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Au nom de l'art

Le TNM a changé son fusil d'épaule vendredi à la suite de la tourmente provoquée par la présence de Bertrand Cantat sur sa scène et après que le chanteur de rock eut déclaré forfait sur scène à Avignon. Néanmoins, nous sommes redevables à Wajdi Mouawad et à Lorraine Pintal d'avoir, par leur décision de programmer une trilogie adaptée de Sophocle en y incluant la présence du chanteur, assassin de sa compagne «adorée» Marie Trintignant, suscité un vrai débat comme on en a peu au Québec. Qu'est-ce qu'un artiste? Qu'est-ce que le théâtre? Qu'est-ce que le pardon? Voilà à quelles réflexions l'on a été conviés.

D'abord, relevons la tentative de banalisation du geste de Cantat dès l'annonce de sa présence au TNM. On a écrit dans ces pages que le chanteur français avait été «mêlé à une sombre affaire de violence conjugale», ailleurs qu'il s'agissait d'un «crime passionnel», d'un «homicide involontaire» en insistant sur l'épithète. D'autres dénoncent les hordes médiatiques, gardiennes de la morale, les réactionnaires vengeurs sans esprit de pardon lorsque ce ne sont pas les féministes amazones qui se déchaîneraient.

Bref, on choisit son camp. Celui des «ouverts d'esprit» contre les moralisateurs fouettards et arriérés. On a eu droit aussi à un cours de philosophie du théâtre, «ce lieu idéal pour exorciser nos pulsions destructrices, la part d'ombre qui nous habite tous», selon la déclaration de la directrice du TNM. L'acteur Richard Thériault nous a donné une leçon de morale, bien qu'il doive s'en défendre, en déclarant: «Est-ce parce que des gens ont commis des gestes dramatiques [sic] avec lesquels on est socialement en désaccord [sic] qu'il n'y a pas de pardon possible?» On pourrait répondre que pisser en public dans une assemblée conservatrice est un geste dramatique, mais que tuer à coups de poing sa compagne est un geste d'immoralité absolue et non pas un trait culturel d'une société donnée.

La présence de Cantat sur scène posait le problème de la rupture d'une des lois du théâtre, à savoir la re-création de la réalité. Le théâtre peut être «le lieu idéal pour exorciser nos pulsions destructrices», mais à la condition que le spectateur sache que les acteurs sur scène jouent un rôle. C'est conforté par ce sentiment du jeu, du faire semblant, que l'on peut sans danger pour soi s'identifier aux personnages, même les plus vils. La présence de Bertrand Cantat sur scène ramènerait tous les personnages dans la réalité et ce faisant ferait éclater l'acte même de la création.

Plutôt que de demeurer dans le fantasme, ce lieu moralement neutre, inoffensif pour autrui, mais d'abord pour soi, le spectateur devient incapable de subir la réalité. Les gens de théâtre si alarmés cette semaine alors qu'ils se drapaient dans l'immunité artistique n'ont peut-être pas conscience que le passage à l'acte d'un acteur, la traversée du miroir pour reprendre une expression de la psychologie des profondeurs, brise les codes théâtraux. On peut supporter la douleur d'Oedipe sur scène comme spectateur à la condition d'être convaincu que l'acteur qui incarne le héros tragique n'a pas lui-même tué son père et épousé sa propre mère.

Wajdi Mouawad, enfermé dans son silence de créateur socialement incompris, a lui aussi franchi la frontière en décidant de mettre en scène son ami au nom d'une réinsertion sociale mal comprise. Wajdi Mouawad traverse donc le miroir et cette transgression le dépossède de son élan créateur. Si l'écriture est pour lui une catharsis, il ne peut pas se transformer dans sa création en travailleur social ou thérapeute de ses amis. Le théâtre n'est pas un centre de réinsertion sociale pour les criminels, sauf en tant que spectateurs.

