Une SODEC à redorer
François Macerola entend jouer à fond la carte internationale
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
À la barre de la SODEC depuis un mois et demi, François Macerola souhaite que l’organisme québécois devienne une plaque tournante pour les nouveaux enjeux culturels.
Il est en poste depuis un mois et demi. Le nouveau président de la SODEC (Société de développement des entreprises culturelles) est tout sauf un inconnu au bataillon. Vieux routier des institutions, longtemps directeur de Téléfilm Canada, auparavant à la tête de l'Office national du film (ONF), François Macerola a déjà été distributeur chez Malo Films. Après sept ans passés dans la grosse boîte du Cirque du Soleil, comme producteur exécutif, à gérer son développement en Chine, il se dit ravi de mettre son expérience à profit dans tous les secteurs culturels. Chose certaine, il connaît la musique.
On rencontre François Macerola dans ses locaux de la SODEC, lui demandant comment il pourra redorer le blason d'une institution fort égratignée au printemps dernier par le Vérificateur général. «Dépenses somptuaires», surtout à l'étranger, au Festival de Cannes en particulier, dénonçait-il. L'ancien président, Jean-Guy Chaput, a été conspué sur la place publique avec une violence d'ailleurs excessive, rétrogradé jusqu'à la fin de son mandat. Ça bardait dans la cabane.
Ajoutez à cela que la nomination de François Macerola à la SODEC s'est faite moins vite que prévu, histoire de vérifier s'il n'avait pas été lié à de fâcheux épisodes de destruction de documents reliés à l'affaire Cinar du temps où il dirigeait Téléfilm Canada. «L'institution fédérale n'a jamais fait l'objet d'un blâme sur cette affaire, répète-t-il. Nous avons été dupés, comme bien d'autres, par Micheline Charest et lui avons retiré ses subventions quand le scandale a éclaté.» Mais l'affaire Cinar, étouffée à la Gendarmerie royale du Canada, conserve des zones d'ombre.
Quoi qu'il en soit, il a passé le test et a rebondi à la tête de la SODEC. «À mon arrivée, j'ai dû évaluer tout le processus administratif en place, dans la foulée des conclusions du Vérificateur, explique-t-il. Des coups de barre avaient déjà été donnés pour réduire les frais de dépenses à Cannes, entre autres choses. On a encore épuré. Les fonctionnaires de la SODEC ne sont pas là pour le party ni pour dormir dans de grands hôtels avec vue. Nous misons sur la transparence et l'économie.»
Le nouveau bonze de la SODEC dit vouloir développer la carte internationale. De fait, il a mis sur pied à Paris, au début de décembre, un comité de travail avec des producteurs québécois sur les partenariats étrangers et les cofinancements. But de l'opération: trouver de nouveaux modes à l'échelle de la francophonie pour produire des longs métrages de fiction. «Le Québec doit s'inscrire dans les grands ensembles: l'ALENA, l'Union européenne, etc., assure François Macerola. Quand j'étais à Téléfilm, on était passés à 800 millions de dollars en coproductions, mais les politiques "ultra feuille d'érable" du gouvernement canadien ont nui à l'expansion internationale. Aujourd'hui, il s'agit de créer des ponts à partir du Québec, sans y laisser notre identité.»
Autre priorité à ses yeux: la télévision. «On n'est pas assez dynamiques. Il faut ouvrir des marchés. Lors de la Semaine du cinéma à Paris, nos émissions ont intéressé les Français. Des gens du Royaume-Uni qui s'étaient déplacés là-bas aussi. On veut faire des séminaires à Cannes, à Berlin.» Il compte sur ses précieux contacts avec les télés japonaise, chinoise, indienne, établis au cours de son mandat au Cirque du Soleil, pour ouvrir de nouvelles portes aux produits culturels québécois.
Dans le milieu, plusieurs estiment que la SODEC aurait eu besoin de sang neuf à l'heure de la révolution des nouvelles technologies. Son président sexagénaire répond que sept années passées au Cirque du Soleil l'ont mis en contact avec les forces vives de la jeunesse, les techniques de pointe, et que son administration planchera sur ces virages. «Je ne prétends pas détenir, mais chercher les réponses aux nouveaux enjeux: livre numérique, musique en ligne entrant dans le flanc de l'industrie du disque, cinéma numérique, etc. Les gens se passionnent pour les films en 3D, mais en dehors de Québec et de Montréal, quels cinémas s'équiperont en conséquence? Que faire pour aider les régions?» Le 26 janvier, à Saint-Sauveur, dans le cadre de CinéQuébec, la SODEC organise une table ronde sur le cinéma numérique. Il faut commencer quelque part.
