salle de bain, etc. Rest dans le lit la nuit, mais ça viendra...
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  • Denis Paquette - Abonné
    9 juillet 2011 09 h 20
    il faut vivre le coeur ouvert, dommage que la fortune a souvent l'effet contraire
    Je pense que plus nous deviendrons mercantiles plus nous nous éloignerons de nos véritables besoins.
    Comment jauger de ce qui appartient à la gratuité, à la générosité, a la quête d’absolue, d’un monde en devenir; vouloir nous en passer, c’est nous appauvrir.
    Il y a des gens qui sont passés maitre des subsides et qui ne sont pas nécessairement les gens les plus exemplaires, mais comment évaluer ce qui appartient à l’inconscient, a l’archétype, a la fiction, à la symbolique, certains diront meme, a la prémonition
    Combien de gens ont eus à vivre des purgatoires avant qu’ils ne nous soient utiles, comment jauger de ce qui fait miroir pour dans 100 ans, 200 ans
    Peut-être, vaut-il mieux avoir les yeux, le cœur et les oreilles ouverts que fermés
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  • Denis Paquette - Abonné
    9 juillet 2011 09 h 21
    il faut vivre le coeur ouvert, dommage que la fortune a souvent l'effet contraire
    Je pense que plus nous deviendrons mercantiles plus nous nous éloignerons de nos véritables besoins.
    Comment jauger de ce qui appartient à la gratuité, à la générosité, a la quête d’absolue, d’un monde en devenir; vouloir nous en passer, c’est nous appauvrir.
    Il y a des gens qui sont passés maitre des subsides et qui ne sont pas nécessairement les gens les plus exemplaires, mais comment évaluer ce qui appartient à l’inconscient, a l’archétype, a la fiction, à la symbolique, certains diront meme, a la prémonition
    Combien de gens ont eus à vivre des purgatoires avant qu’ils ne nous soient utiles, comment jauger de ce qui fait miroir pour dans 100 ans, 200 ans
    Peut-être, vaut-il mieux avoir les yeux, le cœur et les oreilles ouverts que fermés
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  • Paul Dawson - Inscrit
    9 juillet 2011 10 h 18
    Planète Bling Bling

    ...les foules de plus en plus denses, de plus en plus ignares, de plus en plus imbéciles et fière de l'être, menées par des individus à peine moins frustres...

    "Elle a atteint et même dépassé les vingt millions de disques vendus!"
    On les façonne très tôt à être le troupeau, à se renseigner d'abord sur ce qu'aime le troupeau avant d'oser aimer. (Cavanna)
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  • Pelletier,Yves - Abonné
    9 juillet 2011 10 h 37
    L'art et l'argent, toujours reliés
    En premier lieu, je signale tout de suite que je n'adhère pas au culte de la "main invisible". Pour éviter une méprise d'un autre ordre, je signale aussi que je ne suis pas "le" Yves Pelletier, juste "un" Yves Pelletier anonyme dans la foule de mes homonymes. Je ne suis pas artiste. Juste un autre mon'oncle, donc, et pour me faire taire vous pouvez toujours m'offrir une bière.

    Quoiqu'il soit d'autre, l'art a toujours été une question de moyens, un status-symbol. Pour faire de l'art rupestre il fallait pouvoir prendre une pause entre deux chasses au mammouth, ou que les chasseurs vous fassent l'aumône d'une patte ou d'une côtelette de temps à autre. Bâtissez l'Acropole, écrivez des cantates, peignez des Baigneuses, vous aurez par nécessité fait l'expérience du mercantilisme, de l'offre et de la demande, de la compétition, des caprices des puissants. J.S. Bach courait servilement les jupons du clergé protestant - aujourd'hui il serait à la cour de PKP. Le sycophantisme ne garantit pas le génie, bien sûr, pas plus que chaque lubie idiote ne fait de nous un Galilée. Tout ça pour dire que le mercantilisme a tout à voir avec l'art. Même l'art dit populaire. Même l'artiste inconnu qui peint un chef-d'oeuvre en mourant de faim dans un taudis. (Vous y croyez, vous?)

