Un tremplin pour les artistes d'ici venus d'ailleurs
Comment sont nées une compagnie de disques et une agence artistique...
Chaque organisme a son histoire. Et toutes les histoires se ressemblent et sont uniques à la fois. Musique Multi-Montréal ne fait pas exception à la règle, ou presque. À l'instar de ses semblables, cet organisme de production et de diffusion des musiques du monde est né des besoins d'un milieu, celui des artistes immigrants en quête de public, et d'un public à la recherche de nouveaux sons.
Place à un festival bien particulier: au lieu de laisser venir les artistes à eux, ses fondateurs sont allés à leur rencontre. Résultat: après 13 années d'acharnement, MMM a acquis une notoriété enviable à travers le Canada et ne court plus derrière les talents. «Aujourd'hui, les artistes appellent d'eux-mêmes», affirme Liette Gauthier, fondatrice, directrice artistique et musicienne.
Originaire du Saguenay, la jeune femme est venue s'installer à Montréal en 1991 pour y poursuivre ses études au Conservatoire. C'est à ce moment qu'elle a l'idée de génie d'aller vers les musiciens professionnels issus de tous les pays pour les mettre en scène. «Comme tous les immigrants, se souvient-elle, je suis allée habiter dans le quartier Côte-des-Neiges car je ne connaissais pas la ville. Ç'a été le coup de foudre. Dans les parcs, l'été, je découvrais des instruments acoustiques fantastiques.» Et puisque leurs propriétaires étaient pour la plupart des immigrants nouvellement arrivés, personne n'avait pris la peine de leur indiquer le chemin de la scène. «Lorsqu'ils débarquent ici, on les dirige vers des métiers rentables. Sûrement pas en musique, déplore-t-elle. On a rencontré des gens qui étaient première chaise dans des orchestres du monde. Ils arrivaient ici et se retrouvaient gérant d'un Provigo!»
Dépistage de talents
Un véritable dépistage de musiciens professionnels de toutes les origines débute alors à travers la métropole. En 1993, lorsqu'ils cherchent à cibler des talents issus de la communauté chinoise, Liette Gauthier et son acolyte de l'époque, Yves Bernard, spécialiste des musiques du monde au journal Ici, arpentent le boulevard Saint-Laurent. «Yves est allé faire du porte à porte. Il entrait dans toutes les boutiques qui avaient un cachet artistique, parlait aux gens et établissait des contacts avec la communauté.» L'année suivante, en 1995, le comité d'audition s'est rendu chez Lhasa de Sela pour l'écouter chanter dans sa cuisine.
C'est de toutes ces rencontres qu'est né le festival Musique Multi-Montréal, rebaptisé par la suite Des musiques et du monde, afin de se départir de son image jugée trop «locale et restrictive». L'organisme, qui est venu après le festival, a repris le nom initial.
Depuis une génération, croit Yves Bernard, MMM est sûrement l'organisme qui a fait la plus grosse cueillette de talents musicaux de toutes cultures. Des talents qui se sont produits d'abord dans des spectacles de courte durée, des showcases d'une quinzaine de minutes, afin d'intéresser les amateurs de musiques du monde et, plus encore, les producteurs. La formule s'est transformée au fil des ans, et des artistes de renom ont été appelés à parrainer l'événement, comme Karen Young, Michel Faubert et Jim Corcoran. Tout ce beau monde s'est retrouvé sur un premier album enregistré en 1994, menant à la création de la maison de disque sur étiquette MMM un an plus tard. En tout, quatre albums ont été créés.
«À partir du festival, on a décidé de faire des compilations de disques sous l'étiquette MMM car il fallait trouver d'autres outils pour assurer un suivi plus systématique», précise Yves Bernard, la logique étant de faire jouer les musiciens partout à travers le Québec. «Il y a une dizaine d'années, poursuit-il, les musiques du monde ne tournaient pas au Québec. Les gens confondaient souvent musiques du monde d'ici et celles venues d'ailleurs. On devait leur faire comprendre qu'il y avait une mine d'or de musiciens à leur portée, des immigrants qui ne demandaient qu'à se faire connaître.»
Et plein de Québécois de souche qui font dans la tradition québécoise, précise Liette Gauthier. «Le public s'aperçoit que, musicalement parlant, il n'y a aucune différence entre un tango argentin et une musique traditionnelle québécoise! On leur montre à quel point la musique est imprégnée des migrations. Et c'est justement grâce à ces migrations que la musique gagne en beauté.»