Il se donne un an pour trouver des idées originales en matière de nouvelles technologies, puis entend s'activer à les concrétiser. François Macerola souhaite que la SODEC devienne une plaque tournante, un interlocuteur privilégié pour intégrer des formules inédites, sans se contenter de gérer chaque dossier à la pièce, utilisant la Toile afin de promouvoir nos oeuvres. «En avril 2011, on sera en mesure de publier un document avec des recommandations en ce sens.»
Sous son règne à Téléfilm, un peu avant de quitter l'institution, Macerola avait mis en place en 2000, avec Peter Katadotis, les très controversées enveloppes à la performance pour les longs métrages, jetant le diable dans le chaudron. Ainsi, 50 % des fonds se voyaient soudain accordés automatiquement aux producteurs des films ayant connu un succès public. Ces sommes furent trop souvent injectées dans des productions commerciales, parfois de faible qualité. «Le but était de permettre à l'industrie de financer des projets plus audacieux avec ces enveloppes, mais d'autres administrateurs nous ont succédé et des coups de barre auraient dû être donnés par la suite, en ajoutant des conditions: des quotas pour les comédies, par exemple. Ça n'a pas donné tous les résultats escomptés», admet-il.
N'empêche! Ces enveloppes restent...
Le dossier paraît miné, mais Macerola n'a pas remisé son rêve de voir naître un grand festival de cinéma à Montréal, malgré le fiasco de 2005, quand un nouveau rendez-vous de films né dans la houle, mort-né, tâcha en vain de s'imposer entre ses concurrents courroucés déjà en place. «Téléfilm et la SODEC ont très mal géré cette crise à l'époque.»
Aux yeux du président de la SODEC comme de bien des Québécois, le fait que le gouvernement conservateur saisisse si mal les enjeux culturels constitue un problème majeur. «Au Québec, la ministre St-Pierre a injecté beaucoup d'argent dans la culture pour pallier les compressions d'Ottawa, mais on ne peut compenser partout. Il faut qu'ils changent leurs orientations», estime-t-il, tout en reconnaissant qu'ils ne semblent pas partis pour ça.
On rencontre François Macerola dans ses locaux de la SODEC, lui demandant comment il pourra redorer le blason d'une institution fort égratignée au printemps dernier par le Vérificateur général. «Dépenses somptuaires», surtout à l'étranger, au Festival de Cannes en particulier, dénonçait-il. L'ancien président, Jean-Guy Chaput, a été conspué sur la place publique avec une violence d'ailleurs excessive, rétrogradé jusqu'à la fin de son mandat. Ça bardait dans la cabane.
Ajoutez à cela que la nomination de François Macerola à la SODEC s'est faite moins vite que prévu, histoire de vérifier s'il n'avait pas été lié à de fâcheux épisodes de destruction de documents reliés à l'affaire Cinar du temps où il dirigeait Téléfilm Canada. «L'institution fédérale n'a jamais fait l'objet d'un blâme sur cette affaire, répète-t-il. Nous avons été dupés, comme bien d'autres, par Micheline Charest et lui avons retiré ses subventions quand le scandale a éclaté.» Mais l'affaire Cinar, étouffée à la Gendarmerie royale du Canada, conserve des zones d'ombre.
Quoi qu'il en soit, il a passé le test et a rebondi à la tête de la SODEC. «À mon arrivée, j'ai dû évaluer tout le processus administratif en place, dans la foulée des conclusions du Vérificateur, explique-t-il. Des coups de barre avaient déjà été donnés pour réduire les frais de dépenses à Cannes, entre autres choses. On a encore épuré. Les fonctionnaires de la SODEC ne sont pas là pour le party ni pour dormir dans de grands hôtels avec vue. Nous misons sur la transparence et l'économie.»