    Mais l'artiste lui-même n'est pas à l'abri de la recherche du pouvoir. C'est peut-être même un trait inné, puisque l'art est la manifestation d'un pouvoir, celui du langage non-verbal. U2, donc, riches, puissants, artistes.
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  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit
    9 juillet 2011 11 h 06
    Aux temps jadis, le monde était si parfait...
    Au XXXIIIe, les artistes étaient aux ordres du Roi, du Prince ou de l'Évêque. Les artistes d'alors produisaient des oeuvres sur commande, au meilleur de leur talent. Aujourd'hui, avec la loi du marché, le plus grand nombre juge de la qualité de l'oeuvre plutôt qu'un autocrate du haut de sa hauteur, où est le problème? Est-ce parce les artistes voudraient être à l'abri de toute évaluation, sauf la leur?
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  • André Michaud - Inscrit
    9 juillet 2011 11 h 12
    Je préfère Dylan
    Après avoir abandonné son "rôle" de porte parole d'une génération , Dylan est devenu plus modeste et a cessé de se prendre pour le "prophète" , se concentrant sur son métier. Pas de concert gimmick à la Hollywood , pas de prêchi-prêcha...seulement les chansons. Pas de racollage car jamais il ne chante une chanson de la même manière, au risque de déplaire à certains fans...et toujours une poésie incroyable.

    Bono aime bien jouer les stars et les bergers conducteur du troupeau de fans...faire plein de prêchi-prêcha , des sermons sur la justice , alors qu'il ne veut même pas payer ses impôts en Irlande...

    Bono chanteur: 10 Bono le prêcheur:0
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  • Moteur - Inscrit
    9 juillet 2011 13 h 02
    Pour pouvoir évaluer...
    Il faut d'abord avoir accès à l'oeuvre pour avoir la possibilité d'en faire une évaluation mais si le marché lucratif agit comme un écran pour bloquer cet accès au public, on contrôle les choix si je peux dire.

    C'est ici que le débat sur un internet neutre prend tout son sens.

    ''Tout ce qui est utile, est laid!'' Disait Théophile Gautier.

    On peut mettre un bémol sur une affirmation aussi radicale mais sur le fond, il est aussi sous entendu, un certain détachement nécessaire pour obtenir la créativité.
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  • Duchêne Denys Mehdi - Inscrit
    9 juillet 2011 13 h 30
    Impôts et mépris
    Étrange ces affirmations à l'effet que Bono ne souhaiterait pas payer ses impôts en Irlande alors que ce pays est un paradis fiscal en soit depuis 1999.

    @Monsieur Pogo,

    Méprisant votre propos à l'effet que seul les mélomanes seraient en mesure de juger de la qualité de la musique de U2. Cela sent la constipation...mélomaniaque alors que U2 a été un précurseur de l'évolution musicale dès le début en 1980-81. Et qui a su s'adapter aux modes musicales du temps comme en créer de nouvelle. La première chose dont il faut se méfier c'est justement de ces «prétentieux» mélomane qui se regarde le nombril à longueur de journée et qui évalue la qualité de la musique en fonction du plus petit nombre de gens assistant à une prestation dans un obsur sous-sol d'un hôtel quelconque de Greenwich Village. et Frank Zappa, qu'en dites vous ? Il a rempli des amphithéâtres de 15,000 personnes en maintes occasions.
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  • Marie Anna - Inscrit
    9 juillet 2011 13 h 33
    La culture, l'argent, Bono et les autres !
    Présentement, je suis incapable de me faire une opinion tranchante sur le lien entre la culture et l'argent puisque les deux sont nécessaires et intimement liés...
    ...toutefois, je me meurs d'une véritable culture francophone plus présente.
    De plus en plus, je constate que nos artistes québécois perdent du terrain pour des spectacles de vedettes mondiales anglophones qui s'enrichissent à même notre argent. On ne parle que de ça à la télé, dans les journaux et sur les sites sociaux. Ce week-end, 2 spectacles de U2 et un d'Elton John à Québec et bientôt celui de Sir Paul sont présentés et publicisés en grande pompe. Faut-il applaudir ou se désoler ? En tout cas, le pouvoir de l'argent semble bien installé et sûrement au détriment de la véritable culture, celle de nos racines. Nous sommes à la fois complices et victimes de toute cette publicité sur l'idolâtrie des vedettes d'ailleurs.
    Marie Anna
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  • Richard Cloutier - Abonné
    9 juillet 2011 14 h 29
    Pro déjection
    Dans une société dont le magasin de musique national a pour slogan La culture du divertissement, qui érige en industrie sa soi-disant culture, par ses festivals allant du jazz à l'humour et au cirque, qui sert de paravent cute à la mafa des casino de Vegas avec Celine et son Parrain, Laliberté qui n'est pas une marque de yogourt, de se servir de U2 pour dénoncer un phénomène bien de cheux-nous n'est pas un exemple de pensée critique visant à éclairer mais plutôt à canaliser les projections en déjections.
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  • Bernard Gervais - Abonné
    9 juillet 2011 14 h 54
    Bono dans le Vieux-Montréal !
    Hier après-midi, vers 14h10, en arrivant au coin des rues Saint-Jacques et Saint-Pierre, j'ai aperçu une foule de gens qui attendait avec excitation l'arrivée de Bono et des autres membres du groupe U2 à l'hôtel Saint-James.

