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    Réinventer la ville - Autopsie d'un chantier

    L'architecte français Paul Andreu livre le bilan de l'échec de ses projets montréalais

    Le «starchitecte» français a réalisé l’Opéra de Pékin, un gigantesque nid de titane posé sur un lac en plein centre de la ville.<br />
    Photo: Agence France-Presse (photo) Teh Eng Koon Le «starchitecte» français a réalisé l’Opéra de Pékin, un gigantesque nid de titane posé sur un lac en plein centre de la ville.
    Il faut plus que du béton et de l'asphalte pour développer une rue, un quartier, une ville à échelle humaine. Le Devoir poursuit sa série intermittente sur les exemples québécois à suivre et les erreurs à ne plus répéter.

    Le Devoir en France - Il est venu, il a vu, on l'a vaincu. L'architecte français Paul Andreu a planché pendant des mois sur des plans de revitalisation du «coeur de la Main», boulevard Saint-Laurent, à Montréal. La Vitrine culturelle (le 2-22) sera inaugurée l'an prochain, bien en retard et pas selon ses plans. Le gratte-ciel gisant au nord du Monument-National, prévu pour les bureaux d'Hydro-Québec, a disparu des radars. L'immeuble rêvé au-dessus de l'édicule du métro Saint-Laurent n'existera pas. Tout stagne, rien ne va vraiment, et adieu M. Andreu.

    «Deux visions s'affrontaient et la nôtre a perdu, résume l'architecte, rencontré fin novembre dans ses bureaux parisiens. La nôtre proposait de faire évoluer le quartier en y introduisant du nouveau. L'autre vision, celle de la Ville notamment, répétait qu'il ne faillait pas dénaturer le secteur, qu'il fallait respecter l'esprit montréalais, la pierre, la brique, l'entrée dans les angles, etc. Est-on seulement allé voir l'état de ce quartier délabré quand on dit ça? Je comprends très bien ce débat. Il faut l'avoir pour protéger l'héritage et se permettre des innovations. Mais on peut aussi trouver des solutions qui mêlent le nouveau et l'ancien. Le mélange est possible et dynamisant.»

    M. Andreu répète avoir été «très, très bien reçu à Montréal». Il observe tout de même que les moyens n'étaient pas à la hauteur des fins. «Il y avait clairement un problème économique. Pour réussir, il fallait faire du mètre carré. On était donc parti sur un projet un peu haut, trop volumineux qui a déplu. Mais c'est faute d'argent. [...] Je suis triste que ça ne soit pas allé au bout. Je suis aussi triste pour le donneur d'ouvrage, qui était passionné. Pour lui, ça doit être un vrai crève-coeur.»

    Une certaine lourdeur...


    Ce donneur de contrats, c'est Christian Yaccarini, président de la Société de développement Angus (SDA), qui avait personnellement contacté M. Andreu à Paris, en 2008, pour lui offrir de collaborer avec les firmes Aedifica et GHA au plan de revitalisation de la Main.

    «La collaboration avec M. Paul Andreu, nous en sortons déçus en termes de résultats, dit M. Yaccarini, en entrevue par courriel. Pas du tout à cause de Paul Andreu lui-même, qui est un grand architecte et une personne possédant de belles valeurs. Mais parce que le projet n'a pu se réaliser. Si Paul Andreu ne travaille plus avec nous, c'est parce que le projet du Quartier Saint-Laurent ne s'est pas réalisé et que le projet du 2-22 tel que développé n'a pas obtenu le fameux consensus qui, hélas! nous empêche souvent d'innover de façon positive.»

    Le président de la SDA critique ensuite «la lourdeur bureaucratique et la façon dont l'Office de consultation de Montréal a procédé aux consultations». Il dénonce également «la jalousie et la mesquinerie de certains intervenants qui ont fait que le projet avec Hydro-Québec est devenu caduc». Il endosse finalement une part de responsabilité due à sa «naïveté».

    Le projet au nord du Monument-National est toujours bloqué par le refus du café Cléopâtre de déménager. Le 2-22 est en construction et sera inauguré cinq ans après sa première idéation. En Chine, c'est à peu près le temps qu'il faut pour reconstruire une ville...

    Vite, vite, vite...


    M. Andreu en sait quelque chose. Son bureau construit maintenant beaucoup en Chine. Le «starchitecte» français qui s'est fait un nom comme concepteur d'aéroports (dont Charles-de-Gaulle), y a notamment réalisé le magnifique Opéra de Pékin, un gigantesque nid de titane posé sur un lac en plein centre de la ville.

    M. Andreu planifie maintenant l'aménagement d'un ancien aéroport militaire pour une ville de taille moyenne entre Pékin et Shanghai. «Le TGV va y passer et il faut aménager 2 ou 2,5 millions de mètres carrés d'espace, explique-t-il. On a discuté et j'ai proposé de placer les investissements publics au centre et de déplacer en retrait le musée, un opéra, une salle de concert et un hôtel. Seulement, c'est épuisant de travailler avec les Chinois parce qu'ils veulent tout, tout de suite. Il faut faire attention pour bien faire. Je leur dis toujours: "Ce n'est pas parce que vous avez deux femmes que vous pouvez faire un enfant tous les quatre mois et demi". Notre métier passe par les idées et les idées, on ne peut pas les stimuler artificiellement.»

    Montréal donne donc l'impression de fonctionner à l'envers, sans résultat toutefois. «Montréal, c'est le contraire de la Chine, dit finalement Paul Andreu quand on le force à la comparaison. Là-bas, on construit vite, trop vite. C'est plus lent à Montréal. Mais je vais vous dire en toute honnêteté, à Paris, c'est compliqué aussi, même si les opérations téléguidées par la Ville y passent plus facilement. Chez vous, Christian, il se battait contre des montagnes et il se cherchait constamment des amis. C'était très compliqué et il se bagarrait contre tout le monde.»
    Le «starchitecte» français a réalisé l’Opéra de Pékin, un gigantesque nid de titane posé sur un lac en plein centre de la ville.<br />
Une des dernières versions de l’immeuble conçu pour la Vitrine culturelle par Paul Andreu Architecte, avec ses collaborateurs montréalais. La façade de verre aux proportions «aéroportuaires» a été critiquée par certains observateurs pendant les séances publiques organisées par la Ville.<br />
La Vitrine telle qu’elle sera, avec une structure de bois, une volumétrie plus sobre et une entrée en biais. L’édifice accueillera aussi la radio CIBL 101,5 FM, Projet IMAGO: ARTEXTE, la galerie Vox, le Regroupement des centres d’artistes autogérés du Québec (RCAAQ), l’Association mondiale des radiodiffuseurs communautaires (AMARC), la Maison mondiale de la radio communautaire, l’Association des radiodiffuseurs communautaires du Québec (ARCQ) ainsi qu’un restaurant et un bar.<br />












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