Centre culturel du Maroc - Une maison tournée vers le Québec
Riad, zellige et moucharabieh sont évoqués
De l'extérieur, le bâtiment situé à l'angle des rues Berri et Viger n'a rien d'exotique. Il est même banal, pour ce coin aux portes du Vieux-Montréal. C'est pourtant derrière ses murs que pousse un petit oasis de chaleur et de couleurs nord-africaines: le Centre culturel du Maroc.
C'est à une firme québécoise, ACDF, que le consulat marocain a confié la mise en forme de cette antenne apolitique. Un faux moucharabieh, des vrais zelliges avec de l'argile de Fès et un majestueux escalier en bois d'érable plane du Québec... Un véritable mélange de cultures, dosé et respectueux des traditions, marquera l'enceinte.
L'endroit est encore un chantier, mais à la fin des travaux, quelque part cet été, il abritera une salle de spectacles multifonctionnelle (avec scène mobile), une aire d'exposition, une bibliothèque, des classes pour des cours de langues et quelques espaces pour des réunions privées avec bar et tout le confort. Une toute nouvelle vocation pour cet amas de béton qui aura été, dans sa première vie, au début du XXe siècle, le siège de l'Union catholique des cultivateurs, l'ancêtre de l'Union des producteurs agricoles.
Transformation
«Il s'agit d'une transformation au niveau de l'usage», dit l'architecte chargé du projet, Louis-Philippe Frappier. Autrement dit, les pelles n'ont pas eu à tout démolir. L'entrée principale demeure entrée principale, l'ascenseur déjà en place, «noyau» de la structure, aura dicté les aménagements.
Quant à la façade, elle n'aura eu sa cure de jouvence que par l'arrivée de nouvelles fenêtres. Pour Louis-Philippe Frappier, c'est une simple mesure, mais un symbole fort.
«Le concept de base, c'est la maison marocaine, le riad. Mais c'est un concept évidé du riad», précise-t-il, au moment de parler de l'importante fenestration mise en place, sur les quatre étages. Pas question pour lui de signer un pastiche du riad classique, tourné vers l'intérieur, avec son patio et son plan d'eau.
«L'idée était de s'ouvrir. De mettre en valeur les liens entre la communauté marocaines de Montréal et les communautés non marocaines, dit-il. On ouvre la maison. Les fenêtres, c'est plus de transparence, elles donnent accès à tous les niveaux.»
Louis-Philippe Frappier ne connaissait rien au Maroc jusqu'à ce qu'on l'invite à réaliser ce projet. On cherchait un architecte passionné et soutenu dans son travail, qualités qu'il se reconnaît. «Il fallait aussi être réceptif, croit-il. Même si on parle la même langue, on ne se comprend pas tout le temps.»
Zellige et couleurs
C'est après un séjour initiatique en terres maghrébines que l'architecte québécois a eu le filon pour son centre culturel. Il a découvert l'importance de l'artisanat marocain et en particulier du travail du zellige, ces mosaïques en argile dessinées de motifs géométriques. La rencontre d'un maître du plâtre, Houcine Lamane, chef des décors intérieurs de la Grande Mosquée de Casablanca, aura été déterminante.
Toutes les parois autour de cette colonne vertébrale qu'est l'ascenseur ont leur zellige, posé par des ouvriers venus du Maroc, et, au-dessus, du plâtre sculpté par maître Lamane. Le motif choisi, une rosace, se décline en d'interminables variantes et oppositions chromatiques. À chaque étage, une couleur dominante: l'ocre au rez-de-chaussée, le sable au deuxième étage, le vert et le bleu dans les suivants. Et le noir au sous-sol. Déambuler dans ces corridors ne sera pas une expérience banale.
Pour l'architecte d'ACDF, «le zellige est un geste fort, comme une oeuvre d'art». S'il s'est tourné vers les artisans, c'est d'ailleurs pour leur «laisser la pleine expression de leur talent». Il ne s'est pas mêlé de leur travail, sauf dans un cas: pour ajouter quelques fleurs de lys afin de contrebalancer les feuilles d'érable choisies, candidement, par le maître plâtrier.
Mais surtout, pour Louis-Philippe Frappier, la présence des zelliges rappelle que la transformation du bâtiment passe par l'échange et le contraste. Le travail fin de la mosaïque versus le bois brut de l'escalier, la démarche artisanale et imparfaite d'un côté, le rendu rigide de l'autre, mais aussi les assemblages géométriques face à des lignes très droites, très fortes, appréciées par Frappier. La rencontre de la tradition marocaine et du savoir-faire québécois.
Équilibre et moucharabieh
L'architecte décrit ce projet, entamé il y a plus d'un an et demi, comme un va-et-vient. S'il a pris parfois des airs de «jeu de Tétris en morceaux» — les salles changeaient d'étage d'une discussion à l'autre — Louis-Philippe Frappier avait le dernier mot. Le zellige, c'est son choix et, comme il n'était pas question de faire un pastiche, c'est discret. Deux autres salles en auront sous forme de frise, mais sans excès.
«Tout est une question d'équilibre», dit celui qui a travaillé auparavant à la remise en valeur de la Place Ville-Marie et au nouvel hôtel Marriott jouxtant l'aéroport Trudeau.
L'idée du moucharabieh, cette structure ventilée permettant de voir de l'intérieur sans être vu, est de lui. Frappier en propose une adaptation, en aluminium perforé, «une résille métallique» dans le hall d'entrée, d'abord marquise, puis paroi verticale. Sa signature se trouve là, dans ces droites explicites, ailleurs dans l'évocation de lignes par la répétition d'un même élément, comme des portes vitrées.
