Projet d'aménagement culturel du territoire de l'Acadie - «La culture est l'affaire de tous»
Ce qui unit les Acadiens est avant tout une culture, une langue et des traditionsMinorité francophone dans une province anglophone, la société acadienne du Nouveau-Brunswick s'est dotée en 2009 d'une stratégie pour le développement, la vitalité et la pérennité de son patrimoine et de sa langue. L'outil privilégié de ce projet d'avenir? Les arts et la culture, amenés à jouer un rôle de premier plan.
À l'origine du projet, les États généraux des arts et la culture dans la société acadienne au Nouveau-Brunswick, en 2004, ont constaté l'importance fondamentale du patrimoine culturel dans le développement de la société acadienne. Cinq ans plus tard, l'association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick a lancé un vaste projet sociétal: la stratégie globale pour l'intégration des arts et de la culture dans la société acadienne du Nouveau-Brunswick. Au coeur de cette stratégie, le projet d'aménagement culturel du territoire, avec l'objectif d'intégrer la culture dans le développement des communautés, sera présenté dans le cadre du colloque du réseau Les Arts et la Ville.
Quatre siècles en héritage
En effet, ce qui unit les Acadiens, ce sont avant tout une culture, une langue et des traditions qui passent les frontières et qui persistent depuis quatre siècles malgré l'isolement géographique. Au Nouveau-Brunswick, où le peuple acadien représente le tiers de la population totale, principalement réparti au nord et à l'est de la province et dans les centres urbains comme Moncton, la culture acadienne est bien vivante.
«Il y a une vitalité extraordinaire sur le plan culturel, une production artistique riche et diversifiée, des musiciens, des artistes visuels, des compagnies théâtrales et une production audiovisuelle», affirme René Cormier, artiste touche-à-tout, musicien, danseur, comédien et directeur artistique du Théâtre populaire d'Acadie, et également gestionnaire de la stratégie d'aménagement culturel du territoire.
Cette stratégie se déploie à plusieurs niveaux, aussi bien à l'échelle provinciale que sur le terrain, afin de mesurer plus concrètement l'impact du projet. Pour y parvenir, tous les secteurs de la société sont appelés à participer: les secteurs culturel, économique, municipal et éducatif. «La culture est l'affaire de tous», estime René Cormier. Il ne s'agit pas d'idées ou de projets menés de manière isolée, mais de la mise en oeuvre d'une stratégie commune qui engage des acteurs de différents milieux. «C'est une démarche intégrante, qui aide les gens à avoir une vision globale pour agir ensemble.»
La question que pose René Cormier est la suivante: «Comment, comme société, on aménage nos territoires pour que, dans 50 ou 100 ans, cette société et cette culture continuent de s'épanouir? La culture acadienne a besoin d'être soutenue pour rayonner au maximum.» Pour cela, le travail avec les municipalités est au coeur des préoccupations. «Il faut doter les différents secteurs de la société des bons outils pour qu'ils contribuent au développement culturel de leur région et aider les élus à s'investir.»
Revitalisation
Il s'agit notamment d'un travail de revitalisation des petites collectivités, plus fragiles. «Les régions rurales ont tendance à se vider et à perdre leur essence. Les gens sont moins dans leur collectivité», explique René Cormier.
Un exemple: la région de Baie-Saint-Anne, petit îlot francophone entouré d'anglophones, dotée d'une grande richesse culturelle qui mériterait d'être mieux valorisée. «L'objectif est de revitaliser cette communauté sur le plan culturel, pour qu'elle soit plus fière de ce qu'elle possède. À Baie-Saint-Anne, les jeunes ont tendance à se tourner vers les milieux anglophones. Mais, quand ils connaissent mieux l'histoire qui se rattache à leur communauté, ils se rendent compte que c'est "trippant" de parler la langue française.»
À partir de l'exemple français de l'observatoire des politiques culturelles de Grenoble, il s'agit d'adapter un concept aux réalités et aux besoins de la société acadienne: «Nous travaillons avec les communautés à l'aménagement culturel de leur région», un travail d'aménagement qui peut passer, par exemple, par les traditions maritimes dans les régions liées à la pêche et à la navigation.
