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    Le grand Karl sous toutes ses coutures

    À l'âge vénérable de 77 ans, le créateur Lagerfeld «masstige» la mode

    Le designer de mode allemand Karl Lagerfeld devant quelques-unes de ses œuvres à l’exposition Karl Lagerfeld, parcours de travail, présentée jusqu’au 31 octobre prochain à la Maison de la photographie de Paris.<br />
    Photo: Agence France-Presse (photo) Pierre Verdy Le designer de mode allemand Karl Lagerfeld devant quelques-unes de ses œuvres à l’exposition Karl Lagerfeld, parcours de travail, présentée jusqu’au 31 octobre prochain à la Maison de la photographie de Paris.
    Personnage fantasque et visionnaire, irrévérencieux et inclassable, l'incontournable couturier Karl Lagerfeld vient jouer de nouveau les trouble-fêtes, à l'âge vénérable de 77 ans, en annulant sa participation aux défilés parisiens.

    Sa nouvelle collection, qui devait être lancée sur les podiums de la Ville lumière le 3 octobre prochain devant les acheteurs, les médias et les paparazzis internationaux, brillera donc par son absence lors de cet événement phare de la planète design.

    L'onde de choc créée par le retrait du maître provoque actuellement un tsunami qui ébranle non seulement l'industrie du luxe et ses créateurs, mais également les grandes marques populaires et leurs stylistes, qui, tous, se remettent en question en recherchant sans cesse de nouvelles pistes les entraînant vers des créneaux particuliers et rentables.

    M. Lagerfeld se dit parfaitement heureux de trôner en haut de l'affiche avec deux des marques les plus prestigieuses au monde, Chanel et Fendi, et se dit prêt à investir le monde très accessible du prêt-à-porter.

    Seul couturier d'origine allemande à avoir pu conquérir Paris dès 1954, le grand rival d'Yves Saint Laurent a travaillé à ses débuts à redorer le blason de Jean Patou, puis de la marque Chloé, qui sombrait alors dans l'oubli et à laquelle il insuffla une seconde vie. C'est en 1965 qu'il s'associe à l'illustre fourreur italien Fendi, à Rome, pour qui il continue toujours de dessiner. Toutefois, son plus grand fait d'armes reste d'avoir amorcé en 1982 la renaissance de la maison Chanel, qui, à l'époque, frôlait la fermeture complète. Le prestige et le rayonnement de Chanel, c'est à lui que nous les devons encore de nos jours.

    Ce créateur de rêve se double en plus d'un homme d'affaires à l'instinct très sûr, chose rarissime chez les artisans et les artistes de la couture.

    Dilettante professionnel

    Toujours aussi passionné, cet insatiable curieux, ce touche-à-tout de génie qui se dit «dilettante professionnel» n'en finit plus de choquer les people et les «modeux».

    Photographe de grand talent et éditeur de livres d'art, cette figure de chair et de style controversée et éminemment caricaturale (source inépuisable d'inspiration pour notre Marc Labrèche national) vient de jeter un pavé dans la mare de la haute couture parisienne.

    M. Chanel ou Fendi se lance dorénavant dans le prêt-à-porter bas de gamme. C'est de sa tour d'ivoire de Monte-Carlo que cet homme, qui semble parfois parler plus vite qu'il ne pense, affirme désormais: «L'élitisme de masse, c'est mon rêve depuis longtemps. Je pense qu'il était presque de mon devoir de faire ça avec mon nom, c'est le chemin de la modernité.»

    Après plusieurs saisons d'un succès très relatif avec sa collection éponyme au positionnement mal défini, le grand Karl a finalement pris la décision de désacraliser son style en offrant en exclusivité dans Internet — s'adressant ainsi directement au public, sans intermédiaire — sa ligne féminine Masstige (contraction de mass market et de prestige), disponible à compter de l'automne 2011 à prix très abordables.

    Cette icône de l'industrie du luxe et ce provocateur dans l'âme, fasciné par le mass market, nous annonce avec un virage audacieux sa nouvelle collection signature entre luxe et accessibilité, afin de démocratiser la mode ainsi que ses collections d'accessoires.

    Parions ensemble que le succès international de la collection qu'il a dessinée à la demande de la multinationale H&M en 2004, qui avait alors provoqué des files d'attente et des bousculades à son lancement dans la grande majorité des succursales de ce monument de la mode jeune et branchée, lui a inspiré cette approche innovatrice.

    Avec son look d'éternel dandy mondain, Karl Lagerfeld, qui a réussi l'exploit, en 2000, de perdre 42 kilos en moins d'un an, a su élaborer avec brio, avec l'aide du docteur Houdret, un régime qu'il a baptisé spoonlight et qui cartonne aujourd'hui auprès des fashion victims de tout acabit.

    Celui qui a en horreur les rondes et qui n'hésite pas à dire qu'elles n'ont pas leur place sur les podiums de mode a retrouvé sa taille de guêpe grâce à ce régime draconien combiné au bistouri.

    Révolution à l'horizon


    Décidément, Karl Lagerfeld saura toujours nous faire vivre le pire et le meilleur de la mode sous toutes ses coutures et dans tous ses aspects, tantôt original et intemporel, tantôt élitiste et frivole, mais souvent essentiel.

    Si les années 1960 ont vu la mode descendre dans la rue, c'est en 2011 qu'on pourra se la procurer à prix d'aubaine via Internet; c'est du moins ce que nous promet le roi Karl, jusqu'ici figure de proue de la mode haut de gamme reconvertie en designer populaire et populiste.

    Petite révolution à l'horizon!












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