Personnalité arts-affaires - «J'ai découvert un monde qui m'était complètement inconnu»
Angèle Dubeau & la Pietà profitent à Jean-Pierre Desrosiers
La victoire est modeste: «Quand je me compare avec ceux qui, comme moi, étaient en lice cette année pour obtenir ce prix Personnalité arts-affaires, je n'en reviens toujours pas d'avoir été choisi, confie Jean-Pierre Desrosiers au lendemain de l'annonce. M'attribuer cette distinction, c'est envoyer un message: ça prouve qu'on n'a pas besoin d'être à la tête d'une grande entreprise pour s'engager dans l'art.»
Jean-Pierre Desrosiers n'a rien d'un «fils de» parachuté à la direction d'une fondation liée à un grand groupe. Lui qui a grandi dans un tout petit village, il se plaît à raconter son «drôle de cheminement: dans mon école primaire, il n'y avait qu'un seul enseignant pour tous les niveaux... et pas d'électricité!, s'amuse celui qui vient à peine de passer la barre des soixante ans. Mon seul rapport avec l'art à cette époque, c'étaient les cours de dessin que nous avions en classe...»
Études à Québec, et le jeune comptable débarque à Montréal en 1972. Il fera toute sa carrière chez KPMG. Dès son arrivée, il se lance dans le bénévolat en adhérant à de multiples organismes à but non lucratif. Plutôt dans le domaine de la santé au départ, avant de basculer dans la culture. Un certain Pierre-Karl Péladeau n'y est pas pour peu. «C'était il y a 20 ou 25 ans. Il m'a proposé de m'engager dans la troupe de danse La La La Human Steps et j'en suis devenu le trésorier. J'ai rencontré Édouard Lock et Louise Lecavalier et j'ai découvert un monde qui m'était complètement inconnu. Nous, les comptables, nous sommes plutôt du genre cartésien, terre à terre, on parle de chiffres, d'états financiers, poursuit-il. Je côtoie des gens bien différents de ce que j'ai l'habitude de voir dans mon environnement professionnel, des artistes qui, pour beaucoup, font des choses géniales et qui vivent avec trois fois rien. Mettre un pied dans le domaine des arts m'a amené à développer d'autres aspects de ma personnalité jusque-là négligés.»
D'abord Éloize
Il a alors mis le doigt dans l'engrenage et son engagement ne s'arrêtera plus. Quelques années plus tard, à la demande du cirque du même nom, il crée la fondation Éloize, destinée à la réinsertion professionnelle de jeunes en difficulté, par le biais des métiers des arts du spectacle. Et, depuis 2007, il siège au conseil d'administration de la Pietà, fonction qui lui vaut son prix aujourd'hui. «Il n'y a pas une semaine qui se passe sans que je reçoive des demandes d'aide de la part d'organismes culturels, avoue-t-il. La plupart du temps, ça se passe par le biais d'amis ou de contacts. J'aime la musique d'Angèle Dubeau depuis bien des années, affirme-t-il. Je les ai rencontrés, elle et les gens qui gravitent autour. Ils pensaient que je pouvais leur apporter quelque chose au niveau des soirées-bénéfices. Ce sont des gens extra, j'ai dit oui.»
S'il y trouve un moyen de s'extirper de sa bulle professionnelle, en contrepartie, il apporte son carnet d'adresses, organise des soirées-bénéfices et des encans, met également son expertise, les connaissances qu'il a acquises tout au long de sa carrière professionnelle, au service des gens pour lesquels il se dévoue.
Quand le cirque Éloize a dû se lancer dans une transaction importante, il a été d'une aide précieuse. «Jean-Pierre Desrosiers ne compte pas son temps et son engagement, qui dépassent largement ses fonctions habituelles, peut-on lire dans le texte de présentation rédigé par le Conseil des arts. Depuis les dernières années, son apport fut constant, ses idées furent novatrices. Son sens inné des affaires, jumelé au domaine artistique, est une bénédiction dans un contexte économique difficile. Il a un don pour faciliter les échanges avec la communauté des affaires et établir des partenariats profitables. C'est grâce à des personnalités comme lui que les artistes et artisans peuvent évoluer dans une industrie culturelle où le mariage de l'art et du commerce doit se faire harmonieusement. S'il croit au talent d'un jeune artiste ou d'un organisme, il se dévoue à les aider avec une grande passion.»
