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    Calvaire d'Oka - Lambert et Joyal dénoncent l'inaction de Québec

    «Ce n'est pas parce qu'on a donné 30 000 $ il y a trente ans qu'on peut se défaire de ses responsabilités»

    Les sept pièces monumentales en bois polychrome sculptées par Guernon dit Belleville datent de 1775.
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Les sept pièces monumentales en bois polychrome sculptées par Guernon dit Belleville datent de 1775.
    Les vétérans de la sauvegarde du patrimoine, la fondatrice du Centre canadien d'architecture, Phyllis Lambert, et le sénateur libéral Serge Joyal, jugent que le ministère de la Culture fait fi de ses responsabilités en balayant du revers de la main l'enjeu de la vente aux enchères des bas-reliefs du calvaire d'Oka.

    Dans une lettre conjointe publiée en page Idées, les deux signataires dénoncent en bloc l'attitude affichée par la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, depuis que Le Devoir a publié des informations relayant la vente imminente de chefs-d'oeuvre classés datant de 1775, pour financer des travaux de rénovation majeurs sur l'église d'Oka. Les sept pièces monumentales en bois polychrome sculptées par Guernon dit Belleville provenant des chapelles du calvaire d'Oka ont été retirées de l'église d'Oka en prévision de leur mise en vente prochaine par la fabrique.

    La semaine dernière, la ministre St-Pierre a exigé que la vente des biens classés soit reportée d'un mois et que la fabrique se tourne vers le Conseil du patrimoine religieux pour obtenir l'argent nécessaire pour retaper son église. Au final, la ministre a indiqué qu'elle ne verserait pas un sou de plus pour ces oeuvres pour lesquelles le gouvernement Lévesque a déjà versé 25 000 $ il y a 30 ans.

    «La ministre St-Pierre a donc balayé le problème de sa table: pas un sou public de plus, et c'est autrement que la fabrique devrait se débrouiller. Est-ce que cela suffit pour s'en laver les mains?», déplorent les deux doyens de la défense du patrimoine. Fondatrice du Centre canadien d'architecture, Phyllis Lambert est aussi l'une des instigatrices du mouvement de sauvegarde du patrimoine montréalais Sauvons Montréal, devenu depuis Héritage Montréal.

    «Ce n'est pas parce qu'on a donné 30 000 $ il y a trente ans qu'on peut se défaire de ses responsabilités», a ajouté hier le sénateur, en entrevue au Devoir.

    Serge Joyal croit que c'est le principe même de la responsabilité gouvernementale découlant du choix du classement d'une oeuvre exceptionnelle qui est bafoué dans cette affaire. «Classer une oeuvre implique une responsabilité de suivi. C'est là où la position de la ministre devient précaire. À partir du moment où l'État reconnaît qu'une oeuvre d'art est un bien patrimonial public, il ne peut se laver les mains de ce qui peut advenir de cette oeuvre si son propriétaire déclare forfait et n'est plus en mesure d'en conserver la garde et l'accès», croit le sénateur.

    Demander aux paroisses d'assumer seules 30 % du financement de travaux qui peuvent atteindre des montants mirobolants (2 millions à Oka) ne peut tenir lieu de seule politique, dit-il.

    Serge Joyal, grand collectionneur d'art et de pièces du patrimoine religieux québécois, a lui-même légué une grande partie de sa collection au Musée d'art de Joliette dans les années 1960 et 1970, ainsi qu'au Musée des beaux-arts de Montréal.

    Il craint que l'attitude débonnaire affichée par la ministre St-Pierre quant au patrimoine religieux protégé ne donne le feu vert à une liquidation en masse de biens classés par des centaines d'églises en manque de budget.

    «Les risques de dispersion sont aujourd'hui beaucoup plus réels», invoque le sénateur.

    «La situation vécue à Oka risque fort de se reproduire ailleurs. Tôt ou tard, tous les édifices religieux classés "monument" devront faire face à des travaux incontournables. Certaines [fabriques] seront [...] tentées de vendre un ou deux tableaux, quelques pièces d'orfèvrerie [s'il en reste] pour pallier le plus urgent. Et la roue se mettra alors à tourner... vendre nos biens patrimoniaux pour sauver les murs!», peut-on lire dans la lettre.

    Pour protéger ces oeuvres que l'on a hissées au rang de biens collectifs il y a trente ans, la solution la plus logique serait leur achat par le biais des budgets d'acquisition de musées nationaux, croit le sénateur. À son avis, la conservation de pièces de cette ampleur (sept tableaux de grande superficie) relève de la mission d'institutions nationales. «Il y a un leadership à prendre, car la situation est exceptionnelle», relance ce dernier.

    Ce grand collectionneur estime d'ailleurs très minces les chances qu'un acheteur privé verse les centaines de milliers de dollars espérés par la fabrique pour régler ses problèmes d'intendance. «Il s'agit de grands bas-reliefs à thématiques religieuses. Si les pièces ne trouvent pas preneurs, est-ce que la fabrique les vendra à n'importe quel prix?», s'inquiète-t-il.

    Au moment où les parlementaires amorcent les consultations sur la Loi sur le patrimoine culturel, tout le processus entourant le classement d'une oeuvre ou d'un bâtiment mérite d'être éclairci, pense le cosignataire de la lettre. «La ministre a jugé urgent de dépenser deux millions pour acquérir la maison des hommes du complexe des Soeurs grises pour un bâtiment qui n'était pas menacé. C'était une décision purement politique. Elle peut faire un geste pour sauver des biens dont la sauvegarde est clairement plus problématique», opine-t-il.
    Les sept pièces monumentales en bois polychrome sculptées par Guernon dit Belleville datent de 1775. Les sept pièces monumentales en bois polychrome sculptées par Guernon dit Belleville datent de 1775.<br />
     
     
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