Le nouveau bonze de la SODEC dit vouloir développer la carte internationale. De fait, il a mis sur pied à Paris, au début de décembre, un comité de travail avec des producteurs québécois sur les partenariats étrangers et les cofinancements. But de l'opération: trouver de nouveaux modes à l'échelle de la francophonie pour produire des longs métrages de fiction. «Le Québec doit s'inscrire dans les grands ensembles: l'ALENA, l'Union européenne, etc., assure François Macerola. Quand j'étais à Téléfilm, on était passés à 800 millions de dollars en coproductions, mais les politiques "ultra feuille d'érable" du gouvernement canadien ont nui à l'expansion internationale. Aujourd'hui, il s'agit de créer des ponts à partir du Québec, sans y laisser notre identité.»
Autre priorité à ses yeux: la télévision. «On n'est pas assez dynamiques. Il faut ouvrir des marchés. Lors de la Semaine du cinéma à Paris, nos émissions ont intéressé les Français. Des gens du Royaume-Uni qui s'étaient déplacés là-bas aussi. On veut faire des séminaires à Cannes, à Berlin.» Il compte sur ses précieux contacts avec les télés japonaise, chinoise, indienne, établis au cours de son mandat au Cirque du Soleil, pour ouvrir de nouvelles portes aux produits culturels québécois.
Dans le milieu, plusieurs estiment que la SODEC aurait eu besoin de sang neuf à l'heure de la révolution des nouvelles technologies. Son président sexagénaire répond que sept années passées au Cirque du Soleil l'ont mis en contact avec les forces vives de la jeunesse, les techniques de pointe, et que son administration planchera sur ces virages. «Je ne prétends pas détenir, mais chercher les réponses aux nouveaux enjeux: livre numérique, musique en ligne entrant dans le flanc de l'industrie du disque, cinéma numérique, etc. Les gens se passionnent pour les films en 3D, mais en dehors de Québec et de Montréal, quels cinémas s'équiperont en conséquence? Que faire pour aider les régions?» Le 26 janvier, à Saint-Sauveur, dans le cadre de CinéQuébec, la SODEC organise une table ronde sur le cinéma numérique. Il faut commencer quelque part.
Il se donne un an pour trouver des idées originales en matière de nouvelles technologies, puis entend s'activer à les concrétiser. François Macerola souhaite que la SODEC devienne une plaque tournante, un interlocuteur privilégié pour intégrer des formules inédites, sans se contenter de gérer chaque dossier à la pièce, utilisant la Toile afin de promouvoir nos oeuvres. «En avril 2011, on sera en mesure de publier un document avec des recommandations en ce sens.»
Sous son règne à Téléfilm, un peu avant de quitter l'institution, Macerola avait mis en place en 2000, avec Peter Katadotis, les très controversées enveloppes à la performance pour les longs métrages, jetant le diable dans le chaudron. Ainsi, 50 % des fonds se voyaient soudain accordés automatiquement aux producteurs des films ayant connu un succès public. Ces sommes furent trop souvent injectées dans des productions commerciales, parfois de faible qualité. «Le but était de permettre à l'industrie de financer des projets plus audacieux avec ces enveloppes, mais d'autres administrateurs nous ont succédé et des coups de barre auraient dû être donnés par la suite, en ajoutant des conditions: des quotas pour les comédies, par exemple. Ça n'a pas donné tous les résultats escomptés», admet-il.
N'empêche! Ces enveloppes restent...
Le dossier paraît miné, mais Macerola n'a pas remisé son rêve de voir naître un grand festival de cinéma à Montréal, malgré le fiasco de 2005, quand un nouveau rendez-vous de films né dans la houle, mort-né, tâcha en vain de s'imposer entre ses concurrents courroucés déjà en place. «Téléfilm et la SODEC ont très mal géré cette crise à l'époque.»
Aux yeux du président de la SODEC comme de bien des Québécois, le fait que le gouvernement conservateur saisisse si mal les enjeux culturels constitue un problème majeur. «Au Québec, la ministre St-Pierre a injecté beaucoup d'argent dans la culture pour pallier les compressions d'Ottawa, mais on ne peut compenser partout. Il faut qu'ils changent leurs orientations», estime-t-il, tout en reconnaissant qu'ils ne semblent pas partis pour ça.
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