À ses risques et périls, Wajdi Mouawad est devenu de ce fait controversé en dehors de son oeuvre qu'un public théâtral vénère en se laissant emporter par ses propres démons, son attirance pour les abysses et les sentiments innommables et terrifiants. Cette erreur de casting ne sera peut-être pas sans conséquence pour celui qui, à ce jour, n'a connu que les hommages et les encensements.

Quant à la notion de pardon, l'on remarquera qu'elle relève autant du droit que de la morale. Bertrand Cantat a payé son crime selon les règles du droit. Il a purgé sa peine. Au nom de quel mécanisme peut-on affirmer que l'on doive tourner la page? En mettant à mort sa compagne, saoul ou drogué, involontairement (la plupart des crimes conjugaux sont des homicides involontaires et on a envie d'ajouter: «Et après?»), Bertrand Cantat a concrétisé un noir désir. Il est libre de circuler, de respirer, de chanter si un public est demandeur. C'est cela le pardon. Pour les hordes de réactionnaires que nous sommes censés être, son geste est ineffaçable. À ce jour, Bertrand Cantat n'a jamais exprimé de remords public, laissant croire de la sorte qu'il fut victime de sa passion, de l'alcool, de la drogue et de la violence provocatrice de sa compagne Marie.

Enfin, qu'on nous permette d'être atterrée par plusieurs réactions d'une extrême violence de la part de gens pour qui la défense de Bertrand Cantat et de son droit d'être pardonné ressemble à une tentative plus ou moins consciente d'atténuer les gestes de violence conjugale.

***

denbombardier@videotron.ca
 
 
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  • France Marcotte - Abonnée
    9 avril 2011 08 h 27
    Tracer de l'actualité la trajectoire
    Tout a-t-il commencé platement le 4 avril, quand dans Le Devoir on annonçait "en primeur" et sur un ton plutôt guilleret qui aurait pu aussi bien passer inaperçu, que Bertrand Cantat, après "ses démêlés avec la justice française" pour "une sombre histoire de violence conjugale" serait sur les planches du TNM?
    Mais, le jour même, premier commentaire sur le site sous la nouvelle, une lectrice allumée soulevait les euphémismes.

    Ici madame Bombardier passe un peu vite sur ce coeur des événements, elle le banalise elle-même avant de partir dans sa grande envolée.

    Le débat a (commodément?) pris une tournure morale, mais il aurait pu en prendre une autre: la banalisation dans les médias de la violence qui est faite aux femmes, en écho à une certaine mythification actuelle du personnage masculin qui serait incompris (la veille du 8 mars 2011, une entrevue publiée dans le Devoir avec Anthony Synnott qui a écrit un livre visant "à glorifier les hommes" avait suscité aussi beaucoup de controverse et le tout jugé de très mauvais goût par plusieurs).

    Et tous les palabres journalistiques qui ont suivi cette annonce sur B.Cantat, permettant au fond de donner libre cours à tout un chapelet de clichés sur la présumée incompréhension du citoyen moyen du grand art, ne visent-ils pas bêtement à faire oublier que les médias, sauf la vigilance des lecteurs et auditeurs, pourraient bien nous créer sur mesure notre réalité?
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  • lephilosophe - Inscrit
    9 avril 2011 09 h 09
    Mimesis
    Les codes théâtraux dont Madame Bombardier parlent sont ceux d'un théâtre confortable, aseptisé, bourgeois quoi! Car la mimesis théâtrale ne prend sa force précisément que lorsque qu'elle traverse le quatrième mur et contamine le réel. Là est la mise en danger d'une société, de ses valeurs, de sa représentation d'elle-même. Là le théâtre devient vertige pour toute une société. C'est aussi et surtout ça la fonction du théâtre, sa fonction sociale qui va au-delà du simple divertissement que réclame Madame Bombardier. Et Mouawad a posé de front la question de la rédemption, du pardon, dans notre société qui se dit «ouverte», «tolérante».

