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Menace sur la diversité typographique des villes

La banalité guette le graphisme urbain, constate la tête chercheuse d'Urbania, Philippe Lamarre

Isabelle Paré   27 avril 2010 23h42  Actualités culturelles
Affiche Vente de garage, Montréal
Photo : Philippe Lamarre
Affiche Vente de garage, Montréal
Dans la ville, la lettre est partout. Peut-on imaginer une métropole muette, sans messages? Pictogrammes, pub ou enseignes: le langage des signes façonne le visage d'une métropole, au même titre que sa cuisine ou son architecture. Mais pour combien de temps encore?

Côté graphisme urbain, Montréal est plutôt du genre cafouillis, ouvertement américaine et éclectique. Rien à voir avec Berlin où la typographie se conjugue à l'impératif, dans un style officiel, net et uniforme. Schnell! Sitôt rendu à Buenos Aires, la lettre se met à ondoyer, à l'image du tango qui fait vibrer les tanguerías.

C'est du moins la lecture que fait Philippe Lamarre, designer, amoureux de graphisme vernaculaire et traqueur de signes oubliés, qui a sillonné l'an dernier ces trois métropoles pour faire enquête sur le graphisme et l'empreinte picturale en milieu urbain. «Ce projet est né d'un intérêt personnel. Quand je voyage, le langage urbain est pour moi aussi important que l'architecture. Je voulais pousser l'idée plus loin et voir si la personnalité d'une ville se lisait dans la typographie et le graphisme environnant en comparant trois villes différentes», explique le designer et rédacteur en chef d'Urbania. Pour dresser le portrait typographique de Montréal, Buenos Aires et Berlin, trois métropoles désignées villes de design par l'UNESCO, le graphiste a obtenu en 2008 la bourse Phyllis-Lambert Design Montréal, octroyée chaque année à de jeunes designers comptant moins de dix ans d'expérience.

Un an et 3000 photos plus tard, le verdict est sans équivoque. Les trois métropoles affichent des personnalités graphiques très nettes, situées aux antipodes, tant sur la mappemonde qu'en matière de graphisme. (Voir nos photos sur le site Internet).

Interdiction de faire faire caca à pitou dans le parc, attention! travaux en cours ou passage d'écoliers: le pictogramme berlinois est léché, frappe dans le mille, se voit à des mètres de distance. Efficace comme un bataillon allemand. À Buenos Aires, les lettres ondulent et s'enjolivent de fleurs et de fioritures. «Il y a une force graphique qui se dégage à Berlin, où tout est net et tranché. La typo reflète le poids de l'autorité. C'est quand même l'Allemagne qui a inventé le bauhaus et la croix gammée! À Buenos Aires, on sent partout, même jusque sur les bus, l'impact du fileteado, un style graphique très coulant et sensuel inspiré du tango», décrit Lamarre.

À New York, le graphisme ambiant, très pragmatique, ne fait pas dans la dentelle. «Don't even think of parking here!», ou «Air will be taken out of tires, license plates removed of unauthorized parkers», rugissent les majuscules de panneaux de stationnement.

À Montréal, c'est tout autre chose.

«Montréal est un peu à l'image de notre urbanisme. Éclectique et sans lignes directrices, mais influencée par le style américain», soutient Lamarre.

L'éclectisme se lit sur les pancartes des dépanneurs, les réclames anciennes peintes sur les murs ou les enseignes de patates frites barbouillées par un pinceau maladroit, composent la signature unique du Montréal graphique. Malheureusement, ces savoureuses affiches vintage annonçant Marché Roger, La Maison du chien chaud et autres bijoux de graphisme vernaculaire sont en voie de disparition, affirme Lamarre. «La typo locale est de moins en moins présente. Je me suis arraché les cheveux pour trouver des affiches qui étaient partout dans mon enfance. Le but du projet est justement de préserver cette mémoire-là», insiste le graphiste.

Car à Paris, New York ou Hong Kong, les particularités typographiques s'estompent et l'unicité graphique de chaque ville en prend pour son rhume. Les lettreurs, ces maîtres-artisans qui peignaient à la main affiches et lettrages, ont disparu du paysage. On a même eu du mal à mettre la main sur un vrai lettreur encore actif à Montréal pour repeindre, à la manière traditionnelle, la fameuse pinte de lait Garanteed Milk rénovée l'an dernier.

«Que ce soit à Paris, New York, ou Hong Kong, aujourd'hui tout le lettrage commercial provient de découpes de vinyle faites à l'ordinateur. C'est d'une banalité désarmante. C'est l'effet Starbucks et McDonald's appliqué au graphisme urbain», déplore Lamarre.

Les trouvailles de la tête chercheuse d'Urbania sont consignées sur un site Web où les internautes sont invités à ajouter les leurs et à comparer le graphisme de différentes villes. D'emblée, on constate qu'à Montréal et Berlin, les écoliers n'ont résolument pas la même tête.

