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eXcentris - Pas besoin d'une subvention de 12 800 000 $

Roland Smith - Propriétaire et programmateur du Cinéma du Parc  30 juin 2010  Actualités culturelles
Concernant le dossier de l'eXcentris, je souhaiterais donner mon point de vue, à la suite des opinions exprimées dans les médias. Plus il y aura de salles de cinéma aux quatre coins de Montréal qui présenteront des films internationaux de qualité, mieux se portera la culture au Québec.

Lorsqu'on parle d'un point unique de convergence pour le cinéma indépendant à Montréal, peut-être a-t-on oublié l'existence du Cinéma du Parc? Un aperçu de notre programmation depuis la réouverture, en octobre 2006, en ferait rougir plus d'un. Oui, notre complexe de trois salles a 33 ans, mais il fut rénové à grands frais par nul autre que Daniel Langlois, il y a neuf ans, alors qu'il en avait le bail et portait l'espoir de le faire fonctionner en parallèle avec son complexe principal, l'eXcentris.

Je crois que le salut véritable des salles de cinéma situées boulevard Saint-Laurent, à Montréal, doit absolument passer par une direction unique des deux complexes (Cinéma eXcentris et Cinéma du Parc) et une programmation qui tienne compte de tous les besoins des publics cinéphiles montréalais qui sont friands de films significatifs. Ce sont d'ailleurs les recommandations de Claude Chamberlan qui sont à l'origine de la location du Cinéma du Parc par Daniel Langlois en 2001.

Bel accueil

Au Cinéma du Parc, les salles sont chaleureuses et accueillantes; des spectateurs de tous âges sont heureux de se retrouver avant, pendant et après les films à sa mezzanine, où des oeuvres d'art sont exposées. Nous avons également deux grands babillards très populaires, où la documentation sur nos films et les critiques des médias sont affichées. Les fauteuils confortables, bien alignés, permettent une vue accessible sur ses écrans. On y retrouve l'atmosphère d'une vraie salle de cinéma!

Plusieurs belles salles dans le monde sont situés dans des sous-sols: deux complexes de salles dans le Forum des Halles à Paris, une salle à Beaubourg (Centre Pompidou), et que dire du MoMa et de l'Angelika Film Center à New York? Les projections publiques de Cinematheque Ontario TIFF, à Toronto, ont lieu au Jackman Hall (au sous-sol) du Art Gallery of Ontario depuis plusieurs années.

Plusieurs festivals de films ont eu lieu au Cinéma du Parc depuis sa réouverture, le 27 octobre 2006. Des organisateurs de festivals ont loué nos salles et d'autres festivals furent financés par nous. Si j'arrive à louer l'eXcentris, je promets une programmation prodigieuse et étonnante. Mais ceux qui me connaissent du Verdi, de l'Outremont ou du Cinéma du Parc savent bien que je n'utilise pas le mot «subvention» dans mes entreprises.

Revenons à l'eXcentris

Avant de construire son eXcentris tel qu'il est, Daniel Langlois aurait pu s'inspirer des salles de Marin Karmitz à Paris, les MK2 Quai de Seine, Quai de Loire et MK2 Bibliothèque. Cela aurait coûté moins cher à réaliser et ç'aurait pu loger jusqu'à une dizaine de salles dans l'espace actuel. Qui a besoin de ces bureaux hi-tech à l'étage? Imaginons un scénario de dix salles qui, bien programmées, auraient pu remplacer les salles défuntes du Parisien et du Complexe Desjardins pour les films français populaires et prendre le relais de l'Élysée (qui était à deux pas) pour les films étrangers sous-titrés en français. Pas besoin de 12 800 000 $ pour une politique commerciale semblable! [...]

Au nom de tous les cinéphiles du Québec, je remercie Daniel Langlois d'avoir présenté, depuis 1999, autant de chefs-d'oeuvre dans ses salles. Mais, dans la conception de son eXcentris, Daniel Langlois a préféré aller dans le haut de gamme de type muséal, négligeant du coup le côté pratique qui permet de créer un lieu diversifié et magique pour les cinéphiles. À coups de millions, il s'est fait plaisir sans en imaginer les conséquences immédiates: il faut que les films rapportent. Une opération qui lui coûta trop cher en frais d'exploitation: salaires, taxes, coût des films et toutes les autres charges liées à tout commerce. Il opta pour la solution consistant à fermer temporairement ses trois salles au printemps 2009. Le Parallèle y est resté, sans doute parce qu'il a obtenu une aide accrue de la SODEC et du ministère de la Culture.

À l'automne 2009, il a rouvert ses deux autres salles à des spectacles et à des lancements de jeux vidéo bruyants. La formule ne s'avérant pas plus rentable, il envisage maintenant de vendre. C'est son privilège, c'est lui qui décide. Mais il doit vendre à des entrepreneurs privés. L'argent ne doit pas parvenir de subventions, de fonds publics ou d'organismes gouvernementaux de capital de risque.

