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Jean-Claude Rochefort 1957-2010 - Ruines et météores

Raymonde April et Serge Murphy - Artistes  10 juin 2010  Actualités culturelles
Jean-Claude Rochefort est décédé le 6 juin à l’âge de 53 ans.
Photo : Raymonde April
Jean-Claude Rochefort est décédé le 6 juin à l’âge de 53 ans.
Jean-Claude Rochefort est décédé le dimanche 6 juin dans un terrible accident de voiture, dans son Charlevoix qu'il aimait tant. Il est né à Saint-Hilarion de Charlevoix, en 1957. Il a vécu dans Charlevoix et à Montréal, où il a travaillé à titre de critique d'art et de conservateur indépendant. Il a terminé une thèse de doctorat en études et pratiques des arts à l'Université du Québec à Montréal, dont le titre était Ruines et Météores. Il a écrit, au cours des dernières années, de nombreux articles dans la revue interdisciplinaire Spirale et il y a dirigé quelques dossiers, dont un sur l'image numérique et un autre sur l'amour, en collaboration avec Catherine Mavrikakis.

Issu du milieu des centres d'artistes (La Chambre blanche), Jean-Claude Rochefort a été galeriste en art contemporain de 1986 à 1999, d'abord en collaboration avec Chantal Boulanger, puis à titre individuel. Il a soutenu de nombreux artistes québécois et canadiens: Jocelyne Alloucherie, Raymond Gervais, Guy Pellerin, Roland Poulin, Trevor Gould, Paterson Ewen, Carol Wainio, Laurent Pilon, Christine Major, Louise Viger, Sylvie Bouchard, Gilles Mihalcean, Thomas Corriveau, Sandra Meigs, Shirley Wiitasalo et présenté pour la première fois au Québec des artistes internationaux de haut niveau: Ludger Gerdes, Andrea Busto, Gérard Collin-Thiébaut et Christian Boltanski. Depuis les années 1980, il a été un animateur incontournable et inspiré de la scène de l'art contemporain à Montréal. Son travail d'artiste, qu'il n'avait jamais cessé de pratiquer, colorait résolument ses choix, leur conférant un caractère unique.

Plume redoutable

En 1991, en tant que conservateur indépendant, il avait conçu et réalisé JES (Ludger Gerdes, Dan Graham, Jeff Wall), exposition qui fut présentée au Centre international d'art contemporain de Montréal. En 1998, il présentait une exposition collective intitulée Blast (église Saint-Pierre-Apôtre et 400, rue Atlantic). Il s'intéressait tout particulièrement à la relation entre l'art contemporain et l'environnement naturel habité, ce dont traitait sa thèse de doctorat. Un texte sur ce sujet (De la vulnérabilité de l'oeuvre, 2002) a été publié dans le catalogue d'exposition du symposium Art/Nature Cime et racines, aux éditions d'art Le Sabord.

Jean-Claude Rochefort a aussi collaboré comme critique d'art au journal Le Devoir. Sa plume, d'une redoutable indépendance, analysait les choses avec intelligence et acuité. En 2006, il avait créé le Centre international art, nature et paysage à Saint-Hilarion de Charlevoix, un centre d'exposition et d'hébergement qu'il souhaitait dédier aux artistes et à la population de Charlevoix. L'architecture de ce projet ambitieux, conçu en collaboration avec le designer Jacques Bilodeau, affirmait la mise en valeur du patrimoine québécois dans un contexte résolument créatif et contemporain. Les conditions sociales et économiques ont rendu impossible la réalisation de ce projet unique au Québec, qui faisait pourtant écho aux préoccupations artistiques et écologiques du monde dans lequel nous vivons et à des concepts similaires développés en Europe et ailleurs.

Intellectuel engagé

Jean-Claude Rochefort ne se laissait jamais abattre. Au moment de l'accident fatal, il rédigeait un texte d'analyse en vue d'une monographie sur le travail de la peintre Angèle Verret. Il travaillait également comme agent de développement culturel pour la Société de développement commercial du village. Il avait récemment créé le Centre international d'action artistique en milieu urbain de Montréal, en collaboration avec Sylvie Lacerte et Jacques Perron, et préparait une série d'interventions d'artistes contemporains en milieu urbain: Variation sur un thème: la colonne. Espérons que cette fin abrupte ne nous privera pas collectivement du plaisir de voir ces oeuvres exister dans notre environnement.

Nous ne sommes pas les seuls à regretter que Jean-Claude n'ait pas été reconnu à sa juste valeur comme artiste, penseur, activiste, intellectuel engagé du temps qu'il était encore parmi nous. C'est avec une infinie tristesse que nous devrons vivre désormais sans cette étincelle vivace qu'il projetait tout autour de lui.

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Raymonde April et Serge Murphy - Artistes
 
 
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