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Pour un eXcentris revivifié

Le complexe eXcentris, sur le boulevard Saint-Laurent
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
Le complexe eXcentris, sur le boulevard Saint-Laurent
On a tous une dette envers Roland Smith. Au cours des quatre dernières décennies, Roland a formé plusieurs générations de cinéphiles, à l'Outremont, entre autres, son fief le plus glorieux. Sa gestion aujourd'hui du cinéma du Parc mérite l'admiration, d'autant plus que ses salles sont petites dans ce sous-sol de la Place du Parc et qu'il se démène comme un beau diable pour y projeter des oeuvres de qualité.

Mais sa récente sortie, après sa rencontre avec François Macerola, le président de la SODEC, suscite un vrai malaise. Dans une lettre adressée à celui-ci, en plus de tirer à boulets rouges sur les plans du Parallèle et de la Société de développement Angus (SDA) qui espère acheter eXcentris en y érigeant deux nouveaux écrans, il se déclarait en négociations avec Daniel Langlois afin de louer les trois salles de son complexe. Ajoutant prévoir une rencontre la semaine prochaine pour poursuivre les discussions et, si possible, conclure le deal.

Il y eut, on l'apprit, malentendus, et d'anciennes conversations entre Daniel Langlois et Roland Smith furent mal interprétées. Le mécène d'eXcentris ne veut pas le rencontrer pour l'instant. La façon dont la proposition du propriétaire du cinéma du Parc a été faite, par médias interposés, ne l'incite guère à l'écouter. Pas question pour le moment de mélanger les cartes.

Daniel Langlois est prêt à vendre son complexe à l'équipe du Parallèle 6 millions de dollars, trois salles et bureaux compris à un prix imbattable, équivalant à un don de 9 millions, parce qu'il croit au projet du Parallèle, pas à un autre. Rappelons que la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, a refusé de demander une dérogation pour pouvoir injecter 12,8 millions dans une aventure qui réglerait bien des problèmes du cinéma d'auteur à Montréal.

Le président de la SODEC, François Macerola, fut mandaté pour trouver des solutions de rechange. Celle de Roland Smith pouvait lui apparaître comme une voie viable, car le propriétaire du cinéma du Parc désire mettre en réseau ses trois salles et les trois d'eXcentris. Mais cette avenue semble d'ores et déjà torpillée.

Toutes ces altercations noient le poisson.

Montréal a besoin d'un point unique de convergence pour le cinéma d'auteur. Chef-lieu avec pignon sur rue, livré tout compris, moderne, développé, attirant, capable de créer une synergie, un esprit de fête.

Oui, pourquoi notre métropole, forte de sa double culture qui devrait en faire une plaque tournante du cinéma international, devrait-elle chercher des solutions fragmentées, à petite échelle, pour un petit pain? Au moment où Toronto, sous la gouverne de son grand festival, fait la roue avec son immense centre cinématographie Bell Lightbox dédié au septième art, inauguré en septembre prochain au centre-ville, on réclame un vrai centre cinéphilique chez nous aussi.

Dès que Daniel Langlois a décidé de changer la vocation de deux de ses salles de cinéma au centre eXcentris, des forces s'étaient mises en branle pour créer de nouveaux complexes voués aux films d'auteur. Au printemps 2009, l'équipe du Parallèle s'associait à la Société de développement Angus (SDA) dans le but d'intégrer le futur centre du métro Saint-Laurent. Le projet était de construire cinq salles vouées au cinéma indépendant dans un édifice abritant des organismes culturels de tous ordres. Il fut complété en janvier, présenté au ministère. Par la suite, un partenaire artistique de premier plan, l'école de danse LADMMI, s'étant installé ailleurs, le Parallèle et ses alliés ont changé leur fusil d'épaule. Daniel Langlois accepta de leur vendre à bas prix ses trois salles. Deux petits écrans allaient s'ajouter, érigés sur le terrain d'eXcentris. La ministre de la Culture n'a pas suivi, mais rien n'est coulé dans le béton.

Les études menées par l'équipe du Parallèle sont formelles: en deçà de cinq salles, un complexe n'est pas rentable. Il a besoin de petites salles pour accueillir les films en fin de course, désengorgeant les écrans principaux et aidant les distributeurs à rentrer dans leurs frais. Ajoutez à cela que, plus un complexe abrite de salles, plus les frais de billetterie et de maintenance sont amoindris. Un seul projectionniste contrôle les projections. Il faut aussi des comptoirs à jus et à pop corn, produits dérivés qui font rouler le commerce (absents dans l'ancien eXcentris, mais prévus dans le projet actuel qui pourrait, grâce à tout ça, s'autofinancer).

Autre mythe à dégommer: un nouveau complexe de salles indépendant ne profiterait qu'à Montréal. Faux et archifaux! Les films trouvant diffusion ici peuvent être réacheminés sur le Réseau Plus ou des circuits indépendants à travers les régions du Québec, se voir diffusés sur DVD, vendus à la télé, etc.

Tout cela est contenu dans la proposition du Parallèle. Faut-il accepter de l'enterrer? Nous répondons non. D'autres modes de financement sont envisagés par cette équipe pour remettre le projet sur ses rails. Espérons que ceux qui mènent le navire, et Roland Smith dans sa propre cour, laisseront sa pleine chance au coureur avant d'envisager des solutions moins rassembleuses.
 
 
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  • LeGrand01
    Abonné
    samedi 19 juin 2010 07h32
    Un peu de perspective...
    Comment se fait-il qu'en 2010 on parle encore d'investir dans des salles pour diffuser des films ? Pourquoi le gouvernement du Québec devrait-il investir dans des salles à Montréal alors qu'il en existe déjà qui ont cette mission et que c'est à l'extérieur de la métropole que le problème d'accessibilité à ces œuvres est le plus grand ? Pourquoi encore investir dans de la brique et du mortier ? Allez, un peu d'imagination! Les exemples ne manquent pas. Itunes Music Store, Hulu, NetFlix. Tant qu'à investir, pourquoi pas regarder vers l'avenir ?

  • Patricia Viens
    Inscrite
    samedi 19 juin 2010 17h15
    Une solution dont on a peur!
    Pourquoi ne pas expliquer aux gens ce qu'il en est au juste? Pourquoi ne pas dire que Téléfilm (et bientôt la sodec) finance des films à grand public? Ce qui veut dire par exemple que lorsqu'un film fait 3 millions d'entrées, 1.5 vont DIRECTEMENT dans la poche de l'exploitant de salles! Pourquoi ne pas démontrer que la solution la plus simple serait d'imposer à ces exploitants de salles un quota? - pour qui Téléfilm offre l'argent du contribuable de manière détournée sans rien en échange sauf la diffusion de films québécois rentables (the big deal!)- Une loi qui les obligerait à sortir 1 film d'auteur pour chaque 4 salles qui jouent des films américains par exemple? Il me semble que c'est la solution qu'à adopté l'Allemagne pour sauver la diffusion du cinéma d'auteur international. Tant que les journalistes eux-mêmes n'en parlent pas (le savent-ils seulement?), comment voulez-vous que les gens le sachent? Le milieu du cinéma (institutions, distributeurs, journalistes?, et producteurs compris) est très très hypocrite!!!

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