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    De zéro à superhéros

    Relooké, glorifié et acclamé, le geek surfe en plein âge d'or pour son premier festival montréalais

    L’actrice et scénariste Tina Fey, bien connue pour 30 Rock et sa parodie de Sarah Palin, a été nommée parmi les geeks de l’année 2008 par le magazine Wired.
    Photo: Agence Reuters Lukas Jonhson L’actrice et scénariste Tina Fey, bien connue pour 30 Rock et sa parodie de Sarah Palin, a été nommée parmi les geeks de l’année 2008 par le magazine Wired.
    L'époque où le geek était la risée de la classe est révolue. Game over. Non seulement on lui emprunte son look, des lunettes à larges montures au cardigan, mais maintenant, son cerveau est glorifié. Alors qu'il pourrait se venger de ses bourreaux, aujourd'hui il les invite plutôt dans son univers. Pas fou, le geek.

    Il n'y a qu'à penser à Steve Jobs, véritable rock star de l'informatique acclamé à chaque présentation d'un nouveau fruit d'Apple, pour constater qu'on surfe en plein âge d'or du geek. Cette version branchée du nerd se taille désormais une place importante dans la culture populaire à travers les Napoleon Dynamite et autres Big Bang Theory, il accède au pouvoir grâce à ses innovations technologiques, bref, il est si bien ancré dans notre société que le Larousse l'a même cristallisé dans sa récente édition comme un passionné des technologies de l'information.

    La définition ratisse large, mais pour une fois, les clichés de l'intello asocial et mal fagoté sont esquivés. Ceux-là, on les réserve encore aux nerds. Le geek, dont le nom vient du dérivé de «freak» et de «gek» (quelque chose de fou, en néerlandais) mais qui possède autant de définitions qu'il existe de dérivés de l'espèce, n'est pas plus intelligent que la moyenne. Ce qui le caractérise, c'est sa passion extrême, à la limite de l'obsessif, pour l'informatique, les jeux vidéo, les animations japonaises, Star Wars, la science-fiction, la fantaisie. Entre autres.

    Pour le geek, tout a changé il y a une quinzaine d'années, vingt, tout au plus. Pour ça, il en doit tout une au Web. «Aujourd'hui, si l'on ne comprend pas Internet et les ordinateurs, c'est nous les losers, constate Shirley Steinberg, professeure agrégée au Département d'études intégrées en sciences de l'éducation à l'Université McGill et spécialiste de la culture populaire. Ils ont pris le pouvoir par leur connaissance du monde virtuel.»

    Car l'univers des triples w lui permet de pousser les limites de sa «geekitude» en s'alliant d'autres passionnés comme lui sur les réseaux sociaux que sont Twitter, Facebook et LinkedIn, d'ailleurs créés par des membres de sa communauté. Des révolutions technologiques qui ont participé à rendre cette contre-culture socialement enviable aux yeux de la majorité. Plus que ça, «le geek devient même essentiel au fonctionnement de la société, que ce soit sur l'aspect des loisirs ou même des processus d'affaires des entreprises», suggère Yan Fortin, éditeur en chef du site Geeks Are Sexy, qui reçoit la visite de 700 000 geeks par mois.

    Si ce n'était de leur créativité, les ados joueraient encore au Parcheesi plutôt qu'à Prince of Persia sur PlayStation. Ils ne se contentent pas de consommer la culture: ils l'enrichissent littéralement.

    Y a qu'à jeter un oeil aux personnalités qui ont marqué l'année dans le magazine Time, depuis la bulle technologique il y a une décennie. Ils y sont tous passés, Bill Gates, les gars de Twitter et les autres gourous de Google et YouTube.

    «Les gens les plus riches de la planète sont à peu près tous des nerds, et ils ont presque tous fait fortune grâce à la technologie», observe Pascal Forget, chroniqueur à La Revanche des nerdz depuis les débuts de l'émission en 2000. Le monde est fait pour lui. Celui qui se qualifie de nerd ajoute que l'économie d'aujourd'hui est basée sur des concepts abstraits et moins sur des choses tangibles, comme les voitures. Par leur aptitude à utiliser des outils virtuels, ils auraient pu réussir à se hisser à la tête d'entreprises et participer à la création du monde tel qu'on le connaît.

    C'est encore eux qui ont réussi à débroussailler à la mitaine les premiers systèmes de création de sites Web, qu'on utilise maintenant pour monter son espace virtuel d'un seul clic de souris.

    Mme Steinberg, qui a publié plusieurs textes sur la culture geek, va même plus loin en affirmant que les geeks sont devenus les superhéros de notre époque. Alors qu'ils se nourrissent d'imaginaire et se donnent des pouvoirs surnaturels dans leurs vies parallèles par le biais de leur avatar, ils ont créé une réalité qui leur permet de tirer profit de la force de leur organe cérébral. «Le Web 3.0, c'est eux qui vont le créer, tout simplement. Être brillant, c'est rendu très cool», dit-elle.

    Tellement que le premier Festival Geek de Montréal s'ouvre aujourd'hui, avec la mission non seulement de rassembler tous les types de l'espèce, mais aussi de rendre leurs passions «accessibles», explique le créateur de l'événement, Frédéric Harper. «En gros, je veux démystifier le geek de façon à ce que ma mère comprenne pourquoi, quand j'habitais chez elle, je passais mes soirées devant mon ordinateur au sous-sol.» Au programme, LAN party, jeux rétro et vidéo, concours de programmation, d'art et de bouffe geek, sans oublier les débats. L'un pour parler de la place des geekettes, la version féminine du geek, un pour définir le geek, mais d'abord un débat chaud l'opposant au nerd. Ce dernier s'annonce délicat, puisque certains geeks refusent d'être associés aux nerds (dont le genre est péjoratif), tandis que les nerds lèvent le nez sur la «coolitude» de son frère d'esprit.

    Comme quoi même à l'intérieur d'une caste, on reste toujours le rejet de quelqu'un.












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