    Bernard Gadoua
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  • Dominique Châteauvert - Abonnée
    9 avril 2011 10 h 44
    Lumineux!
    L'explication de la traversée du miroir explique bien la révolte de l'esprit face à ce qui ressemblait à un "détournement de théâtre".

    Il est maintenant facile de comprendre pourquoi les personnes sensibilisées à la catastrophe sociale que constitue le violence conjugale ne pouvaient y assister sans ressentir un profond malaise.

    Merci Mme Bombardier
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  • alain lavoie - Inscrit
    9 avril 2011 10 h 48
    Mimesis
    Très bonne intervention de Bernard Gadoua (dit "le philosophe" à 09h09) : le vrai théâtre justement, au risque même de la douleur, consiste à mettre à nu les contradictions de la société et dénoncer ses faux-semblants de bonne conscience. De ce côté, toute cette semaine qui s'achève, on aura été servi royalement jusqu'à la nausée.
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  • erixalain - Abonné
    9 avril 2011 10 h 49
    Commentaire sur notre société qui se dit «ouverte», «tolérante»
    Au-delà de la portée philosophique du théâtre, n'y a-t-il pas un jugement de notre société quand vous placez entre guillemets les mots ouverte et tolérante, parce que Mouawad nous pose cette question de front, ou lui a le courage de nous poser cette question sur la rédemption?

    J'aime l'éditorial de Josée Boileau du 7 avril dernier. À mon avis on peut dire que nous sommes une société ouverte et tolérante et qu'à la fois, on a peut-être droit à l'hésitation et au refus, parce que nous sommes pas prêts, ou parce que ce n’est tout simplement pas acceptable.

    Un lecteur soulignait que la réhabilitation doit s'appliquer autant aux pompiers qu'aux artistes. Soit. Le hic est que les pompiers que nous sommes, sauf ceux des calendriers, ne cherchons pas à tout prix le regard l’ouïe des autres. Par la logique marchande que l’on connaît plusieurs artistes nous sont souvent imposés.

    Et ce titre d'artiste dans nos sociétés revêt un caractère d'élite quand ceux qui le portent deviennent vedettes, que ce soit dans le monde du sport, du cinéma, de la chanson et du théâtre. Ce statut comporte des obligations, à mon avis. Mouawad et Cantat comme les autres. On leur prête quand on ne les paie pas pour les entendre, plusieurs tribunes. C’est un privilège que peu d’entre nous avons. Je veux bien être dérangé dans mes a prioris et c'est ce que j'apprécie le plus du théâtre. Mais seulement quand je peux faire la différence entre le propos et ceux qui le soutiennent : auteur, metteur en scène, comédiens, acteurs, etc. Je m'en excuse, là est ma limite.

    Quant à Cantat, il peut avoir le courage de travailler à sa rédemption par lui-même, il connaît la machine. J'arrive difficilement à ne pas penser que Mouawad ne se sert pas de sa renommée pour réhabiliter un ami à lui. Ce que je trouve discutable, et je constate que je ne suis pas le seul. Et je ne crois pas que nous sommes pour autant fermés et intolérants.
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  • Camille - Abonnée
    9 avril 2011 14 h 07
    La glorificationm et la banalisation
    Ce que je reçois du débat de la semaine: la glorification de l'acte créateur, que le commun des mortels n'a aucun, mais aucun droit de contester, ni de critiquer, ni de dire "ça suffit" "limite franchie" et, d'autre part, la banalisation ad nauseam de l'acte criminel dont il est question ici: le meurtre d'une femme, conjointe de celui qui tue.

