Libre opinion - Un bel esprit nous a quittés
Gérald Grandmont - Ex-secrétaire du ministère des Affaires culturelles et ex-directeur de la recherche et de l'évaluation au Musée de la civilisation sous les règnes de Roland Arpin
8 septembre 2010
Actualités culturelles
Roland Arpin n'est plus. Un bel esprit nous a quittés. J'ai eu le privilège de le côtoyer de très près au cours de sa carrière au ministère de la Culture et des Communications de l'époque, ainsi qu'au Musée de la civilisation. Nous avions conservé des liens d'amitié. Son départ laisse un grand vide autour de lui.
Roland Arpin était par-dessus tout un habile pédagogue, un praticien de la gestion, un praticien de la communication entre les personnes. Toute sa vie personnelle et professionnelle a été tournée vers la connaissance. Celle-ci a permis que ses proches évoluent auprès d'un visionnaire des changements culturels et sociaux. Elle était étroitement chevillée à un humanisme puissant, nourrie de valeurs profondément vécues. Elle a permis que nous soyons, dans son entourage, porteurs du destin des projets dont il assumait le leadership. C'était un homme vrai, un homme bon, un homme juste. Il a permis que nous devenions meilleurs à ses côtés.
Au ministère de la Culture et des Communications, Roland a porté de très gros projets de transformation du ministère pour finir par faire en sorte que l'action soit alignée aussi bien sur la créativité que sur la mémoire collective et le développement culturel des citoyens. Il n'a eu de cesse de comprendre que le Québec s'était développé, à travers l'histoire, en réseaux: réseau fluvial, réseau routier, réseau électrique, réseau hospitalier, réseau éducatif.
En 1985, il imaginait le temps était venu pour que le Québec se déploie encore, porté cette fois par un réseau culturel. Il en sortira, sur une période de dix ans, une brochette d'une dizaine de sociétés d'État capables de réagir rapidement, avec souplesse et dont l'action, combinée à un développement culturel régional et à celui d'un milieu associatif vigoureux, permettrait que surgissent de nombreux foyers d'action culturelle partout sur le territoire.
Au Musée de la civilisation, il a imprimé à une muséologie un peu corsetée un élan nouveau de communication muséale, de pédagogie muséale, toutes deux fondées sur la découverte. Le discours de cette muséologie se devait d'établir des rapports intelligents et vrais avec les visiteurs auxquels il accordait une place privilégiée. Il en avait rédigé de sa main le concept et il en organisa l'action pour témoigner toujours un peu plus chaque jour du bien-fondé de ce concept. [...]
Ce ne fut pas long pour que la réussite de cette institution traverse nos frontières. Aujourd'hui, personne ne s'étonne que cette forme de muséologie soit largement pratiquée dans le monde. Tout se serait passé comme si la réussite du Musée qu'il a conçu avait permis d'ouvrir les vannes à d'autres approches et que l'institution vénérable du Musée devienne un véritable acteur social en interaction avec son milieu.
Roland avait cette capacité personnelle de responsabiliser ses collaborateurs à qui il reconnaissait le droit à l'erreur, comme il se le reconnaissait à lui-même. Il insistait pour fonder le sens du travail de chacun sur une circulation généreuse de l'information, car il estimait à juste titre que des équipes bien informées étaient largement supérieures à tout autre modèle de gestion. Il en résultait un niveau inégalé de motivation. Mais gare à vous si la rigueur dans votre travail n'était pas au rendez-vous.
J'ai eu l'immense privilège, pendant toutes ces années de collaboration, de pouvoir partager de nombreuses réflexions, de rédiger des notes que je retrouvais transformées et enrichies à coup sûr dans des textes ou dans des conférences, de voyager en sa compagnie et d'être alors le témoin de rencontres uniques. En 1984, il m'avait fait la très grande générosité de me permettre de séjourner pendant une année complète au ministère de la Culture et de la Communication de France. [...]
Dans le testament de sa pensée qu'il publia en 2002 sous le titre de Territoires culturels, Roland Arpin dira notamment: «Nous sommes des habitants d'un nouveau millénaire. Quelle aventure fantastique tant sur le plan culturel que sur le plan symbolique! Marquer ce passage par l'examen des grands enjeux et des grands défis, c'est prolonger, sur un mode contemporain, la gigantesque aventure des hommes et des femmes qui ont construit un pays, un des plus beaux et des plus pacifiques au monde. Cela fait aussi partie de l'héritage. Nous sommes conviés à proposer des solutions aux grandes questions qui nous préoccupent, à quitter le mode de l'analyse et du diagnostic pour entreprendre des actions.»
