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Quelles familles!

Depuis sa naissance, la télé québécoise se passionne pour les histoires de famille. La belle et riche aventure du portrait de groupe se poursuit alors que le Québec est devenu un des principaux laboratoires d'exploration des recompositions familiales en Occident.

Le temps est au bilan. La Première chaîne de Radio-Canada terminait hier la diffusion de sa série-synthèse sur la Révolution tranquille, un fabuleux travail produit à l'occasion du 50e anniversaire de la mort de Maurice Duplessis, disparu le 7 septembre 1959. Le théâtre joue aussi du grand inventaire avec Fragments de mensonges inutiles, jouée chez Duceppe. La pièce de Michel Tremblay oppose et rapproche deux temps du Québec, avant et maintenant, 1959 et 2009, histoire de refaire l'infini chemin parcouru.

Mutations

La télé, cette chaude glace de nos reflets, permet aussi de mesurer le gouffre abyssal qui sépare le Québec pré et postrévolutionnaire. Les émissions traitant des familles s'avèrent particulièrement utiles pour montrer que la société québécoise a muté du tout au tout depuis Jeunes visages, Joie de vivre et En haut de la pente douce, qui occupaient le petit écran en 1959. Que des modèles nucléaires et canadiens-français où papa et maman avaient presque toujours raison.

Dans le premier épisode de la nouvelle saison des Parent diffusé lundi soir, on a vu deux ados de la très attachante famille se disputer amicalement autour d'un jeu vidéo à coups de «Va donc [blip]» et de «Mange de la [blip]». La mère aimante leur a demandé de changer de ton et surtout de vocabulaire sans succès, avant de tout simplement fermer une porte pour ne plus les entendre. On a compris qui mène maintenant, merci.

Toute une famille! à Télé-Québec expose les effets concrets de la recomposition en cours, de la parentalité mono à la parentalité homoparentale. «La série dévoile tout ce qui est en opposition avec la famille traditionnelle, celle du papa-maman et les enfants», explique la réalisatrice Sophie Lambert, qui tient la très belle affaire à bout de bras depuis plus d'un an de recherche et de tournages. «Le tiers des enfants de 10 ans au Québec ont connu la séparation de leurs parents. Au bout du compte, on se retrouve avec cette donnée qu'environ une famille sur deux au Québec peut être dite atypique.»

Pour elle comme pour bien des sociologues, le Québec est devenu rien de moins que le principal laboratoire des explorations et des découvertes familiales en Occident. Un épisode de sa série va montrer un donneur de sperme qui se rend régulièrement à vélo, en hiver, fournir à un couple d'amies lesbiennes le précieux liquide séminal réchauffé sous son aisselle.

Éclatements et renaissances

La série La Galère casse aussi le moule avec un remue-ménage monstre qui ne laisse rien en place. «Oui, c'est inhabituel, mais pour moi, c'est dans la future normalité des choses», dit la scénariste Renée-Claude Brazeau, qui a elle-même quatre enfants de quatre pères différents, un peu comme son personnage Stéphanie. «Oui, les lesbiennes en couple peuvent avoir des enfants. Oui, des femmes célibataires peuvent enfanter avec leurs voisins gais. Pourquoi pas? [...] L'essentiel, c'est d'être heureux et de rendre ses enfants heureux.»

Les Parent sort du cliché en en proposant un autre, ou tout comme, celui de l'organisation nucléaire heureuse, banale... Les Parent semble aux années 2000 ce que La Famille Plouffe était aux années 1950, Quelle famille aux années 1960-70, Jamais deux sans toi et Les Héritiers Duval aux années 1980-90.

L'observation ne choque pas Jacques Davidts, scénariste de la série. «De mettre en histoire une famille nucléaire, c'était une façon de dire: attention, il y a encore des gens qui vivent de manière bêtement traditionnelle, avec un couple qui ne pense pas au divorce toutes les trente secondes et des enfants qui ne sont ni cancéreux ni héroïnomanes», observe l'homme dans la jeune cinquantaine, joint en banlieue de Paris.

Il y passera l'année avec sa femme et leurs trois garçons, qui ont fortement inspiré la télésérie. «Je suis né en 1958 et je peux dire que depuis l'enfant est devenu une personne qui a son mot à dire, poursuit M. Davidts. On peut établir un parallèle entre les rapports de plus en plus égalitaires entre les parents et les enfants et ceux entre les hommes et les femmes.»

La Galère montre aussi à quel point l'éclatement du milieu familial stimule la renaissance de vieilles mécaniques sociales de solidarité. Cette série sur le modèle de plus en plus populaire de la mère indigne propose finalement l'amitié comme nouveau mortier relationnel.

«Dans la majorité des familles que j'ai rencontrées, les enfants et les parents se parlent comme des amis, note alors Sophie Lambert. Les rapports me semblent de plus en plus égalitaires, mais ils n'excluent pas les rapports d'autorité. Quand arrive 20 ou 21h le soir, quand il faut se coucher, le parent le fait savoir et impose ce qu'il faut.»

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