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Gaultier fait son cinéma au Musée des beaux-arts

Les mannequins du couturier sont « réanimés » par le metteur en scène Denis Marleau

Collection Les Vierges, ensemble Laudes, de Jean Paul Gaultier, haute couture printemps-été 2007<br />
Photo : © Patrice Stable/Jean Paul Gaultier
Collection Les Vierges, ensemble Laudes, de Jean Paul Gaultier, haute couture printemps-été 2007

À retenir

    La Planète mode de Jean Paul Gaultier.
    • De la rue aux étoiles
    • Au Musée des beaux-arts de Montréal
    • À compter du 17 juin et jusqu'au 2 octobre 2011
Fort en coups de gueule comme en coups de théâtre sur les passerelles, Jean Paul Gaultier (JPG) fera aussi son cinéma à l'occasion de La Planète mode de Jean Paul Gaultier. De la rue aux étoiles, exposition qui consacre dès la semaine prochaine au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) le talent du mouton noir de la haute couture française.

Celui qui a toujours boudé les grandes blondes sur échas-ses au profit de personnages atypiques, des beautés ethniques ou des punky rondelettes, a choisi de passer outre les modèles statiques et anonymes pour cette première grande célébration en 35 ans de carrière. Basta des mannequins lambda sans visage, les créations du bad boy français seront revêtues par des créa-tures animées, grâce au génie de Denis Marleau, dont on applaudit depuis le mois dernier à Paris l'Agamemnon version techno à la Comédie-Française.

Amateur vorace de spectacles vivants, Gaultier s'est entiché du travail de Marleau à l'occasion de l'une de ses tournées au Festival d'Avignon. «On s'est croisés lors de la présentation d'Une fête pour Boris à Avignon en 2009. Il avait déjà vu ma pièce Les Aveugles. Il est venu à ma rencontre pour me dire comment il l'avait aimée. Il souhaitait à tout prix qu'on collabore ensemble, mais à l'époque, c'était un projet très vague. C'est quelqu'un qui s'inspire beaucoup du spectacle vivant», ont expliqué Denis Marleau et Stéphanie Jasmin, codirecteurs artistiques du Théâtre Ubu au Devoir, depuis Paris où se poursuivent les représentations d'Agamemnon à la Comédie-Française.

Plusieurs des fringues folles sorties de l'imaginaire de Gaultier seront donc enfilées par des mannequins à demi vivants, humanisés grâce aux installations vidéo projetées sur les têtes en ronde bosse et aux voix de la comédienne Christiane Pasquier, de la chanteuse Suzie Leblanc, de l'animatrice Virginie Coosa, des mannequins fétiches de JPG, Francisco Randez et l'androgyne Ève Salvail, et de la musicienne Mélissa Auf der Maur.

Après sa rencontre impromptue avec Gaultier à Avignon, Marleau a été approché par le MBAM, qui avait déjà clairement en tête l'idée de mannequins habités par sa magie tridimensionnelle. Pas amateurs de mode a priori, Marleau et Jasmin expliquent que l'importance accordée aux arts visuels dans leur travail rendait logique leur incursion dans les sal-les d'un musée des beaux-arts.

«On a conçu ce projet comme une installation vidéo qui viendrait se greffer en apportant un clin d'oeil au thème principal. Nous som-mes des gens de théâ-tre, inspirés par l'art plastique; donc, les deux univers se rejoignaient», affirme le duo.

Pas de grand texte ici, ou de choeur jouant les psychés des personnages, mais des commentaires anodins et des murmures mis dans la bouche des mannequins, devenus les gérants d'estrade et les commères de ce grand happening de mode. «On a imaginé des interventions pour ces mannequins qui n'interagissent que très peu, mais parlent et font entendre des préoccupations très légères sur l'univers de la mode. Ça s'adresse aux gens de Montréal, mais ça parlera aussi en russe, en italien, en es0pagnol», explique Marleau.

Le premier rôle aux fringues


Pas question donc de jeter de l'ombre sur les pièces échevelées de JPG qui, à elles seules, tout en froufrous et en chiffons, possèdent une puissance théâtrale indéniable. Mais la touche virtuelle de l'exposition enrobera les créations de tout l'univers cher à Gaultier, reprenant des collages de textes de Prévert et de Roland Barthes sur le milieu de la mode. Sa relation d'amour avec son premier ourson, Nana, muse précoce et premier cobaye de ses créations, prendra vie grâce aux textes imaginés par la paire du Théâtre d'Ubu.

«On est partis de toutes ces prémisses pour raconter Jean Paul Gaultier de manière indirecte. Il y aura aussi des chansons de Boris Vian, qui donnent de façon éclectique un aperçu des sources d'inspiration de JPG. Ce n'est pas quelqu'un qu'on peut enfermer dans une catégorie. On a essayé d'être légers. Les installations viennent distraire le visiteur, mais ne sont pas en représentation. La théâtralité, ce sont les vêtements de JPG», insiste le scénographe.

Son rapport à la mode, Marleau le décrit comme celui d'un esthète admiratif d'un artisanat complexe. «Pour moi, la mode, c'est l'univers des formes. J'ai eu du plaisir à visiter des expos à Paris, notamment celle de Yohji Yamamoto. Au théâtre, j'ai toujours aimé travailler avec les costumes. Mon rapport en est un de sensibilité à l'artisanat. Et à la Comédie-Française, on se rend compte que tout un pan du personnel est au service d'un projet artistique. J'ai toujours eu un rapport fort avec les costumes, ne serait-ce que pour préciser l'identité des personnages», dit-il.

Comme des sculpteurs, Marleau et Jasmin manipulent la vidéo depuis 1997, utilisée pour la première fois au théâtre dans Les Trois Derniers Jours de Fernando Pessoa, créée à Dijon puis présentée au FTA. Puis, la méthode culmine dans la pièce Les Aveugles de Maeterlink, créée en 2002 au Musée d'art contemporain et présentée au Festival d'Avignon, où la représentation vidéographique signe la disparition physique des acteurs pour laisser place à la fantasmagorie et au symbolisme. Le procédé est repris dans Une fête pour Boris, aussi jouée dans la cour des Papes en 2009, puis enfin dans Agamemnon, où Marleau et Jasmin font parler les Caryatides, donnent vie au choeur avec des projections surdimensionnées, donnant un nouveau souffle à la tragédie grecque.
Collection Les Vierges, ensemble Laudes, de Jean Paul Gaultier, haute couture printemps-été 2007<br />
Agamemnon, mis en scène par Denis Marleau  à la Comédie-Française<br />
Les Aveugles, un spectacle de Denis Marleau<br />
 
 
 
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