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    My country, c'est l'hiver?

    Gilles Vigneault a refusé au COVAN l'utilisation de son hymne légendaire, craignant qu'on le dénature

    Gilles Vigneault craignait que sa pièce Mon Pays soit tronquée, ou traduite ou utilisée dans un contexte inacceptable.
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Gilles Vigneault craignait que sa pièce Mon Pays soit tronquée, ou traduite ou utilisée dans un contexte inacceptable.
    Québec — «Mon pays, ce n'est pas un pays, c'est l'hiver», voulait entendre le Comité organisateur des Jeux de Vancouver (COVAN) lors de la cérémonie d'ouverture. Le COVAN a donc pressé Gilles Vigneault de demandes à l'automne pour utiliser sa célèbre chanson. En vain. Vigneault a refusé au moins trois fois, craignant qu'on la tronque, qu'on la traduise ou qu'on l'utilise dans un contexte inacceptable, selon ce qu'a appris Le Devoir.

    Après un premier refus de M. Vigneault début novembre, le COVAN s'est tourné vers nul autre que Jean Charest et l'a prié avec insistance d'intervenir auprès du poète national. Le premier ministre se trouvait à Moscou lorsqu'on lui en a fait la demande, a confirmé son bureau. Ne connaissant pas M. Vigneault personnellement, il a alors demandé à l'attachée de presse culturelle Francine Chaloult — dont le gendre Pierre Arcand, ministre des Relations internationales, était aussi en Russie — de prendre contact avec M. Vigneault. «La crainte de M. Charest, c'était que la demande ne soit pas vraiment parvenue jusqu'à lui», a-t-elle expliqué hier au Devoir.

    Jean Charest souhaitait s'entretenir directement avec Gilles Vigneault, mais ce dernier, séjournant au Mexique, était difficilement joignable. C'est finalement par courriel que l'homme de Natashquan a réitéré son refus. «Même si le premier ministre lui avait parlé directement, il n'aurait pas changé d'idée», a certifié Mme Chaloult, qui précise que le refus était totalement dénué d'agressivité: «Il disait simplement: "Si je m'implique là-dedans, j'aimerais bien que ma chanson soit là tout au long".» Il aurait pu accepter la proposition tout en exigeant un droit de regard, ajoute l'attachée de presse, mais cela aurait impliqué qu'il assiste aux répétitions, «ce qui ne le tentait pas».

    Le COVAN a alors voulu obtenir les droits sur la fameuse chanson. Ainsi, il aurait pu l'utiliser comme il le souhaitait. «Ils pouvaient en faire chanter quatre lignes seulement. Ils pouvaient la faire chanter par on ne sait qui. Ils pouvaient... je ne sais pas moi... la chanter avec des drapeaux du Canada... ou dans n'importe quelle langue», a commenté Mme Chaloult.

    Une autre hypothèse a rebuté l'artiste: que seul le refrain de la fameuse chanson soit entonné lors de la cérémonie. Et qu'il le soit par un choeur qui aurait «représenté le Québec». «Il ne voulait pas que ça se passe comme ça.» Le dernier couplet, qui se termine par: «C'est pour toi que je veux posséder mes hivers» aurait alors été amputé.

    Chose certaine, il n'a jamais été question d'inviter Gilles Vigneault, qui a 81 ans, à venir interpréter lui-même sa chanson. Certes, à l'été 2008, il a bien participé au grand spectacle Rencontres, devant le parlement de Québec, à l'occasion du 400e anniversaire de Québec. «Mais ça, ça n'était pas en contradiction avec le personnage de Vigneault», a laissé tomber Mme Chaloult.

    L'agent de Gilles Vigneault, Pierre Hébert, a aussi confirmé au Devoir que le COVAN avait contacté l'artiste. «M. Vigneault ne donne aucune de ses chansons pour aucun événement. Il n'a jamais fait ça», a répondu M. Hébert, se montrant agacé par cette affaire. De toute façon, a-t-il ajouté: «Il y a peu de ses chansons qui peuvent aller au Canada anglais. Gens du pays, ça ne s'adresserait pas à beaucoup au monde de l'Alberta. Ne croyez-vous pas?» Une autre source a fait cette blague: «"Mon pays, c'est l'hiver", ça aurait eu l'air étrange sous la pluie et sans neige, comme à Vancouver!»

    Au COVAN, on a confirmé hier que M. Vigneault a été sollicité, mais on s'est refusé à tout autre commentaire. «Les ententes ou les discussions» ayant lieu avec les artistes restent strictement confidentielles, selon ce qu'a répondu le porte-parole Sylvain Gagné.

    Le COVAN a fait l'objet de multiples critiques depuis le début des Olympiques pour avoir fait peu de place au français lors de la cérémonie d'ouverture. Garou a interprété une chanson de Jean-Pierre Ferland dans un spectacle où l'essentiel s'est déroulé en anglais. Le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, a «exprimé sa déception» aux organisateurs olympiques. Jean Charest aussi. Pauline Marois y a vu un signe que le Québec «n'existe plus», qu'il est devenu une «quantité négligeable» au Canada.












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