Dès le temps de l'école
Et la porte d'entrée privilégiée de cet aménagement culturel, c'est l'école. «L'école est un enjeu crucial et un outil fondamental du développement de la société», affirme René Cormier. Pour intégrer les arts et la culture dans les écoles, les enseignants sont amenés à se mobiliser autour des objectifs du projet.
Dans leurs programmes et leurs salles de classe, le patrimoine immatériel, les contes, légendes et traditions orales de toutes sortes peuvent prendre leur place. Pour faire redécouvrir un patrimoine historique et culturel, certaines écoles ont également donné l'impulsion de recherches sur la toponymie, invitant les élèves à mieux connaître comment on nommait les lieux du village, de façon souvent plus poétique que les noms officiels.
Ou encore, pour créer des ponts entre l'école et la communauté environnante, des anciens du village sont invités à partager leurs connaissances sur l'histoire de la région. D'autres initiatives ont vu le jour, aussi bien dans le cadre d'activités parascolaires que dans celui du projet «Une école, un artiste», dans lequel les artistes sont appelés à participer aux réunions, à trouver des idées créatives, à se pencher sur les programmes d'é-tudes ou à proposer aux jeunes des ateliers qui peuvent toucher aussi bien à la sculpture sur bois et sur glace qu'aux arts visuels ou au théâtre.
Québec et Acadie
Bien qu'obéissant à des situations politiques très différentes, la réflexion sur le développement culturel en territoire acadien entretient de nombreux échos avec le combat pour la survie de la langue française mené au Québec. «La société acadienne et le Québec ont beaucoup à partager: même si l'organisation politique sur le terrain et les outils sont différents d'un endroit à l'autre, les préoccupations et les enjeux sont communs.»
Lancée en 2009, cette stratégie globale porte déjà ses fruits, selon René Cormier. «La perception que les citoyens ont de leur communauté a changé.» Les visites d'artistes ou d'écrivains dans les collectivités encouragent le sentiment d'appartenance. «Quand les gens entendent parler de leur communauté et découvrent le bagage culturel et le patrimoine qui s'y rattachent, ils ont une autre perception d'eux-mêmes.» Alors que le projet avait été pensé à long terme et appelé à s'échelonner sur dix ans, ce processus d'aménagement culturel, «qui transforme notre façon de vivre ensemble», selon René Cormier, n'en est donc qu'à ses débuts. On lui souhaite beaucoup de succès.
***
Collaboratrice du Devoir
À l'origine du projet, les États généraux des arts et la culture dans la société acadienne au Nouveau-Brunswick, en 2004, ont constaté l'importance fondamentale du patrimoine culturel dans le développement de la société acadienne. Cinq ans plus tard, l'association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick a lancé un vaste projet sociétal: la stratégie globale pour l'intégration des arts et de la culture dans la société acadienne du Nouveau-Brunswick. Au coeur de cette stratégie, le projet d'aménagement culturel du territoire, avec l'objectif d'intégrer la culture dans le développement des communautés, sera présenté dans le cadre du colloque du réseau Les Arts et la Ville.
Quatre siècles en héritage
En effet, ce qui unit les Acadiens, ce sont avant tout une culture, une langue et des traditions qui passent les frontières et qui persistent depuis quatre siècles malgré l'isolement géographique. Au Nouveau-Brunswick, où le peuple acadien représente le tiers de la population totale, principalement réparti au nord et à l'est de la province et dans les centres urbains comme Moncton, la culture acadienne est bien vivante.
«Il y a une vitalité extraordinaire sur le plan culturel, une production artistique riche et diversifiée, des musiciens, des artistes visuels, des compagnies théâtrales et une production audiovisuelle», affirme René Cormier, artiste touche-à-tout, musicien, danseur, comédien et directeur artistique du Théâtre populaire d'Acadie, et également gestionnaire de la stratégie d'aménagement culturel du territoire.
Cette stratégie se déploie à plusieurs niveaux, aussi bien à l'échelle provinciale que sur le terrain, afin de mesurer plus concrètement l'impact du projet. Pour y parvenir, tous les secteurs de la société sont appelés à participer: les secteurs culturel, économique, municipal et éducatif. «La culture est l'affaire de tous», estime René Cormier. Il ne s'agit pas d'idées ou de projets menés de manière isolée, mais de la mise en oeuvre d'une stratégie commune qui engage des acteurs de différents milieux. «C'est une démarche intégrante, qui aide les gens à avoir une vision globale pour agir ensemble.»