Roland Arpin assumait un leadership puissant. Tout comme Augustin Girard, il fut un homme d'exception.
***
Gérald Grandmont - Ex-secrétaire du ministère des Affaires culturelles et ex-directeur de la recherche et de l'évaluation au Musée de la civilisation sous les règnes de Roland Arpin
Roland Arpin était par-dessus tout un habile pédagogue, un praticien de la gestion, un praticien de la communication entre les personnes. Toute sa vie personnelle et professionnelle a été tournée vers la connaissance. Celle-ci a permis que ses proches évoluent auprès d'un visionnaire des changements culturels et sociaux. Elle était étroitement chevillée à un humanisme puissant, nourrie de valeurs profondément vécues. Elle a permis que nous soyons, dans son entourage, porteurs du destin des projets dont il assumait le leadership. C'était un homme vrai, un homme bon, un homme juste. Il a permis que nous devenions meilleurs à ses côtés.
Au ministère de la Culture et des Communications, Roland a porté de très gros projets de transformation du ministère pour finir par faire en sorte que l'action soit alignée aussi bien sur la créativité que sur la mémoire collective et le développement culturel des citoyens. Il n'a eu de cesse de comprendre que le Québec s'était développé, à travers l'histoire, en réseaux: réseau fluvial, réseau routier, réseau électrique, réseau hospitalier, réseau éducatif.
En 1985, il imaginait le temps était venu pour que le Québec se déploie encore, porté cette fois par un réseau culturel. Il en sortira, sur une période de dix ans, une brochette d'une dizaine de sociétés d'État capables de réagir rapidement, avec souplesse et dont l'action, combinée à un développement culturel régional et à celui d'un milieu associatif vigoureux, permettrait que surgissent de nombreux foyers d'action culturelle partout sur le territoire.
Au Musée de la civilisation, il a imprimé à une muséologie un peu corsetée un élan nouveau de communication muséale, de pédagogie muséale, toutes deux fondées sur la découverte. Le discours de cette muséologie se devait d'établir des rapports intelligents et vrais avec les visiteurs auxquels il accordait une place privilégiée. Il en avait rédigé de sa main le concept et il en organisa l'action pour témoigner toujours un peu plus chaque jour du bien-fondé de ce concept. [...]
Ce ne fut pas long pour que la réussite de cette institution traverse nos frontières. Aujourd'hui, personne ne s'étonne que cette forme de muséologie soit largement pratiquée dans le monde. Tout se serait passé comme si la réussite du Musée qu'il a conçu avait permis d'ouvrir les vannes à d'autres approches et que l'institution vénérable du Musée devienne un véritable acteur social en interaction avec son milieu.
Roland avait cette capacité personnelle de responsabiliser ses collaborateurs à qui il reconnaissait le droit à l'erreur, comme il se le reconnaissait à lui-même. Il insistait pour fonder le sens du travail de chacun sur une circulation généreuse de l'information, car il estimait à juste titre que des équipes bien informées étaient largement supérieures à tout autre modèle de gestion. Il en résultait un niveau inégalé de motivation. Mais gare à vous si la rigueur dans votre travail n'était pas au rendez-vous.
J'ai eu l'immense privilège, pendant toutes ces années de collaboration, de pouvoir partager de nombreuses réflexions, de rédiger des notes que je retrouvais transformées et enrichies à coup sûr dans des textes ou dans des conférences, de voyager en sa compagnie et d'être alors le témoin de rencontres uniques. En 1984, il m'avait fait la très grande générosité de me permettre de séjourner pendant une année complète au ministère de la Culture et de la Communication de France. [...]
Dans le testament de sa pensée qu'il publia en 2002 sous le titre de Territoires culturels, Roland Arpin dira notamment: «Nous sommes des habitants d'un nouveau millénaire. Quelle aventure fantastique tant sur le plan culturel que sur le plan symbolique! Marquer ce passage par l'examen des grands enjeux et des grands défis, c'est prolonger, sur un mode contemporain, la gigantesque aventure des hommes et des femmes qui ont construit un pays, un des plus beaux et des plus pacifiques au monde. Cela fait aussi partie de l'héritage. Nous sommes conviés à proposer des solutions aux grandes questions qui nous préoccupent, à quitter le mode de l'analyse et du diagnostic pour entreprendre des actions.»
Roland Arpin assumait un leadership puissant. Tout comme Augustin Girard, il fut un homme d'exception.
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Gérald Grandmont - Ex-secrétaire du ministère des Affaires culturelles et ex-directeur de la recherche et de l'évaluation au Musée de la civilisation sous les règnes de Roland Arpin
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