    Pour la banalisation: j'ai entendu les "on ne sait pas ce qui se passe dans un couple" exactement comme dans les cas de viol des femmes, sous-entendant ici la responsabilité de la femme. On a entendu "il a purgé sa peine", " il a payé sa dette à la société", oh là minute. Il a été condamné à 8 ans de prison en 2003, en faisant le compte il à peine purgé sa peine en 2011, sa libération obtenue 4 ans après la sentence ne veut pas dire que la peine est entièrement purgée. Une peine est purgée à l'expiration des 8 ans. Ici quand cette peine a-t-elle été purgée: il y a quelques semaines, qq jours, qq mois ? L'est-elle vraiment, entièrement ? Après avoir battu à mort Marie Trintignant, il l'a laissée pendant 7 heures à côté de lui sans demander les secours. Il était intoxiqué, excuse si valable à l'exercice des pulsions violentes de l'homme contre la femme. Il a été condamné non pas pour meurtre mais à une accusation réduite d'homicide involontaire, comme "généralement" c'est le cas dans les causes de violences mortelles et assassines contre les femmes.

    A suivre...
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  • Camille - Abonnée
    9 avril 2011 14 h 08
    La glorification et la banalisation (suite et fin)
    (...)
    L'insignifiance des "il a purgé sa peine, il a droit au pardon". De quel pardon parle-t-on ? L'oubli ? Il reprend sa vie où il l'a laissée ? Il ne moisit pas au fond d'un cachot, il est libre, il peut travailler, ce qu'il a déjà fait d'ailleurs sans être à l'avant-scène. De là à forcer sur le public qui paye sa place la "soi-disant réhabilitation", le "on efface tout, on repart où on en était", à forcer la glorification de cet être si digne, si grand et noble créateur, j'en ai du dégoût. Parce que pour moi, il y a chez cette bande d'artistes narcissiques qui sont seuls détenteurs des "vraies valeurs", du comportement acceptable, de la liberté libératrice, il y a la manifestation du rejet de ce que l'autre, le non-artiste, ici le public, la société, envoie comme signal.

    Madame Bombardier pour moi analyse ici extraordinairement la "place" de l'acteur dans le jeu théâtral et dans notre société, peu importe les accusations qu'on lui lance, qui sont toujours les mêmes et par les mêmes personnes.

    Merci Madame Bombardier
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  • Roland Berger - Abonné
    9 avril 2011 18 h 11
    Les deux théâtres et Mme Portal
    Un théâtre amuse, l'autre questionne, provoque. L'erreur de Mme Portal n'est pas d'avoir voulu forcer ses spectateurs au pardon, mais bien plutôt d'avoir ignoré, dans sa bulle, que le Québec vient à peine de se débarrasser d'une religion qui considérait (et considère encore) les femmes comme des machines à reproduire devant en tout point obéir aux désirs sexuels de leur mâle de mari, béni et soutenu par le curé.
    Emporté pas son élan créateur, Mme Portal a tenté de forcer les Québécois à ne plus appréhender un retour de l'ancien temps, alors que le rapport des Bouchard et Taylor les jugent moralement arriérés parce qu'ils refusent de tolérer l'étalage des symboles d'une religion d'un autre dieu, alors qu'ils n'ont pas encore réussi à nier le dieu de la religion dont ils ne veulent plus, et que Mme Bombardier continue de défendre. Bouddha que c'est triste !
    Roland Berger
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  • Jean Pierre Bouchard - Inscrit
    9 avril 2011 19 h 59
    La violence toujours son effet post traumatique sous estimé! 1
    Mme Bombardier a rédigé un texte fort, moi si critique à son égard, les paragraphes 4 à 6 disent l'essentiel dont cet extrait: (...) La présence de Cantat sur scène posait le problème de la rupture d'une des lois du théâtre, à savoir la re-création de la réalité. Le théâtre peut être «le lieu idéal pour exorciser nos pulsions destructrices», mais à la condition que le spectateur sache que les acteurs sur scène jouent un rôle. (...) La présence de Bertrand Cantat sur scène ramènerait tous les personnages dans la réalité et ce faisant ferait éclater l'acte même de la création. (...)