Cinq salles à programme

Si c'est l'exemple des MK2, adapté sur cinq salles, que les gens du Parallèle veulent suivre avec leur nouveau projet, on est loin de l'exploitation d'une salle de 90 à 100 sièges comme c'est le cas actuellement. Le Parallèle est très bien pour les films laissés de côté par Guzzo et Cineplex Divertissement ou autres propriétaires de salles de cinéma indépendantes. Pour les films du cinéaste-photographe Raymond Depardon ou ceux du cinéaste indépendant américain Gus Van Sant, des films québécois comme les très beaux films de Sophie Desrape, Les Signes vitaux et Rechercher Victor Pellerin, sont des «naturels» pour cette salle et la raison d'être des subventions. Mon expérience de propriétaire et programmateur me dit que si l'équipe du Parallèle veut cinq salles programmées avec des films de ce genre, ils font fausse route; leur complexe cinématographique aura une vie très courte. Nous sommes d'accord que cette salle doit exister, mais une seule suffit.

Gâté

Que vient d'ailleurs faire le film actuel Mademoiselle Chambon au Parallèle? Beaucoup trop commercial, ce film (pour un eXcentris ou un Quartier latin) ne correspond pas au mandat du Parallèle... Mais ils veulent des spectateurs pour payer le loyer! Peut-être n'ont-ils pas assez de la subvention de 125 000 $ reçue l'an dernier et celle, spéciale, du ministère de la Culture de 50 000 $, reçue après avoir alerté la population et les fonctionnaires lors de l'annonce de la fermeture de l'eXcentris? Ils auraient pourtant pu se reloger à moindres frais au Cinéma ONF de la rue Saint-Denis, à côté de l'UQAM et du cégep du Vieux-Montréal, un excellent lieu géographique pour courtiser les étudiants, ou encore au Cinéma du Parc, pour une charge financière beaucoup moins importante.

Nous ne vivons pas dans un monde où presque tous ceux qui affirment être des artistes demandent une subvention au Conseil des Arts et la reçoivent. Le Cinéma Parallèle est gâté par les subventions et les aides qu'il a reçues et continue de recevoir du fédéral, du provincial et du municipal pour présenter des films québécois et étrangers d'ailleurs très pointus.

Mais on croit que c'est acceptable de demander 12 800 000 $ de fonds publics alors qu'il n'y a aucun programme gouvernemental qui autorise une somme aussi exagérée? Nous vivons dans une économie de marché, mais les demandeurs d'aujourd'hui semblent l'ignorer.

Privé

Si ce projet était un projet privé avec de l'argent privé, avec des études de faisabilité validées par différents acteurs de la profession, absolument personne (ni moi) ne pourrait s'y opposer. Le parc des salles est bien là pour servir la clientèle cinéphile du grand Montréal. Je dis souvent que plus il y a de salles qui présentent des films internationaux de qualité, meilleur sera l'avenir de mes propres salles.

Libre aux autres entrepreneurs qui financent le tout avec leur argent et des prêts bancaires (sans les 12 800 000 $ en fonds publics) de tenter leur chance avec un projet bien structuré, et ce, pour le bien des cinéphiles montréalais. Daniel Langlois s'y est essayé, il n'a pas réussi. Ses deux plus grandes salles ont fermé leurs portes il y a plus d'un an. Mais pour quelles raisons, pensez-vous? Daniel Langlois, qui les gérait, ne savait pas ce qu'il faisait après neuf années de travail acharné? Qu'il ne dépensait pas assez pour la publicité dans les médias? Que ses frais d'exploitation du complexe et des salles étaient trop élevés? Que la programmation ne venait pas rejoindre un assez grand public? Pourquoi donc ne les rouvre-t-il pas et ne les exploite-t-il pas lui-même comme auparavant? N'est-ce pas étrange que ces questions n'aient pas trouvé réponse de la part de ceux qui en ont parlé jusqu'à maintenant?

Il faut justement obtenir des réponses claires à toutes ces questions avant que le ministère de la Culture, des agences gouvernementales ou même des promoteurs privés n'investissent dans ce projet périlleux, car il cache des surprises qui peuvent être évitées.

J'ai proposé à Daniel Langlois de le rencontrer à nouveau pour louer ses salles. Si on s'entend, pas besoin de construire, pas besoin de 12 800 000 $! Le Cinéma du Parc détient-il la clef du futur succès de l'eXcentris?

***

Roland Smith - Propriétaire et programmateur du Cinéma du Parc
 
 
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  • real@realo.ca
    Abonné
    mercredi 30 juin 2010 12h40
    OUi!
    Complètement d'accord!

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