    Environ 40 minutes plus tard, me promenant sur la rue Saint-Paul près de la place Jacques-cartier, un homme, vêtu de noir et portant des lunettes fumées, est passé - presque incognito - à deux pas de moi, accompagné par deux types qui avaient l'air des agents de sécurité.

    Un passant m'a dit alors fait savoir, à mon grand étonnement, qu'il s'agissait de Bono lui-même. Mais où étaient donc rendus tous ceux qui avaient attendu pour l'accueillir à son hôtel ?
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  • Roland Berger - Abonné
    9 juillet 2011 15 h 04
    Les mêmes ?
    J'ai regardé à la télé de Radio-Canada les interviews de plusieurs Québécois pure laine qui ont attendu des heures et des heures pour se taper le spectacle de U2. Une question m'est revenue encore et encore : Ont-ils voté NPD ?
    Roland Berger
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  • VITRILLOLA - Inscrite
    9 juillet 2011 17 h 45
    L'ÈRE DU ROCK QUI SE TAIT
    Mon groupe préféré est Led Zeppelin, maiis je suis allé voir U2, hier. La guitare The Edge n'est pas celle de Jimmy Page, mais elle vaut quand même le détour dans le paysage musical ddésolant d''aujourd'hui. L'espace Rock n'est plus ce qu'il a été car souvent aujourd'hui pn fabrique du son rock pour du pognon. Pourtant, le rock est du rock seulement si on revendique, on manifeste, ou on gueule. U2 en est l'exemple avec l'album WAR, entre autres. J'ai aimé le concert, hier. Je me suis éclaté et mes oreilles en bourdonnent encore en cette après-midi de veille. Mais U2 n'a rien avoir avec Lady Gaga, une musique ultra mercantilisé qui se traverstie sous des paillettes. et des jeux de lumières.. grrr ! N'empêche que Lady Gaga et moi avons le même goût musical, le même groupe au coeur :

    http://www.youtube.com/watch?v=4lbRAyo96z0
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  • Bernard Gervais - Abonné
    9 juillet 2011 19 h 07
    Les médias y sont aussi pour quelque chose
    Bonne analyse du phénomène de Stéphane Baillargeon sur ce qu'on appelle de plus en plus la « mercantilisation » de l'art.

    Cependant, si les producteurs peuvent être considérés comme les premiers responsables de ce phénomène, il faut dire qu'ils sont presque toujours largement appuyés par les médias. Pourquoi, par exemple, tous ces reportages consacrés à la présente tournée de U2, un groupe qui, comme bien d'autres, ne fait que surfer sur ses succès d'il y a plus de 25 ou 30 ans, sinon plus ?

    Pensons aussi au cinéma. Quand un film sort sur les écrans, par exemple, c'est le seul moment où on parle - et pas toujours de manière détaillée - de son contenu et de ceux qui l'ont fait. Par la suite, si on on en reparle, c'est presque uniquement pour nous faire connaître sa position au box-office !
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  • diong - Abonné
    9 juillet 2011 20 h 58
    Bono s'en prend au piratage
    Non seulement les têtes d'affiche accaparent tout l'espace médiatique et siphonnent toutes les ressources de l'industrie à leur seules fins, laissant les artistes marginaux se débrouiller avec les restes, mais en plus, ils s'opposent haut et fort contre tout ce qui peut remettre en question le système qui les sert si bien. Il presse les fournisseurs d'internet de mettre en place un système de surveillance pour contrer le piratage de la propriété intellectuelle, qu'il met sur le même pied que la pédopornographie en ligne. U2 a déjà été mon groupe préféré. Il est devenu le contraire complètement. L'ancien rebelle s'est laissé pourrir par l'argent et le pouvoir. Désolant!
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  • Éric Lavoie - Abonné
    10 juillet 2011 08 h 17
    Pas de catastrophe
    Le nombre de lecteurs de textes profonds n'est pas en baisse. La masse reste la masse. Les initiés restent initiés. Allez dans la haute ou dans les cercles initiés et vous entendrez le gargarisme d'une culture qui ne s'éteint pas. Seulement, cette culture ne gagne rien à devenir "de masse". Si elle le devient, vous entendrez d'autres pourfendeurs clamer que personne ne la comprend... La situation présente n'est pas désolante. On observe l'équilibre des forces, c'est tout.
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  • Lasante Pierre - Abonné
    10 juillet 2011 08 h 51
    Sun News et JdeM?
    Je suis vraiment surpris que LeDevoir cite des articles qui ont paru dans les navets que sont Sun News et le JdeM.