    Autrement dit, tant que la transgression ne joue pas dans l'art à toucher véritablement des conditions fondamentales de la vie en société à faire confondre la réalité et la fiction, l'art est fabuleux car autrement l'art n'est plus de l'art. Aurait-on imaginé voir un ancien membre de la gestapo nazi joué dans une pièce de théâtre sur la Shoa. Si la majorité des cinéphiles supportent par cet exemple, les scènes de tortures subies par Saartjie Baartman, l'esclave noire du 19ème siècle traitée en bête de foire par les Anglais, en prostituée ou en cobaye scientifique par les Français dans ce cas au nom du progrès et de la théorie de la supériorité des races c'est parce que nous savons tous que la Vénus Noire en tant que film en tentant de reconstituer la vie d'une femme reste une fiction dramatique respectueuse de l'histoire mais essentiellement relevant d'une mise en scène.
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  • Jean Pierre Bouchard - Inscrit
    9 avril 2011 20 h 01
    La violence toujours son effet post traumatique sous estimé!
    Cet exemple de la Vénus noire est foudroyant parce que ce film ne traite que de violence, celle de l'exploitation, du rejet, de la manipulation, de l'humiliation et de sa conclusion finale, la mise à mort d'une personne suite à un long processus d'avilissement.
    Si le but ultime de M.Mouawad dans son entreprise est l'ouverture au pardon, dans la Vénus noire, le cinéaste Kechiche raconte dans la fiction réaliste ceci: le caractère complètement destructeur de la violence point!
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  • Claude Simard Claude Simard - Abonné
    9 avril 2011 22 h 25
    Suite dans les idées..
    Madame Bombardier, je vous félicite pour ce billet. Quel beau terrain vous nous amenez que celui du théâtre car c'est de cela en particulier qu'il s'agit. On devine en vous l'amour que vous portez à cet art, et vous nous avez pondu quelque chose qui respecte tous les intervenants sans leur lancer la pierre et les juger. Je suis d'accord avec lephilosophe ( samedi le 9 avril , 09.09) , des codes théâtraux. J'aime mieux vous lire sous les aspects de classes sociales que celles de valeurs morales , même si vous avez effleurez cet aspect, incontournable, en décrivant l'acte de Cantat, mais avec une retenue et une intelligence que beaucoup d'autres femmes n'ont pas su démontrer dans cette affaire avant vous. Après vous avoir lue, je me questionne beaucoup plus sur la vision que j'ai sur le théâtre que sur la moralité des gestes posés. Vous m'avez apaisé dans l'attemte des explications du metteur en scène que j'écouterai sous la lorgnette de son cheminement artistique et rien d'autre malgré le fait que moi aussi j'ai eu la même idée que vous, celle de vouloir utiliser le TNM en maison de réhabilitation subventionnée. Cette trraversée du miroir que vous évoquez me rappelle la question que vous aviez posé à Robert Lepage lors de la sortie de sa pièce Les aiguilles et l'opium en 1992. Je ne me souviens plus des mots exacts que vous avez employé mais le sens de votre question était s'il fallait aller jusqu'à consommer pour atteindre son but, celui d'écrire sur un sujet tel que la drogue et l'Opium en particulier. Vous en souvenez-vous? Et Robert Lepage de répondre du tac au tac; Bien sûr que non !!!!
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  • André Loiseau - Abonné
