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Déshabillez-les

La troupe amateur Blue Light Burlesque réinvente les jeux de séduction.
Photo : Mélanie Vallières
La troupe amateur Blue Light Burlesque réinvente les jeux de séduction.
On les déshabille des yeux, on caresse leurs tatous du regard et elles sourient quand on les siffle. Des filles faciles? Nah. Des filles avec de vraies formes, des poignées d'amour, un bourrelet disgracieux ici ou là, la fesse plate, les nichons absents ou le sillon aguichant, la girl next door nature sous toutes ses coutures, qui monte sur scène et joue la tentatrice d'un soir.

Le néoburlesque a le vent dans les voiles en ce moment; Montréal a accueilli son premier festival en septembre dernier. Il rassemble des amateurs de rétro, de swing, dignes héritières des années sulfureuses où les femmes s'habillaient et maniaient l'art délicat de s'effeuiller ensuite.

Elles jouent des gants, des éventails de plumes, de l'ombrelle, du strass, des pastilles sur les mamelons, des voiles mystérieux, des talons aiguilles, des guêpières, des jarretelles et des faux cils. Mais surtout, elles assument avec énormément de fausse pudeur leur corps laiteux sous les projecteurs, chacun de ses replis et faux plis.

La réponse à la tyrannie plastique du Botox et de Photoshop se trouve ici, dans ce courant un rien marginal et rafraîchissant, incarné (du mot carne) dans toute sa splendeur par des femmes de tous les jours, en chair et en os. Surtout en chair, mon cher.

«Ça fait du bien de voir de vraies femmes, me glisse mon compagnon de supplice à l'oreille. L'imperfection devient belle.»

Demandez aux hommes autour de vous: cette humaine imperfection les rassure. Ces femmes qui se déhanchent et jouent les pin up sur scène n'ont aucune chance d'être auditionnées au Lido. Et pourtant, on en voudrait pour se faire une bouillotte un soir de grippe ou jouer à la pelote basque sous les draps.

Appétissantes, chaudes, tendres, persillées comme un bon morceau de viande, elles fouettent les sens et la concupiscence, font penser à un chou à la crème. Elles émoustillent et vous ouvrent toutes grandes les mirettes telle une vitrine de pâtisserie.

L'école érotico-rétro-chic

La trentaine ronde et bien assumée, Mademoiselle Oui Oui Encore est à la tête de Blue Light Burlesque depuis cinq ans, a donné des cours de swing pour ensuite se réinventer dans la lignée des Dita Von Teese ou Fancy Chance. Son nom de scène est adorable et elle assure qu'il faut de la présence, de l'imagination et du cran pour y monter. Sa petite s¶ur, Coco Vanille, se déshabille elle aussi. Une maladie qui court dans la famille.

Le plaisir qu'elles y prennent est tangible et les spectateurs en redemandent. «Ce sont surtout des femmes qui viennent voir nos shows érotico-rétro-chics», dit celle qui possède au moins 25 costumes néoburlesques, de la cow-girl à la serveuse bavaroise, dans sa garde-robe. «Ce sont des femmes qui tripent sur des femmes qui tripent sur des costumes. Ce ne sont pas des lesbiennes, juste des filles qui aiment le côté sexy, théâtral et libérateur de nos numéros.»

Pas de public masculin glauque ici, effectivement. Et pas de danseuses «exotiques» qui se déhanchent lascivement contre de l'argent. «C'est pas de la danse poteau, nous ne mimons pas la sexualité. Nous mimons une pin up, une fille qui essaie de se sentir sexy», assure celle qui est mon ancienne voisine, la girl next door justement.

À la demande générale, Mademoiselle Oui Oui Encore donne des cours à des femmes un rien complexées qui veulent retrouver leur pouvoir de séduction malgré le petit ventre d'après-grossesse, la cellulite ou les seins qui s'affaissent un brin. Elle leur enseigne comment se maquiller, se servir de l'éventail à plumes, monter leur numéro. «Je les aide à se mettre à leur avantage, à se servir de la lingerie. Le burlesque, c'est la démocratisation de la séduction, de l'érotisme et de la scène. Moi, je ne suis pas un pétard mais on me crie: "Oui, oui, encore!"», dit celle qui a converti l'appartement voisin du sien, un cinq-et-demie typique du Plateau, en vaste vestiaire, salle de confection de pastilles (elle les porte, les fait tourner et les vend) et atelier de couture pour son amoureux, Mr. Blue Eyes, qui fabrique tous ses costumes.

Non seulement Mademoiselle Oui Oui Encore les enlève gentiment et sans se faire prier mais Blue Eyes peut les lui recoudre le lendemain si jamais lui prenait l'envie de lui arracher son corsage avec les dents.

Les Zeffeuilleuses

Dans l'arène des professionnelles, les comédiennes Marie-Anne Alepin, Karine Ricard et Marie-Ève Soulard La Ferrière ont monté le spectacle Les Zeiffeuilleuses au Casino, au printemps dernier, et l'ont repris la semaine dernière au Lion d'Or. Elles rêvent d'une salle comme celle du Monument-National ou du La Tulipe pour accueillir des cabarets en permanence. Nous aussi. Montréal a les reins solides au rayon libertinage et le french cancan pourrait faire bon ménage avec le french boucan municipal.