Philippe Lamarre n'est d'ailleurs pas le seul à s'émouvoir du sort des lettres qui composent le paysage. À Berlin, il a rencontré deux femmes qui ont créé un musée, le Buchstaden Museum, pour conserver les vieilles enseignes provenant de boutiques berlinoises qui ferment leurs portes.

À New York, on organise même des type walks pour faire redécouvrir au public le visage typographique de la Grosse Pomme, affirme Philippe Lamarre. Ces parcours urbains font le relevé des signes fantômes (appelés ghost signs), ces réclames centenaires peintes en blanc sur le flanc des immeubles que le temps et les intempéries ont souvent rendues illisibles.

De tels signes fantômes ornent d'ailleurs plusieurs endroits du Vieux-Montréal et du centre-ville. Même le tout nouveau panneau illuminé du Devoir, accroché au sommet du Caron Building, a récemment recouvert une de ces réclames anciennes. «Tout cela va bientôt disparaître. Pourtant, ces enseignes enrichissent et définissent le paysage montréalais, tout comme le design citoyen, qui est celui des affiches maison, des ventes de garage, des logements à louer. Autant de bijoux qui se cachent au coin des rues», pense Lamarre.

***

Pour parcourir la planète en mode typographique, rendez-vous sur le site de Philippe Lamarre à graphismevernaculaire.com. Ajoutez aussi vos propres trouvailles à la galerie de photos publiées aujourd'hui dans Le Devoir en envoyant vos fichiers photo (libres de droits) ainsi qu'une brève description à pupitreweb@ledevoir.com. Notre galerie sera mise à jour quotidiennement.
Affiche Vente de garage, Montréal Signes fantômes sur St-Jacques, Vieux-Montréal Signes fantômes sur McGill, Vieux Montréal Pizzeria mets canadiens, Montréal Marché Roger dans Rosemont, Montréal La maison du chien chaud, Montréal Frites et bière d'épinette à Montréal Passage pour écoliers à Berlin Graphisme sur un mur à Berlin Panneau d'interdiction à Berlin Panneau d'interdiction à Berlin Pictogramme pour chien à Berlin Enseigne d'un restaurant à Buenos Aires Bus coloré à Buenos Aires Typographie citoyenne à Buenos Aires Affiche typique à Buenos Aires Ampellman, devenu le symbole de Berlin.
 











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  • AL1
    Inscrit
    mercredi 28 avril 2010 09h00
    Efficacité allemande...
    Extrait de l'article: "...le pictogramme berlinois est léché, frappe dans le mille, se voit à des mètres de distance. Efficace comme un bataillon allemand. "

    Efficace comme un bataillon allemand? "Drôle" de formule si on compte en quoi ces bataillons ont jadis démontré leur efficacité!

  • Agnes Dubois
    Inscrit
    mercredi 28 avril 2010 09h49
    Amalgame douteux
    Je cite : C'est quand même l'Allemagne qui a inventé le bauhaus et la croix gammée!

    L'école du Bauhaus a été fermée par les nazis...

    Tout ça aurait pu être tourné autrement... Mélanger une école créatrice d'un mouvement et un symbole pareil... C'est très réducteur...

  • Christian Blais
    Abonné
    mercredi 28 avril 2010 09h53
    La croix gammée, une importation indienne.
    Les Allemands n'ont pas «inventé» la croix gammée, ils ont plutôt emprunté la swastika à l'hindouïsme.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Svastika

  • William
    Inscrit
    mercredi 28 avril 2010 10h36
    Un article gâché
    Le sujet est magnifique, les constats intéressants... Or, l'article est gâché par le cliché (re: AL1), et pire que ça, l'évocation complètement déplacée du nazisme. Sans doute la plupart des Berlinois, sinon des Allemands, seraient horrifiés et dégoûtés d'apprendre que M. Lamarre considère que leur art municipal serait toujours influencés par le croix gammé.

    Il faut se poser la question si ce n'était pas ces clichés et ses propres préjugés qui lui a amené à receuillir ce qu'il anticipait trouver.

    En passant, d'après mes propres visites de ce pays, en ce qui concerne le graphisme, j'ai tout à fait une impression contraire de celle de M. Lamarre. Comment évoquer l'uniformité du graphisme allemand sans mentionner la cohésion européenne à cet égard ? De l'Estonie à l'Eire, des normes s'imposent, auxquels les Européens s'adhèrent volontairement. L'objectif c'est de surmonter les barrières culturelles et linguistiques. Franchement, je suis mortifié par cet article.

  • France Marcotte
    Abonnée
    mercredi 28 avril 2010 10h38
    L'oeil ouvert
    Brillante idée de mettre à jour quotidiennement sur le site du Devoir une galerie de photos de signes fantômes ou en voie de disparition envoyés par les lecteurs. On ne se baladera plus dans la ville eclectique de la même façon.

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