    10 avril 2011 08 h 36
    Pour la suite des choses...
    Dans sa lettre, M. Berger n'est pas loin de la vérité. On ne doit pas rester à la surface des choses.
    Je crois aussi que la présence de Cantat aurait été un puissant geste de réhabilitation que notre population judéo-chrétienne n'est pas prête d'accorder. En ne donnant jamais a main, nous favorisons le cycle des violences et nous tuons l'espoir, à notre tour. C'est avec la tête froide et les idées claires que les purs et les bien-pensants condamnent. Les purs, les incorruptibles, ceux qui ne tombent jamais préfèrent le lynchage à tout procès civilisé, sans même être sous l'effet de la jalousie et de l'abus des drogues. On a pas fini d'avoir des guerres, des massacres, et de réélire l'évangéliste.
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  • vieux cafe - Inscrit
    10 avril 2011 10 h 09
    Theatre mort
    Jettons-nous tous sur Cantat. Qu'il soit bouc-emissaire. Faisons siffler nos soupapes. Remettons a plus tard la crise mimetique. Laissons cet incident renforcer nos interdits.
    En attendant, son interdiction de sejour sur scene ou son retour dessus ne veut rien dire. Rien! Le theatre n'est plus "vertigineux pour la societe", il ne met pus rien "a nu" comme certain veulent le croire. Il fut un temps ou la scene etait le seul endroit qu'avaient les gens pour regarder leur societe ou leur simple face, mais maintenant, a part quelques bourgeois attardes, quelques lecteurs du Devoir, plus personne ne va s'y regarder. Votre theatre ne parle plus a personne.
    Votre debat aurait bien du sens si Cantat proposait de monter sur scene pour faire un spectacle d'humour grand public et qu'il y ambitionnait de faire des blagues sur la violence conjugale. Sophocle? Tout le monde s'en fout. Tout ce que vous ecrivez est necrose.
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  • François Dugal - Abonné
    10 avril 2011 12 h 14
    Enrichissons notre vocabulaire
    Adulte:
    Personne qui assume les conséquences de ses gestes.
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  • Marc O. Rainville - Inscrit
    10 avril 2011 13 h 59
    Rideau
    F... Sophocle. Wadji qui s'intéresse au pardon (Voir Incendies...) devrait s'essayer sur un sujet local. Je verrais bien son pote Cantat dans le rôle de la Corriveau, par exemple. Cette célébrité d'ici a terminé ses jours suspendue dans une cage de fer après avoir été reconnue coupable du meurtre de son mari. (Il pourrait aussi inviter Jean-Louis Trintignant...)
    En ce qui concerne la controverse actuelle, elle aura servi de révélateur. Beaucoup ont choisi de c... sur la tête du polémiste. Prions afin qu'il ne nous rende pas la pareille. Quoi qu'en pensent certains mauvais pensants, l'auteur ne nous a pas avili par son geste controversé. Il pourrait bien choisir de le faire cependant. C'est Réginald Martel qui écrivait dans une de ses chroniques, il y a vingt ans, que le Québec finirait par trouver son Bernanos.
    Nous n'en sommes peut-être pas encore là. Pour l'heure il ne nous reste qu'à entendre les platitudes d'usage au Parle Parle Jase Jase de ce soir. En ce qui me concerne, je dis déjà ... Rideau.
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  • Christiane Gervais - Abonné
    10 avril 2011 15 h 37
    Les judéo-chrétiens et le pardon!
    À monsieur Berger : Le nom de la directrice du TNM est Lorraine Pintal et non Portal.