La question que pose René Cormier est la suivante: «Comment, comme société, on aménage nos territoires pour que, dans 50 ou 100 ans, cette société et cette culture continuent de s'épanouir? La culture acadienne a besoin d'être soutenue pour rayonner au maximum.» Pour cela, le travail avec les municipalités est au coeur des préoccupations. «Il faut doter les différents secteurs de la société des bons outils pour qu'ils contribuent au développement culturel de leur région et aider les élus à s'investir.»
Revitalisation
Il s'agit notamment d'un travail de revitalisation des petites collectivités, plus fragiles. «Les régions rurales ont tendance à se vider et à perdre leur essence. Les gens sont moins dans leur collectivité», explique René Cormier.
Un exemple: la région de Baie-Saint-Anne, petit îlot francophone entouré d'anglophones, dotée d'une grande richesse culturelle qui mériterait d'être mieux valorisée. «L'objectif est de revitaliser cette communauté sur le plan culturel, pour qu'elle soit plus fière de ce qu'elle possède. À Baie-Saint-Anne, les jeunes ont tendance à se tourner vers les milieux anglophones. Mais, quand ils connaissent mieux l'histoire qui se rattache à leur communauté, ils se rendent compte que c'est "trippant" de parler la langue française.»
À partir de l'exemple français de l'observatoire des politiques culturelles de Grenoble, il s'agit d'adapter un concept aux réalités et aux besoins de la société acadienne: «Nous travaillons avec les communautés à l'aménagement culturel de leur région», un travail d'aménagement qui peut passer, par exemple, par les traditions maritimes dans les régions liées à la pêche et à la navigation.
Dès le temps de l'école
Et la porte d'entrée privilégiée de cet aménagement culturel, c'est l'école. «L'école est un enjeu crucial et un outil fondamental du développement de la société», affirme René Cormier. Pour intégrer les arts et la culture dans les écoles, les enseignants sont amenés à se mobiliser autour des objectifs du projet.
Dans leurs programmes et leurs salles de classe, le patrimoine immatériel, les contes, légendes et traditions orales de toutes sortes peuvent prendre leur place. Pour faire redécouvrir un patrimoine historique et culturel, certaines écoles ont également donné l'impulsion de recherches sur la toponymie, invitant les élèves à mieux connaître comment on nommait les lieux du village, de façon souvent plus poétique que les noms officiels.
Ou encore, pour créer des ponts entre l'école et la communauté environnante, des anciens du village sont invités à partager leurs connaissances sur l'histoire de la région. D'autres initiatives ont vu le jour, aussi bien dans le cadre d'activités parascolaires que dans celui du projet «Une école, un artiste», dans lequel les artistes sont appelés à participer aux réunions, à trouver des idées créatives, à se pencher sur les programmes d'é-tudes ou à proposer aux jeunes des ateliers qui peuvent toucher aussi bien à la sculpture sur bois et sur glace qu'aux arts visuels ou au théâtre.
Québec et Acadie
Bien qu'obéissant à des situations politiques très différentes, la réflexion sur le développement culturel en territoire acadien entretient de nombreux échos avec le combat pour la survie de la langue française mené au Québec. «La société acadienne et le Québec ont beaucoup à partager: même si l'organisation politique sur le terrain et les outils sont différents d'un endroit à l'autre, les préoccupations et les enjeux sont communs.»
Lancée en 2009, cette stratégie globale porte déjà ses fruits, selon René Cormier. «La perception que les citoyens ont de leur communauté a changé.» Les visites d'artistes ou d'écrivains dans les collectivités encouragent le sentiment d'appartenance. «Quand les gens entendent parler de leur communauté et découvrent le bagage culturel et le patrimoine qui s'y rattachent, ils ont une autre perception d'eux-mêmes.» Alors que le projet avait été pensé à long terme et appelé à s'échelonner sur dix ans, ce processus d'aménagement culturel, «qui transforme notre façon de vivre ensemble», selon René Cormier, n'en est donc qu'à ses débuts. On lui souhaite beaucoup de succès.
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Collaboratrice du Devoir