Sans être riche pour autant
Ce dévouement passe bien entendu aussi par une aide financière. S'il parvient souvent à engager ses partenaires, son cabinet, KPMG d'abord et aujourd'hui l'agence Fasken Martineau, dont il est associé et conseiller stratégique, il ne renâcle jamais à y aller de ses deniers personnels. «J'en suis d'autant plus fier que ma fortune vient de ce que je gagne, explique-t-il. Je n'ai aucun bien hérité de ma famille. On croit trop souvent qu'il faut être riche à millions pour appuyer la culture. Ce n'est pas vrai et c'est un message que j'essaye tous les jours de faire passer dans le milieu des affaires. J'essaye notamment d'aller chercher les jeunes pour assurer la relève. Il m'arrive, lorsque j'organise une soirée-bénéfice, d'en organiser une deuxième, à un prix moindre, pour les 35 ans ou moins, les jeunes professionnels ou en entreprise. Quand on débute en carrière, les prix de ces soirées peuvent rebuter même les plus enclins à donner et à s'investir!»
À l'entendre, le milieu des affaires et celui de la culture seraient bien loin d'être irréconciliables. Pour peu qu'on provoque la rencontre, qui ne se fait pas naturellement, et que les organismes culturels soient conscients de leurs besoins et formulent des demandes claires. «C'est à eux de nous montrer concrètement en quoi on peut leur être utile, affirme celui qui s'est fait bon nombre d'amis dans le milieu artistique. Et à nous d'être assez créatifs pour répondre à cette demande. Par exemple, moi, je travaille tôt, et organiser de longs soupers-bénéfices qui se terminent à une heure du matin, ce n'était pas possible. J'ai modifié les règles pour qu'on puisse tous rentrer chez soi plus tôt!»
Ainsi peut-il retrouver plus rapidement sa fille de onze ans. Car, si lui se dit très flatté par ce prix, il pense surtout à elle. «Elle est très heureuse pour son papa, affirme-t-il. Le prix Arts-Affaires, elle ne le sait pas encore... mais je reçois également cette année le prix Hermès de l'Université Laval... Quand je le lui ai dit, ça l'a rendue très fière.» Une année qui démarre sur les chapeaux de roue pour Jean-Pierre Desrosiers.
***
Collaboratrice du Devoir
Jean-Pierre Desrosiers n'a rien d'un «fils de» parachuté à la direction d'une fondation liée à un grand groupe. Lui qui a grandi dans un tout petit village, il se plaît à raconter son «drôle de cheminement: dans mon école primaire, il n'y avait qu'un seul enseignant pour tous les niveaux... et pas d'électricité!, s'amuse celui qui vient à peine de passer la barre des soixante ans. Mon seul rapport avec l'art à cette époque, c'étaient les cours de dessin que nous avions en classe...»
Études à Québec, et le jeune comptable débarque à Montréal en 1972. Il fera toute sa carrière chez KPMG. Dès son arrivée, il se lance dans le bénévolat en adhérant à de multiples organismes à but non lucratif. Plutôt dans le domaine de la santé au départ, avant de basculer dans la culture. Un certain Pierre-Karl Péladeau n'y est pas pour peu. «C'était il y a 20 ou 25 ans. Il m'a proposé de m'engager dans la troupe de danse La La La Human Steps et j'en suis devenu le trésorier. J'ai rencontré Édouard Lock et Louise Lecavalier et j'ai découvert un monde qui m'était complètement inconnu. Nous, les comptables, nous sommes plutôt du genre cartésien, terre à terre, on parle de chiffres, d'états financiers, poursuit-il. Je côtoie des gens bien différents de ce que j'ai l'habitude de voir dans mon environnement professionnel, des artistes qui, pour beaucoup, font des choses géniales et qui vivent avec trois fois rien. Mettre un pied dans le domaine des arts m'a amené à développer d'autres aspects de ma personnalité jusque-là négligés.»