    Marie Trintignant et Bertrand Cantat, de par leur notoriété d'artistes sont devenus des symboles suite à la mort de celle-ci, par celui-là. Quand on vit sous les projecteurs, ce qu'on y vit est magnifié ou exacerbé, c'est selon!

    Marie est devenue le symbole des femmes qui meurent sous les coups des hommes qui disent les aimer et Bertrand le symbole de ces hommes qui frappent, jusqu'à la mort, celles qu'ils disent aimer.

    L'annonce de cette mort, donnée dans un contexte tellement sordide, alors qu'ils étaient en plein tournage d'un film, comme d'autres auraient été au fond d'une ruelle, a choqué l'imagination et la sensibilité de tous (ou presque). Il y avait là une concentration de l'horreur que le temps n'a pas encore permis d'atténuer.

    Dans ce drame, ce sont tous les drames «domestiques» que l'on pleure. Non en moralisateurs, mais en êtres touchés par une réalité qui nous dépasse et nous fait horreur.

    Et le «génie» d'un metteur en scène, d'un musicien ou d'une directrice de théâtre ne peuvent en rien la faire disparaître, comme le font les judéo-chrétiens par la magie de la confession, pour ne laisser place qu'au théâtre!
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  • Augustin Rehel - Inscrit
    10 avril 2011 16 h 45
    LE CHOIX TRAGIQUE DU TNM


    La directrice du TNM, Lorraine Pintal, a défendu sur plusieurs tribunes le choix artistique du metteur en scène Wajdi Mouawad d'engager Bertrand Cantat et, a-t-elle précisé lors de la conférence de presse, elle n'a jamais pensé que sa décision de permettre à Cantat de faire partie de la programmation de la pièce de Sophocle, Des femmes, puisse créer un tel battage médiatique et populaire.
    Eh bien! Madame Pintal est bien naïve et manque de ce gros bon sens qu'on appelle le jugement. Aurait-elle permis à Guy Cloutier, pédophile notoire, de faire partie de la programmation? Je ne le crois pas. Pas plus que Julie Gagnon, actrice porno, ait sa place en éducation. Alors, comment une directrice artistique, au nom de l'Art, n'ait pas su préciser à Wajdi Mouawad, qu'un batteur de femmes qui tue sa conjointe dans un moment de rage non contrôlée n'a pas sa place sur une scène artistique québécoise. Étrange dilemme.

    Enfin, en prenant tardivement la décision de ne pas inviter Bertrand Cantat à la représentation de la pièce théâtrale, Madame Pintal revient à la case départ et donne raison à Sophocle qui avait l'art de mettre en scène des héros confrontés à des choix moraux.
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  • Augustin Rehel - Inscrit
    11 avril 2011 08 h 17
    Le pardon et la justice
    «Je crois aussi que la présence de Cantat aurait été un puissant geste de réhabilitation que notre population judéo-chrétienne ...»

    Ben non! Ben non! Aussitôt qu'on par de réhabilitation, on parle de pardon, et on rattache tout ça à l'éducation judéo-chrétienne. Le peuple du Québec est ailleurs depuis longtemps, et le jugement qui est porté contre Cantat en est un de gros bon sens. Cantat n'a pas purgé une peine raisonnable pour le geste commis, et, si la justice est incapable d'appliquer une justice juste et honnête, eh bien! on s'en chargera en laissant savoir aux pédophiles qu'ils ne sont pas les bienvenue parmi nous, pas plus que les voleurs en col bleus ou blancs, les bandits de tout acabit, les batteurs de femmes et surtout les meurtriers de femmes qui devraient être mis à l'ombre pour au moins 25 ans.

    Lex populi dura, sed lex!
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  • Jeannot Vachon - Inscrit
    11 avril 2011 18 h 23
    Justice vengeresse perpétuelle (1)
    Justice vengeresse perpétuelle
    La récente affaire Bertrand Cantat a montré une grave lacune de notre système qui sera peut-être résolue par un gouvernement Conservateur majoritaire : le besoin d’appliquer une vengeance perpétuelle à celui qui a commis une faute.

    On pourrait séparer de telles condamnations en deux. Lorsque les victimes ou leurs proches seraient prêts à passer l’éponge à la suite d’une sentence la plus juste possible, on garderait le processus judiciaire actuel.

    Lorsque les victimes garderaient une rancœur et ne voudraient jamais pardonner au fautif, la société en entier devrait se ranger de leur bord pour transformer la sentence en une condamnation à vie. On pourrait alors appliquer diverses approches, la peine de mort par exemple, l’emprisonnement à vie, traquer le fautif partout pour exposer sa faute et l’empêcher à tout prix de mener une vie normale, de pratiquer un métier à la hauteur de son talent.