Ce spectacle de cabaret permet aux chanteuses de nous présenter les grandes dames de la séduction des années 1920 à 1970, de tortiller leurs boas et leurs robes soyeuses, d'exécuter la danse des sept voiles et de nous aguicher tout en restant (presque) (trop) habillées. Les Zeffeuilleuses titillent davantage qu'elles ne montrent. Elles flirtent avec la suggestion et l'imagination fait le reste car elles sont plutôt bien roulées, sans être photoshopées. De vraies femmes, quoi! Et un show efficace, tout en complicité entre elles et avec le public, qui en redemande.

Le programme de chansons coquines nous fait passer de la Harley de BB à You Can't Hurry Love des Supremes, à l'artiste invitée, Patsy Gallant, toute de boa et de robe-fourreau stretch vêtue, qui sert une version incendiaire de Fever avec beaucoup d'autorité. «À Las Vegas, il y a un retour de ces vieilles gloires qui ont encore les mooves», remarque François Parenteau, le MC de la soirée, imitateur et Gérard de service.

«La sensualité se perd, il n'y a plus de pudeur, on a tout oublié de la poésie du corps de la femme», prétend Marie-Anne, qui incarne Dalida et se fait donner la réplique par Delon-Parenteau dans Paroles, paroles.

Les trois comédiennes dans la jeune trentaine remarquent que la sensualité n'a pas d'âge et qu'elle transcende tout, comme l'amour, sa voisine de palier. «Avec la Révolution tranquille, on a perdu le côté sacré, solennel, la courtoisie et le respect du corps. On arrange tout sur Photoshop», pense Marie-Anne, qui a monté ce spectacle enceinte, tout comme sa copine Marie-Ève, qui susurre And we all lose our charms in the end en brandissant ses diams façon Marilyn dans Diamonds Are a Girl's Best Friend.

Au fond, les bijoux de famille sont peut-être les meilleurs amis de la femme, mais jamais autant que lorsqu'elle ne porte qu'eux.


cherejoblo(a)ledevoir.com


Visité: le site www.bluelightburlesque.com. La troupe amateur produit un spectacle par mois au Petit Campus, avec plus ou moins de bonheur selon les numéros. Très candide et sans prétention, mais si authentique. Prochaine édition: le mercredi 18 novembre. Également, Mademoiselle Oui Oui Encore donne des cours, danse à l'éventail de plume (27 octobre), chorégraphie I'm a woman avec chapeau, veston, chemise, pantalon, cravate, lingerie et pastilles! (2 novembre). À vous de jouer...

Aimé: le livre Pink Box (éditions de La Martinière), un voyage photographique particulier dans les clubs érotiques japonais. À la fois jolie et intrigante, cette incursion voyeuse au pays de la geisha. Certains clubs proposent des infirmières, d'autres des agentes de bord ou des effeuilleuses à leurs clients. Un bar se spécialise exclusivement sur les pieds, les footichistes ou les podophiles. Ils sont plus nombreux qu'on le pense.

Salivé: en feuilletant le livre du chef Louis-François Marcotte, Sexy (Flammarion Québec). Cuisine du premier rendez-vous, du lendemain matin, cuisine aphrodisiaque (lui mijoter un sort) ou pour briser la routine du couple, tout y est pour séduire par le ventre. Même une section boîte à lunch... mon dada.

Feuilleté: le livre de l'effeuilleuse professionnelle montréalaise, «Natalia» McLennan, Le Prix à payer. La célèbre escorte de New York, qu'on a pu voir à TLMP dimanche dernier, dévoile tous les dessous du métier. Nelly Arcan nous a fait le coup avec beaucoup plus de talent, littérairement parlant. Mais si le genre vous intéresse, on y apprend que les tarifs de ces «filles de joie» huppées dépend de leur cote sur le site Theeroticreview.com. C'est très explicite, pas pour les prudes. Et très excitant aussi, forcément. Lecture solitaire.

Décidé: d'aller voir les petites femmes de Pigalle. Je me déguise en effeuilleuse pour l'Halloween... De retour le 6 novembre.

JOBLOG

Le partage

Certains ont dit que sa plastie obsessionnelle a eu raison d'elle. D'autres que c'est sa santé mentale fragile qui aura eu le dernier mot. Qu'importe. L'effet est le même sur ceux qui restent. J'ai écrit deux billets dans mon blogue de Châtelaine au sujet de Nelly Arcan; la dernière fois, le 15 octobre dernier (Paradis clef en main). Vous irez lire les commentaires, on en dénombre 69. J'ai pas fait exprès mais c'est le nombre le plus élevé de commentaires et les plus longs que j'aie récoltés jusqu'à ce jour. Ces témoignages de gens qui écrivent régulièrement ou non dans mon blogue sont très éloquents, touchants, troublants, voire déstabilisants. Tous y parlent de suicide, directement ou indirectement. Et j'ai été estomaquée de voir à quel point ce tueur silencieux hante les esprits. Le tabou persiste toujours et il est plus facile de se confier anonymement.

Un forum sans la froideur des explications cliniques des spécialistes, me dis-je, peut redonner le courage de poursuivre. Et c'est très exactement ce qui se passe ici.

www.chatelaine.com/joblo






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