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Entre le jouet et l'objet

Les photos ont été prises au parc du Mont-Royal, à Montréal, lors du premier «pique-nique Toytoy».
Photo : Raphaël Lacoste
Les photos ont été prises au parc du Mont-Royal, à Montréal, lors du premier «pique-nique Toytoy».
Le 27 mai prochain, au Salon international du design de Montréal, la famille Mourgue-Strappazzon lancera officiellement le premier-né de sa ligne de mobilier et accessoires pour enfants: le fauteuil Toytoy, une création responsable qui dépasse la simple fonctionnalité d'un meuble pour entraîner petits et grands dans l'univers du jeu et de la construction.

Entièrement faites au Québec, solides, ludiques, abordables et écologiques, les créations Toytoy encouragent la créativité en famille et le retour aux activités simples et saines. Elles défendent par ailleurs des valeurs qu'on ne voit jamais sur le marché du mobilier pour enfants.

Dans le manifeste du Bauhaus publié en 1919, Walter Gropius écrivait: «Le but final de toute activité plastique est la construction! [...] Architectes, sculpteurs, peintres; nous devons tous revenir au travail artisanal, parce qu'il n'y a pas d'art professionnel. Il n'existe aucune différence essentielle entre l'artiste et l'artisan. [...] Voulons, concevons et créons ensemble la nouvelle construction de l'avenir, qui embrassera tout en une seule forme: architecture, art plastique et peinture [...].»

En écrivant ces phrases, celui que je considère comme l'un des plus grands penseurs de la création souhaitait combiner tous les arts dans l'unité idéale, mais il voulait aussi redonner à toutes les formes de création leur rôle dans la société.

Or ,de nos jours, n'importe quel objet un peu original est baptisé «objet design», galvaudant ainsi le sens réel de cette discipline qui dépasse le simple aspect superficiel et éphémère lié à l'esthétisme et au confort. À ses débuts, le design partait d'une analyse profonde de la société et de nos habitudes de vie. Les objets et les meubles créés cherchaient à bousculer les modes de production et les moeurs, en suscitant chez l'utilisateur une réaction profonde, semblable en tout point à celle que nous éprouvons face à un tableau ou à une sculpture d'avant-garde.

Avec sa ligne de mobilier et accessoires Toytoy, la famille Mourgue-Strappazzon souhaite suivre cette pure tradition du design. Le concept est né de l'imagination d'un jeune couple, Salomé Strappazzon & Mikaël Mourgue, inspiré de ses deux filles jumelles de moins de deux ans, Lizzie & Titia.

Dans la tourmente d'une crise mondiale qui a fait du pouvoir d'achat et de la surconsommation des valeurs indétrônables, jonglant entre travail et famille, ils ont eu envie de se faire plaisir en imaginant un monde meilleur fait pour les couples comme eux. C'est là qu'a germé l'idée de créer des produits à la fois utiles, amusants et à bas prix, dans le but de consommer moins, mais mieux, avec en tête l'envie de jouer, de construire.

Le parcours de Mikaël Mourgue débute sur les côtes bretonnes, en France; l'influence du surréalisme et du Bauhaus l'accompagne depuis son enfance et tout au long de ses études de design graphique à Londres et à Los Angeles. Issu d'une famille d'artistes renommés, Mikaël a baigné tout-petit dans la création d'avant-garde. Son père, le célèbre Olivier Mourgue, a été approché à 27 ans par nul autre que Stanley Kubrick pour créer tout le mobilier de 2001 - L'Odyssée de l'espace! Depuis 13 ans, il est designer-graphiste indépendant.

Salomé Strappazzon est autodidacte. Depuis plus de 10 ans, elle crée des univers 3D pour le jeu vidéo. Après plusieurs expériences à Paris, elle s'est installée à Montréal pour profiter de la convergence des industries du jeu. Elle travaille pour Ubisoft et dessine des textures d'environnement et des personnages pour des licences renommées. Fille d'artiste-peintre, elle baigne elle aussi dans la création depuis l'enfance.

«Au printemps 2009, ma femme et moi sommes allés au parc Lafontaine, un cutter à la main et des piles de carton étalées sur l'herbe. Nous avons découpé, plié, dessiné des centaines de fois avant de trouver le fauteuil dans sa forme actuelle, explique Mikaël. Toute la famille a participé au polissage du fameux fauteuil, l'opinion des enfants comptant autant que celle des grands. Six mois plus tard, nous avions enfin notre "bébé", avec toutes les qualités créatives et humaines que nous souhaitions lui donner.»

La barre haute

À l'image des concepteurs du Bahaus, la famille Mourgue-Strappazzon a mis la barre haut pour en arriver à un produit combinant art et design, livrant un message clair sur les modes de construction et de consommation du futur: «Tout doit passer par une prise de conscience environnementale et sociale, dit Mikaël. Nous voulions que les Toytoy respectent trois principes qui nous sont chers: une fabrication locale, l'utilisation de matières recyclées et de produits écologiques, et enfin un prix de vente au détail très abordable, sans jamais lésiner sur la qualité.» Un meuble à plat, à monter sans outils!

L'originalité du Toytoy repose sur un concept à la fois simple et efficace: chaque produit est fait d'une simple feuille de carton recyclé, qui est prédécoupée et imprimée selon les couleurs graphiques spécifiques à chaque collection. Le carton est imperméabilisé et imprimé à l'aide d'encres écologiques.

Le produit est livré à plat, ce qui réduit considérablement les coûts de montage et de livraison et permet de l'emporter sous le bras. Une fois sorti de son emballage, on le retire de la plaque de carton à laquelle il n'adhère plus que par quelques points d'accroche.

C'est l'acheteur qui se charge du montage facilité par une conception monobloc unique, qui ne nécessite aucune découpe ni aucun collage. Je l'ai testé auprès de mes enfants de trois et six ans et voici leurs commentaires: «C'est chouette! C'est comme une maquette d'avion, a dit mon fils. On a juste à enlever les bouts et à assembler. En plus, avec les restes, je vais faire un bricolage-sculpture!» Ma fille, elle, a eu l'impression de construire une cabane pour ses poupées.

L'expérience a été intéressante, à l'opposé du montage traumatisant des meubles IKEA pour lesquels il manque souvent la fameuse pièce...

Presque une mascotte

Le fauteuil Toytoy est un meuble sympathique, presque une mascotte, à mi-chemin entre l'objet et le jouet. Il offre à son jeune utilisateur autant de fonctions que son imagination peut lui en donner: «Mes filles les traînent, les portent, les démontent, y rangent leurs doudous. Elles s'assoient dessus, le regardent dans tous les sens, les assemblent ou les superposent», dit Mikaël.

Bref, elles inventent des mondes et des histoires à elles. Ce qui rend le produit intéressant, c'est l'équation réussie entre une matière, une forme et un graphisme uniques: la synthèse parfaite du Bahaus... Le Toytoy se démarque aussi par une signature visuelle dont la fraîcheur rappelle l'enfance. Les couleurs primaires et les formes géométriques simples (carré, triangle et rond) sont privilégiées pour favoriser la créativité infantile.

Les ambiances graphiques se construisent dans un esprit ludique qui semble imprévisible, en contradiction avec les motifs traditionnels des produits de consommation courante. Après le fauteuil de petite taille pour les 3-5 ans, Toytoy lancera le moyen et le grand avec des univers graphiques adaptés aux autres tranches d'âge. À moins de 25 $, il serait dommage de se priver d'une telle expérience !

***

Collaboratrice du Devoir

***

www.toytoy.ca..
 
 
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