    D’autres solutions pourraient être importées de société qui n’ont rien à faire des droits de l’homme : couper des membres ou marquer les fautifs au fer rouge. Il y a un grave danger de tomber un jour ou l’autre sur un criminel repenti dont je ne pourrais pas contribuer à applique la vengeance de la victime. Pourquoi donc ne pas leur tatouer sur le front leur méfait ? Lorsque je fais affaire avec celui qui me semble une bonne personne et un honnête travailleur, pourquoi je ne pourrais pas lire sur sont front quelque chose du genre : « Je suis un écœurant qui a déjà violé une femme » ?
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  • Jeannot Vachon - Inscrit
    11 avril 2011 18 h 28
    Justice vengeresse perpétuelle (2)

    Remarquez que, dans ce système, le procès est tout à fait secondaire. Provocations, circonstances atténuantes, allégations fausses ou rejetées en preuve, réhabilitation, remords, historique de bonnes mœurs de l’accusé et de mauvaises mœurs de la victime n’ont aucun rapport. Ce qui importe, c’est l’impression que la faute a laissée dans le public, incluant les rumeurs et les informations fausses qui ont circulé dans les médias. Avec ce système, même des innocentés pourraient faire les frais de la justice populaire.

    Ce qui est merveilleux avec une personne connue, c’est que tout ce processus se fait de façon presqu’automatique, alors que suffisamment de sympathisants de la victime peuvent allumer le feu de la vengeance aussitôt que le fautif essaie de refaire surface.

    Donc, la société entière devrait toujours se ranger du côté de la victime et appliquer au fautif la même haine et la même vengeance que la victime appliquerait elle-même. Cette solidarité permettrait aussi d’investir des sommes colossales car l’obsession de vengeance des victimes deviendraient l’affaire de toute une société. Tous ceux qui voudraient pardonner seraient alors des traitres méritant le même châtiment. Bref, le monde idéal. Vive la haine bien canalisée!

    (J'espère que tous auront compris l'ironie de ce texte et que j'en pense exactement le contraire. Je suis en admiration du geste de compassion de Mouawad et de Mme Pintal. Je regrette la quasi unanimité de la condamnation de ce geste noble)
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  • Pierre-Marie Lagier - Abonné
    20 avril 2011 16 h 24
    Laisse à César ce qui est à César, et à Dieu...
    Le billet de Mme Bombardier est sublime. Comme lecteur et simple citoyen, je lui dis bravo. Permettez-moi de rajouter un mot de criminologue, donc à côté du droit et de la morale, en utilisant un peu de «ma science»: dans les affaires de traitement criminologique, de psychothérapie, de réhabilitation et de réinsertion sociale, les proches ne sont vraiment pas les meilleurs à consulter ni à laisser agir. En d'autres termes, s'il veut vraiment aider son copain Cantat, M. Mouawad devrait plutôt l'orienter vers des professionnels et ne pas «l'utiliser» pour promouvoir sa vision personnelle de ce qui est juste et bon, sans parler de la morbide ou fatale (dans le sens d'inévitable) promotion de son spectacle. En effet les études criminologiques nous apprennent que tuer quelqu'un ne se fait pas sans douleur. Depuis que le monde est monde, l'homicide entache son auteur, quelles que soient les circonstances, de la «marque de Caïn». Elle ne s'efface pas en deux coups de rideau. Mettre le meurtrier en et sur la scène, c'est donc inévitablement le désigner comme «bouc émissaire» (j'invite Mouawad à lire Girard). Voyez même ceux qui ont tué en service commandé (soldats, policiers, bourreaux) et en héros de la patrie; tous en sont à jamais marqués. Et c'est ainsi tant pour les «honnêtes gens» meurtriers que pour les psychopathes pervers. Alors, ce qui s'impose, c'est comme on dit en latin d'abord le «low profile», la retenue, le recul, la méditation et, au plus tôt, l'orientation vers un soutien professionnel qui pourra, parmi les techniques thérapeutiques, peut-être user du psychodrame (technique du Dr David Moreno) mais certainement pas du théâtre.
    Comme citoyen pas tout à fait ordinaire donc , je ne puis m'empêcher de penser que si Mouawad s'était contenté de la musique sans le musicien, le dénommé Cantat pourrait continuer (ou peut-être enfin commencer) son propre «travail de deuil». Il en a besoin au moins autant que la fam
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