Et, pour remplacer les fontaines et piscines du riad, Louis-Philippe Frappier propose des surfaces noires réfléchissantes, un plafond au rez-de-chaussée, des sols en céramique ailleurs. L'austérité de ces choix ne saura que mieux répondre au zellige.
***
Collaborateur du Devoir
C'est à une firme québécoise, ACDF, que le consulat marocain a confié la mise en forme de cette antenne apolitique. Un faux moucharabieh, des vrais zelliges avec de l'argile de Fès et un majestueux escalier en bois d'érable plane du Québec... Un véritable mélange de cultures, dosé et respectueux des traditions, marquera l'enceinte.
L'endroit est encore un chantier, mais à la fin des travaux, quelque part cet été, il abritera une salle de spectacles multifonctionnelle (avec scène mobile), une aire d'exposition, une bibliothèque, des classes pour des cours de langues et quelques espaces pour des réunions privées avec bar et tout le confort. Une toute nouvelle vocation pour cet amas de béton qui aura été, dans sa première vie, au début du XXe siècle, le siège de l'Union catholique des cultivateurs, l'ancêtre de l'Union des producteurs agricoles.
Transformation
«Il s'agit d'une transformation au niveau de l'usage», dit l'architecte chargé du projet, Louis-Philippe Frappier. Autrement dit, les pelles n'ont pas eu à tout démolir. L'entrée principale demeure entrée principale, l'ascenseur déjà en place, «noyau» de la structure, aura dicté les aménagements.
Quant à la façade, elle n'aura eu sa cure de jouvence que par l'arrivée de nouvelles fenêtres. Pour Louis-Philippe Frappier, c'est une simple mesure, mais un symbole fort.
«Le concept de base, c'est la maison marocaine, le riad. Mais c'est un concept évidé du riad», précise-t-il, au moment de parler de l'importante fenestration mise en place, sur les quatre étages. Pas question pour lui de signer un pastiche du riad classique, tourné vers l'intérieur, avec son patio et son plan d'eau.
«L'idée était de s'ouvrir. De mettre en valeur les liens entre la communauté marocaines de Montréal et les communautés non marocaines, dit-il. On ouvre la maison. Les fenêtres, c'est plus de transparence, elles donnent accès à tous les niveaux.»
Louis-Philippe Frappier ne connaissait rien au Maroc jusqu'à ce qu'on l'invite à réaliser ce projet. On cherchait un architecte passionné et soutenu dans son travail, qualités qu'il se reconnaît. «Il fallait aussi être réceptif, croit-il. Même si on parle la même langue, on ne se comprend pas tout le temps.»
Zellige et couleurs
C'est après un séjour initiatique en terres maghrébines que l'architecte québécois a eu le filon pour son centre culturel. Il a découvert l'importance de l'artisanat marocain et en particulier du travail du zellige, ces mosaïques en argile dessinées de motifs géométriques. La rencontre d'un maître du plâtre, Houcine Lamane, chef des décors intérieurs de la Grande Mosquée de Casablanca, aura été déterminante.
Toutes les parois autour de cette colonne vertébrale qu'est l'ascenseur ont leur zellige, posé par des ouvriers venus du Maroc, et, au-dessus, du plâtre sculpté par maître Lamane. Le motif choisi, une rosace, se décline en d'interminables variantes et oppositions chromatiques. À chaque étage, une couleur dominante: l'ocre au rez-de-chaussée, le sable au deuxième étage, le vert et le bleu dans les suivants. Et le noir au sous-sol. Déambuler dans ces corridors ne sera pas une expérience banale.
Pour l'architecte d'ACDF, «le zellige est un geste fort, comme une oeuvre d'art». S'il s'est tourné vers les artisans, c'est d'ailleurs pour leur «laisser la pleine expression de leur talent». Il ne s'est pas mêlé de leur travail, sauf dans un cas: pour ajouter quelques fleurs de lys afin de contrebalancer les feuilles d'érable choisies, candidement, par le maître plâtrier.
Mais surtout, pour Louis-Philippe Frappier, la présence des zelliges rappelle que la transformation du bâtiment passe par l'échange et le contraste. Le travail fin de la mosaïque versus le bois brut de l'escalier, la démarche artisanale et imparfaite d'un côté, le rendu rigide de l'autre, mais aussi les assemblages géométriques face à des lignes très droites, très fortes, appréciées par Frappier. La rencontre de la tradition marocaine et du savoir-faire québécois.
Équilibre et moucharabieh
L'architecte décrit ce projet, entamé il y a plus d'un an et demi, comme un va-et-vient. S'il a pris parfois des airs de «jeu de Tétris en morceaux» — les salles changeaient d'étage d'une discussion à l'autre — Louis-Philippe Frappier avait le dernier mot. Le zellige, c'est son choix et, comme il n'était pas question de faire un pastiche, c'est discret. Deux autres salles en auront sous forme de frise, mais sans excès.
«Tout est une question d'équilibre», dit celui qui a travaillé auparavant à la remise en valeur de la Place Ville-Marie et au nouvel hôtel Marriott jouxtant l'aéroport Trudeau.
L'idée du moucharabieh, cette structure ventilée permettant de voir de l'intérieur sans être vu, est de lui. Frappier en propose une adaptation, en aluminium perforé, «une résille métallique» dans le hall d'entrée, d'abord marquise, puis paroi verticale. Sa signature se trouve là, dans ces droites explicites, ailleurs dans l'évocation de lignes par la répétition d'un même élément, comme des portes vitrées.
Et, pour remplacer les fontaines et piscines du riad, Louis-Philippe Frappier propose des surfaces noires réfléchissantes, un plafond au rez-de-chaussée, des sols en céramique ailleurs. L'austérité de ces choix ne saura que mieux répondre au zellige.
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Collaborateur du Devoir








