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    Robert Lepage, du chaos vers le sens

    Lipsynch arrive en ville: entrevue presque exclusive avec un homme qui ne l'est surtout pas...

    Photo: Érick Labbé
    Robert Lepage vit sur tellement de fuseaux horaires pour suivre l'évolution de tellement de projets différents, en même temps, qu'il est devenu un candidat logique à l'ubiquité. Au téléphone, trois heures plus tôt ou six heures plus tard à l'autre bout du fil, il pourrait être en Asie, en Australie, même à Aix-en-Provence, où il signe la mise en scène d'un opéra cet été: Le Rossignol et autres fables, deux courtes oeuvres de Stravinski...

    Il est plutôt à Vancouver au tout début de ces Jeux d'hiver qui drainent des foules bruyantes, partisanes et animées. Il donnait là-bas 28 représentations du Dragon bleu, certaines en français dans la programmation du Théâtre de la Seizième (le théâtre francophone de la ville), la plupart en anglais, à l'Université Simon Fraser, dans le cadre de l'Olympiade culturelle Vancouver 2010.

    Multiplier les repères

    Tout ce tumulte simultané s'amorce à peine au moment où je l'ai joint pour l'entrevue, il y a déjà plus d'une quinzaine de jours, horaires chargés de l'auteur-comédien-metteur en scène et ex-cinéaste obligent. Mais il faut retenir qu'alors que s'entamait la dernière représentation du Dragon bleu à Vancouver, ce samedi, la première de Lipsynch dans sa version intégrale de neuf heures était en cours dans la grande salle du théâtre Denise-Pelletier, à Montréal. De quoi perdre quelques-uns de ses points de repère...

    Robert Lepage n'est toutefois pas homme à les perdre, ses repères; au contraire, en s'entourant d'une équipe solide, il est même plutôt arrivé à les multiplier. Avec sa voix calme, lentement comme s'il faisait aussi le point pour lui-même dans ce dossier, il souligne que ce Lipsynch — dont on avait vu une première version de trois heures il y a quelques années au Festival TransAmériques (FTA) — a beaucoup évolué mais qu'il traite toujours du même thème central: la voix humaine.

    «Ce thème central de la voix, nous avons eu l'occasion de le fouiller davantage et de le découper clairement en trois segments, explique-t-il. La voix, qui réfère à la spiritualité, à Dieu, à l'aspect paternel; la langue, qui est plus sociale, qui renvoie à la mère; et la parole, qui est d'abord l'expression de l'individu. Chacun de ces segments tourne autour d'un personnage différent, qui tous trois étaient de la version montréalaise que vous avez vue.»

    Cette «version intégrale» de Lipsynch tourne depuis déjà un an et demi: Ex Machina l'a montrée à Moscou, aux Canaries et à New York. À Montréal, on pourra la voir six fois en entier (les samedis et dimanches à compter de 13h), dans des séances de neuf heures, et deux fois par tranches de trois fois trois heures (à compter de 19h30). La mise en scène est bien sûr de Lepage, qui s'est entouré ici de ses complices habituels, de Marie Gignac à la dramaturgie et aux textes, avec les neuf interprètes de Lipsynch, jusqu'à Jean Hazel à la scéno. Si le propos est toujours le même, la nouvelle version intégrale est plus riche, «différente», ajoute Lepage.

    «Il y a maintenant une toute nouvelle section dans le segment sur la voix où nous explorons la musique et aussi la radio, qui a joué un rôle majeur durant la guerre; cela s'incarne dans une intrigue qui se déroule à la BBC. Les personnages se sont développés, étoffés, tout comme les événements qu'ils vivent... Cela me permet de souligner que, dans une fresque pareille, il faut que tout soit à la vue sur le plateau; que le spectateur voie tout, tout le temps, y compris les changements de décor. J'aime bien me dire que le déroulement et la mécanique du spectacle font partie du spectacle et que, ensemble sur le plateau comme dans la salle, nous allons du chaos vers le sens... C'est ce qui fait également que le spectacle commence à prendre vraiment son rythme de croisière, à donner tout son jus à la cinquantième représentation», dit-il un léger sourire au fond de la voix...

    Entrer au garage

    Chez Ex Machina, que Lepage et son équipe travaillent à un opéra, à un spectacle de cirque, de danse ou de théâtre... même à des «illuminations urbaines» comme Le Moulin à images ou Aurora borealis, on se donne le temps de faire les choses. Lipsynch est ainsi venu se placer lentement, au fil des répétitions, des refontes et des représentations un peu partout, dans le cheminement de la compagnie. «Lipsynch, comme chaque fois tous nos autres spectacles, est le pur produit de toutes nos activités, de tous nos projets», dit Lepage.

    La durée de vie prévisible du spectacle est d'environ 250-300 représentations, un chiffre qui fait rêver tous les directeurs de théâtre d'ici et qui rejoint presque les résultats des grands spectacles québécois de théâtre pour jeunes publics tournant autour de la planète — «souvent nous les croisons sur les mêmes circuits internationaux».

    «La tournée est pour nous extrêmement importante, poursuit Lepage de sa voix toujours aussi sereine. Nous avons développé une sorte de réseau dont certaines escales, comme Châlons en France et d'autres endroits aussi en Asie, sont pour nous des lieux de travail intense où nous pouvons nous arrêter une semaine ou deux et "entrer au garage" avec un spectacle comme chez nous à la Caserne... La tournée nous permet de financer la création et de développer de nouveaux contenus, elle nous donne aussi l'occasion de bonifier nos productions en les jouant plus souvent.»

    C'est à Châlons d'ailleurs, avant même de poursuivre l'opération plus sérieusement à Québec, que Lepage a d'abord dirigé une séance d'exploration sur son prochain spectacle encore sans titre. «C'est une tétralogie qui sera présentée dans un espace circulaire. Sur le jeu. Plus précisément les jeux de cartes. Avec douze participants sur douze heures au rythme de quatre fois trois heures. Le travail est bien amorcé et devrait permettre la rencontre de plusieurs disciplines. [...] Comme dans toutes nos productions, Lipsynch, Le Dragon bleu ou Zulu Time, l'objectif ultime est encore une fois d'utiliser les langages et les outils du monde qui nous entoure et tenter d'inscrire ainsi un peu de sens dans le chaos.»

    Tout le monde pourra se faire sa propre idée là-dessus dès ce week-end au théâtre Denise-Pelletier... si bien sûr vous réussissez à mettre la main sur des billets pour Lipsynch...












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