    En ce qui a trait à U2, j'ai assisté à leur spectacle au Centre Molson il y a 5 ans et j'ai été en transe du début à la fin. Bono mérite vraiment les millions de dollars pour son talent.
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  • Monsieur Pogo - Inscrit
    10 juillet 2011 09 h 36
    @Duchêne Denys Mehdi
    << @Monsieur Pogo,

    << Méprisant votre propos à l'effet que seul les mélomanes seraient en mesure de juger de la qualité de la musique de U2 (…) U2 a été un précurseur de l'évolution musicale… >>

    Ce n’est absolument ce que j’avais écrit, mais qu’importe : dès que j’ai lu votre réplique, j’ai mis à la poubelle mes disques de Messiaen, Boulez, Bartók et Stockhausen et depuis j’écoute inlassablement en boucle la compilation de l’œuvre de U2 en me pâmant d’admiration…
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  • Michel Mongeau - Inscrit
    10 juillet 2011 09 h 37
    La culture, c'est bon, mais ça goûte quand même pas l'art!
    Intéressant, monsieur Baillargeon, d'aborder ces questions incontournables et si belles. Hélas, pour le lecteur, une certaine confusion émane de ce texte qui aurait eu avantage à s'articuler autour de quelques définitions et distinctions essentielles comme:art, culture, spectacle, divertissement... Bono et U2, ce n'est pas Sartre et le cirque du soleil n'a rien à voir avec Hamlet. Et n'oubliez pas que ceux qui présentent les différents intervenants du milieu de la culture en termes économiques et quantitatifs, ce sont vos confrères journalistes, animateurs et présentateurs télé ou radio. Il serait étonnant de voir un préfacier ou un encore un professeur présenter une oeuvre de Hemingway en faisant référence aux millions de copies vendues à travers le temps et le monde. Une oeuvre d'art devrait être capable de nous ravir, de nous détacher de l'instant présent, de nous secouer, de nous faire réfléchir sur notre vie, nos mensonges et faiblesses, sur les aberrations et contradictions du monde actuel... Et, en dépit du fait que U2 a fait d'excellentes chansons populaires et que monsieur Bono défende la veuve, l'orphelin et tous les autres, on est quand même loin de ces livres ou ces oeuvres qui nous marquent à jamais.
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  • Suzanne Chabot - Inscrite
    10 juillet 2011 11 h 25
    L'exploitation des bas instincts

    Le problème, ce n'est pas d'où vient l'argent des artistes. Il importe peu qu'ils vivent de leur art commercial ou qu'ils vivent de subventions du gouvernement ou qu'ils crèvent la faim ... L'argent n'est pas une unité du mesure du bien et du mal. Cette analyse me fait penser à une analyse marxiste ! Les méchants capitalistes contre les bons prolétaires !

    Le problème, ce sont les valeurs qui sont véhiculées par ces artistes et la manière dont ils captivent leur public. Ces gens jouent sur les passions et les bas instincts. Ils transportent leur public dans un monde de rêve, un monde imaginaire, dans lequel ils jouissent de leurs passions librement, oubliant ainsi la réalité des choses. Ils les rendent inatentifs à leur vide intérieur, pour un moment.

    Ils empêchent les gens de se poser les vrais questions comme : Pourquoi somme-nous sur cette Terre? Les gens, au lieu de se poser les questions existentielles (qui leur donnent mal à la tête et les fatiquent) aiment mieux se saouler l'âme à l'écoute de la musique, d'un film qui les emportent, d'une toile qui les fascinent ...

