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Festival d'expression de la rue - Un rendez-vous pour les jeunes marginaux

Le Festival d’expression de la rue (FER) vise à améliorer la cohabitation entre les commerçants, les autorités et les jeunes de la rue.<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Le Festival d’expression de la rue (FER) vise à améliorer la cohabitation entre les commerçants, les autorités et les jeunes de la rue.
Les jeunes de la rue de Montréal convergent tous depuis hier vers la place Pasteur, où se tient jusqu'à ce soir la 14e édition du Festival d'expression de la rue (FER). Si l'événement est une occasion pour les jeunes de fraterniser et d'exprimer leur culture souvent marginalisée, il reste que la tolérance des autorités envers ce rassemblement populaire continue de décliner.

C'est du moins la conclusion tirée par les organisateurs du festival, le Groupe d'intervention alternative par les pairs (GIAP) et ses six pairs-aidants — d'anciens jeunes de la rue qui complètent le travail de prévention effectué par les intervenants permanents de six organismes montréalais. Depuis deux ans, disent-ils, l'intolérance a connu un pic vertigineux. L'an dernier, le festival s'est vu refuser la place Pasteur par l'UQAM, «qui voulait en faire une utilisation moins sujette à la controverse», révèle Jean-François Mary, responsable de l'organisation communautaire chez Cactus Montréal, un partenaire du GIAP. «Comme quoi le festival est sujet à controverse», ironise-t-il.

Cette année, l'accès à la place Pasteur leur a été autorisé, mais les gardiens de sécurité de l'UQAM agissent envers eux avec hostilité; une attitude qui lance un message clair aux organisateurs. «J'ai beaucoup de doutes qu'ils [l'UQAM] soient aussi pointilleux que ça avec les autres festivals: "C'est correct, j'ai dit oui pour que tu viennes, mais on va s'arranger pour que tu ne veuilles plus jamais revenir". Pour moi, ça ressemble à ça en ce moment», déplore Marc-André, l'un des six pairs-aidants. Jean-François Mary est tout aussi réticent. «Ce n'est plus une barrière physique qui coupe l'accès à la place, mais c'est nous rajouter des étapes et des barrières dans la procédure de mise en place du festival. C'est plus sournois», analyse-t-il.

Dans ce contexte d'incompréhension mutuelle, les organisateurs gardent tout de même en tête leur objectif d'améliorer la cohabitation entre les commerçants, les autorités et les jeunes de la rue. Car en réalité, même si les préjugés sont tenaces, ils ont «très peu de relations», constate Jean-François Mary. Un jeune qui dort sur le palier d'un commerce pendant la nuit ne peut qu'avoir un contact minime avec le commerçant, illustre l'organisateur. L'intolérance «généralisée» proviendrait davantage d'une crainte, alimentée selon lui par une présence policière accrue.

«C'est clair que ça ne cohabite pas parfaitement, mais c'est justement l'un des buts du festival: tous les acteurs sociaux et communautaires locaux sont invités à venir pour dialoguer, briser les préjugés et créer un contact direct», fait valoir Marc-André. Pour le pair-aidant, outre une occasion de faire de la prévention, le festival est une reconnaissance de l'existence des jeunes de la rue, une façon de leur «donner une place pour exister», surtout «quand toute l'année tu te fais tasser».

La population semble réserver un accueil amical au festival. Des curieux s'arrêtaient hier pour faire le tour de la place, histoire de jeter un oeil aux différents kiosques. Performances musicales, nourriture gratuite et ateliers de sensibilisation sont entre autres offerts aux jeunes, qui fraternisent assis aux tables à pique-nique et sur les murets de pierre de la place. À savoir si l'an prochain le festival aura à déménager de nouveau, Jean-François Mary joue la carte de l'optimisme. «Si on n'a pas la place Pasteur, on en aura une autre.»
 
 
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