D'abord Éloize
Il a alors mis le doigt dans l'engrenage et son engagement ne s'arrêtera plus. Quelques années plus tard, à la demande du cirque du même nom, il crée la fondation Éloize, destinée à la réinsertion professionnelle de jeunes en difficulté, par le biais des métiers des arts du spectacle. Et, depuis 2007, il siège au conseil d'administration de la Pietà, fonction qui lui vaut son prix aujourd'hui. «Il n'y a pas une semaine qui se passe sans que je reçoive des demandes d'aide de la part d'organismes culturels, avoue-t-il. La plupart du temps, ça se passe par le biais d'amis ou de contacts. J'aime la musique d'Angèle Dubeau depuis bien des années, affirme-t-il. Je les ai rencontrés, elle et les gens qui gravitent autour. Ils pensaient que je pouvais leur apporter quelque chose au niveau des soirées-bénéfices. Ce sont des gens extra, j'ai dit oui.»
S'il y trouve un moyen de s'extirper de sa bulle professionnelle, en contrepartie, il apporte son carnet d'adresses, organise des soirées-bénéfices et des encans, met également son expertise, les connaissances qu'il a acquises tout au long de sa carrière professionnelle, au service des gens pour lesquels il se dévoue.
Quand le cirque Éloize a dû se lancer dans une transaction importante, il a été d'une aide précieuse. «Jean-Pierre Desrosiers ne compte pas son temps et son engagement, qui dépassent largement ses fonctions habituelles, peut-on lire dans le texte de présentation rédigé par le Conseil des arts. Depuis les dernières années, son apport fut constant, ses idées furent novatrices. Son sens inné des affaires, jumelé au domaine artistique, est une bénédiction dans un contexte économique difficile. Il a un don pour faciliter les échanges avec la communauté des affaires et établir des partenariats profitables. C'est grâce à des personnalités comme lui que les artistes et artisans peuvent évoluer dans une industrie culturelle où le mariage de l'art et du commerce doit se faire harmonieusement. S'il croit au talent d'un jeune artiste ou d'un organisme, il se dévoue à les aider avec une grande passion.»
Sans être riche pour autant
Ce dévouement passe bien entendu aussi par une aide financière. S'il parvient souvent à engager ses partenaires, son cabinet, KPMG d'abord et aujourd'hui l'agence Fasken Martineau, dont il est associé et conseiller stratégique, il ne renâcle jamais à y aller de ses deniers personnels. «J'en suis d'autant plus fier que ma fortune vient de ce que je gagne, explique-t-il. Je n'ai aucun bien hérité de ma famille. On croit trop souvent qu'il faut être riche à millions pour appuyer la culture. Ce n'est pas vrai et c'est un message que j'essaye tous les jours de faire passer dans le milieu des affaires. J'essaye notamment d'aller chercher les jeunes pour assurer la relève. Il m'arrive, lorsque j'organise une soirée-bénéfice, d'en organiser une deuxième, à un prix moindre, pour les 35 ans ou moins, les jeunes professionnels ou en entreprise. Quand on débute en carrière, les prix de ces soirées peuvent rebuter même les plus enclins à donner et à s'investir!»
À l'entendre, le milieu des affaires et celui de la culture seraient bien loin d'être irréconciliables. Pour peu qu'on provoque la rencontre, qui ne se fait pas naturellement, et que les organismes culturels soient conscients de leurs besoins et formulent des demandes claires. «C'est à eux de nous montrer concrètement en quoi on peut leur être utile, affirme celui qui s'est fait bon nombre d'amis dans le milieu artistique. Et à nous d'être assez créatifs pour répondre à cette demande. Par exemple, moi, je travaille tôt, et organiser de longs soupers-bénéfices qui se terminent à une heure du matin, ce n'était pas possible. J'ai modifié les règles pour qu'on puisse tous rentrer chez soi plus tôt!»
Ainsi peut-il retrouver plus rapidement sa fille de onze ans. Car, si lui se dit très flatté par ce prix, il pense surtout à elle. «Elle est très heureuse pour son papa, affirme-t-il. Le prix Arts-Affaires, elle ne le sait pas encore... mais je reçois également cette année le prix Hermès de l'Université Laval... Quand je le lui ai dit, ça l'a rendue très fière.» Une année qui démarre sur les chapeaux de roue pour Jean-Pierre Desrosiers.
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Collaboratrice du Devoir