    Les seules personnes qui résistent à cela dans le monde actuel ce sont les musulmans. Ils préfèrent la psalmodie du Coran qui leur ouvre les yeux sur la réalité des choses, à cette drogue engourdissante qui soulage pour un moment, mais qui augmente sûrement leue vide intérieur, que seule la spiritualité peut combler.
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  • Louka Paradis - Inscrit
    10 juillet 2011 12 h 04
    BRAVO POUR CE MOMENT DE LUCIDITÉ !
    De Bono à bonobo, il n'y a qu'un pas : celui du décervelage ! La culture québécoise est assiégée, plus que jamais, de la métropole à la capitale, en passant par les régions. Par exemple, en fin de semaine, en Outaouais, le Festival Buck (pour Buckingham) offre une programmation presque toute en anglais... Je serais curieux de savoir quel est le prix des billets pour le mégaspectacle U2 (=uniformisation culturelle au carré) destiné à aller chercher le pognon des mégacolonisés... Metallica, U2, Sir Elton John, Paul McCartney, etc. et Daniel Gélinas qui parle du FARDEAU que constitue la part congrue qu'il accorde à la langue française : SA LANGUE MATERNELLE ! Plus sous-tapis que ça, tu meurs... «Vous êtes pas tannés de mourir, bande de caves ? », la célèbre phrase de Jordi Bonet est malheureusement plus actuelle que jamais. Rassemblons-nous pour réagir, ça devient urgent !
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  • Louka Paradis - Inscrit
    10 juillet 2011 12 h 12
    RECTIFICATIF : CITATION EXACTE ET AUTEUR
    « Vous êtes pas écoeurés de mourir bande de caves ! C’est assez ! ». Voilà la citation exacte et elle est de l'auteur Claude Péloquin ; elle fut intégrée par Jordi Bonet dans sa murale au Grand Théâtre de Québec, en 1971.
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  • Bernard Gervais - Abonné
    10 juillet 2011 16 h 36
    Des retombées économiques exagérées ?
    Dans un reportage paru également dans le présent numéro du Devoir et signé par Isabelle Porter, un expert en statistique (André Lemelin) et un économiste (Claude Montmarquette) s'interrogent sur les retombées économiques réelles des festivals, souvent présentées par les médias comme énormes, surtout quand des stars internationales du rock s'y produisent.

    Ces deux spécialistes ne sont pas les seuls à se demander si ces mêmes retombées ne sont pas un peu exagérées. Bien d'autre gens se posent aussi la question.
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  • Simon Drouin - Abonné
    10 juillet 2011 17 h 11
    Merci pour pour cette renaissance de l'espérance
    Je tiens vivement à remercier le Devoir pour ces articles. En effet, cela apporte toujours un grand réconfort que de pouvoir nommer, en l'occurence, mon propre malaise, face à la soumission de nos esprits et notre inféodation à la logique marchande. Devant le vide laissé par les grans récits, l'économique a occupé le terrain suivant la logique d'un «désencastrement» pour reprendre le terme de Polanyi imposant sa logique à l'ensemble des activités humaines.

    Il est bon de rappeler la gratuité de l'art, comme d'autres activités spirituelles, ont leurs propres finalités qui ne s'inscrivent aucunement dans une logique mercantile. Un des problèmes de notre époque, peut-être, réside justement dans cette réduction du sens à ce qui est marchand et comptabilité. Ne convient-il pas de reconnaître que l'ultime critère éthique présidant à toute autre considération est celle du rendement maximal au moindre coût?

    Prisonnières et prisonniers de cette dynamique, ne sommes-nous pas alors contraintEs à associer un sens ou des sens possibles à la valeur marchande d'une personne, à sa capcité de rendement? Cela n'évacue-t-il pas les fondaments humanistes de nos traditions occidentales? Je crains parfois que ce martèlement idéologique qui prétend faussement définir le réel, nous conduise à une nouvelle forme d'eugénisme dont le fondement serait constitué par une stricte logique néolibérale.

    Heureusement, l'art et d'autres champs plus spirituels, nous rappellent l'infini beauté de la complexité qui ne se laisse pas enfermer par des considérations strictement capitalistes. La gratuité de l'art met l'accent sur la merveilleuse toile de vie et d'interrelations dans laquelle les êtres humains s'enracinent au coeur de notre biosphère terrestre. Il est grand temps d'intégrer un autre paradigme que l'école néoclassique.

    Merci encore pour cette série d'articles.
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