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Manif d'art de Québec - Place à la catastrophe!

Cooke-Sasseville, Mourir enfin
Photo : Cooke-Sasseville
Cooke-Sasseville, Mourir enfin

À retenir

    • CATASTROPHE. QUELLE CATASTROPHE?
    • Manif d'art 5/La Biennale de Québec. Du 1er mai au 13 juin dans des lieux divers. On se renseigne sur le site manifdart.org
Après des thèmes optimistes comme le bonheur et la rencontre, la Manif d'art, la biennale de Québec, ouvre aujourd'hui sa 5e édition sous les auspices plus sombres de la catastrophe. La commissaire invitée Sylvie Fortin fait le pari, avec ce thème, de toucher les consciences, tout en évitant d'ajouter au spectacle déjà lourd des médias. Son plus grand défi reste peut-être encore de donner à l'événement son prestige international que plusieurs attendent.

Au premier abord, l'événement s'annonce moins chargé que les éditions précédentes. Le nombre de participants est moindre, mais cela est compensé par leur plus grande notoriété. Les 36 artistes au programme représentent une dizaine de pays différents, ce qui entraîne une diversification notable des provenances. Parmi eux, le Turque Ahmet Ögüt, qui a filmé un cimetière d'avions militaires en Arizona avec un long plan panoramique. Une voix hors champ, en anglais, en turque et en kurde, fait le décompte affolant de ces engins de guerre. Dans une autre oeuvre, l'artiste fait voir, à travers un view-master d'enfant, des images de robots désamorçant des bombes. La catastrophe, comprend-on, est à la fois si près et si loin de nous...

«En rapprochant divers projets artistiques, je cherche à penser autrement la catastrophe et sa mise en image», explique la commissaire Sylvie Fortin, jointe par téléphone alors que l'exposition était encore en montage. «L'image catastrophique véhiculée par les médias, poursuit-elle, génère un écran de fumée.» D'où, selon elle, la nécessaire contribution des producteurs d'images que sont les artistes à une réflexion sur le traitement médiatique des catastrophes. Que reste-t-il en effet de l'ouragan Katrina ou du tremblement de terre en Haïti quand les images de ces désastres n'envahissent plus nos écrans?

Sylvie Fortin, née à Québec mais vivant à Atlanta où elle dirige la revue Art Papers, voit un danger encore plus redoutable dans le fait que des gouvernements brandissent maintenant la menace d'une catastrophe pour mettre en place des outils de contrôle et d'invasion de la vie privée des gens pour des raisons de sécurité. C'est un exemple, indique-t-elle, que «la notion de catastrophe perdure à travers le temps, mais change constamment de visage. Elle occupe selon moi une place centrale dans la pensée occidentale».

Loin du sensationnalisme

Cette Manif adopte une formule différente en intégrant toutes les oeuvres exposées sous le commissariat de Sylvie Fortin, y compris les projets montrés dans les centres d'artistes de la ville, dont elle s'est assuré la collaboration au début de l'aventure, mettant aussi à profit leurs ressources, en particulier pour ce qui est des infrastructures de production. Un seul esprit oriente donc l'ensemble de l'itinéraire, qui se répartit entre la place Québec (avec 16 artistes), les centres d'artistes et quatre sites extérieurs, notamment la place du 400e où le duo Doyen-Demers occupera des conteneurs maritimes.

La sélection d'artistes provenant du Québec est restreinte, comprenant trois artistes déjà habitués de la Manif, mais la commissaire prétend leur offrir ainsi une meilleure visibilité en tablant sur des projets plus ambitieux, de calibre, dit-elle, pour accompagner les artistes majeurs de l'étranger dont il s'agira ici de la première visite. C'est le cas de Luca Buvoli, qui présentera une sculpture monumentale de métal et de plastique inspirée du récit de la course en voiture du futuriste Marinetti. Autre visite attendue: celle du collectif engagé SUPERFLEX du Danemark, avec des installations abordant le thème de la crise économique.

Le menu de cette Manif se compose d'oeuvres qui se veulent critiques des réalités auscultées. Pas tristes pour autant, elles le font parfois avec une approche humoristique. Chose certaine, comme le précise la commissaire, «les oeuvres ne sont pas directives; elles soulèvent plutôt beaucoup de questions». La sculpture cinétique de Daniel Joseph Martinez risque fort d'interloquer, elle qui de son bras mécanique mi-humain, mi-animal fait gicler un liquide rouge dont la composition reprend la recette utilisée à Hollywood pour simuler avec conviction le sang dans les films.

Cette Manif promet de débusquer la catastrophe dans ses refuges les plus divers, sur Internet (Johan Grimonprez), dans un parc d'attraction à Berlin (Lynne Marsh), sous la dictature de Pinochet au Chili (Iván Navarro) ou dans la solitude offerte par un appartement (Samuel Roy-Bois). La ville de Québec n'aura jamais été autant le théâtre de catastrophes. D'ailleurs, chaque fois que Sylvie Fortin revient à Québec, elle s'étonne d'y retrouver une ville qui est comme un cocon où les gens se sentent à l'abri de tout; ailleurs pourtant, les désastres sont bien tangibles. Pourra-t-elle ébranler cette quiétude?

Ce que la commissaire compte à tout le moins réussir, c'est d'attirer les regards extérieurs sur la ville de Québec et d'inscrire la Manif d'art dans le circuit international des biennales. Depuis un an, elle a d'ailleurs courtisé les visiteurs lors de foires artistiques commerciales à Toronto, à Miami et à New York. Or cette fête de l'art actuel ne s'adresse pas qu'aux spécialistes. Le grand public est ainsi convié à participer à son coup d'envoi aujourd'hui lors d'un vernissage progressif qui commence à 11h au centre Regart et qui se poursuivra tard ce soir au Cercle pour un party.

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CATASTROPHE. QUELLE CATASTROPHE?
Manif d'art 5/La Biennale de Québec. Du 1er mai au 13 juin dans des lieux divers. On se renseigne sur le site manifdart.org

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