Agence pour artistes
Environ au même moment, l'agence MMM a pris de l'ampleur. Son but: soutenir et représenter les artistes auprès des diffuseurs afin de leur permettre de se tailler une place sur le marché. «Au début, raconte Liette Gauthier, l'agence ne faisait que répondre aux demandes des diffuseurs qui appelaient pour prendre de l'information. On agissait à titre de boîte de référence.» L'idée a fait son petit bonhomme de chemin. La compagnie s'est vite rendu compte que c'était là une bonne façon de rentabiliser ses activités en vendant des spectacles. L'agence compte maintenant cinq artistes, dont Carlos Placeres et H'Sao.
«L'administration a bien changé depuis les premières années, explique la fondatrice. Le comité d'audition ne se promène plus dans tout Montréal pour aller écouter les artistes. Ils doivent être en mesure de fournir un démo.» À l'exception de H'Sao, ces chants a capella du Tchad, qu'elle a découverts un peu par hasard en voyant leur spectacle annoncé au cégep d'Ahuntsic. «J'étais insultée de ne pas les connaître! Je suis allée assister à leur pratique un dimanche matin et on les a enchâssés dans le festival.»
Après les années 1998 et 1999, deux années en or où plus de 80 spectacles ont été vendus dans le réseau des diffuseurs du Québec, l'organisme a connu trois années de vache maigre et une restructuration majeure, entraînant des mises à pied et une révision complète de l'ensemble des produits et services. «Après dix ans, toute compagnie qui grandit trop vite doit se repositionner», insiste Liette Gauthier. La restructuration semble avoir porté fruit. La compagnie n'affiche plus de déficit et désormais, tous les employés et les artistes sont rémunérés.
Deux nouvelles séries de concerts sont maintenant pilotées par l'organisme: les Radio-concerts au bout du monde diffusés à la Chaîne culturelle de Radio-Canada, et les Concerti sous la pergola, présentés l'été au Parc-nature de l'Île-de-la-Visitation à la brunante, sur le site des Moulins.
Et cette année encore, l'équipe s'est donné le défi de promouvoir de nouveaux types de musique. Pour une treizième année consécutive, le Festival des musiques et du monde provoque donc des rencontres inédites entre les artistes. Des métissages qui laissent souvent des traces. «Le festival bonifie la musique car il arrive que les artistes continuent de travailler ensemble», affirme Liette Gauthier. Paraît-il que c'est à l'un de ces festivals qu'est né Montréal Tango...
Place à un festival bien particulier: au lieu de laisser venir les artistes à eux, ses fondateurs sont allés à leur rencontre. Résultat: après 13 années d'acharnement, MMM a acquis une notoriété enviable à travers le Canada et ne court plus derrière les talents. «Aujourd'hui, les artistes appellent d'eux-mêmes», affirme Liette Gauthier, fondatrice, directrice artistique et musicienne.
Originaire du Saguenay, la jeune femme est venue s'installer à Montréal en 1991 pour y poursuivre ses études au Conservatoire. C'est à ce moment qu'elle a l'idée de génie d'aller vers les musiciens professionnels issus de tous les pays pour les mettre en scène. «Comme tous les immigrants, se souvient-elle, je suis allée habiter dans le quartier Côte-des-Neiges car je ne connaissais pas la ville. Ç'a été le coup de foudre. Dans les parcs, l'été, je découvrais des instruments acoustiques fantastiques.» Et puisque leurs propriétaires étaient pour la plupart des immigrants nouvellement arrivés, personne n'avait pris la peine de leur indiquer le chemin de la scène. «Lorsqu'ils débarquent ici, on les dirige vers des métiers rentables. Sûrement pas en musique, déplore-t-elle. On a rencontré des gens qui étaient première chaise dans des orchestres du monde. Ils arrivaient ici et se retrouvaient gérant d'un Provigo!»
Dépistage de talents
Un véritable dépistage de musiciens professionnels de toutes les origines débute alors à travers la métropole. En 1993, lorsqu'ils cherchent à cibler des talents issus de la communauté chinoise, Liette Gauthier et son acolyte de l'époque, Yves Bernard, spécialiste des musiques du monde au journal Ici, arpentent le boulevard Saint-Laurent. «Yves est allé faire du porte à porte. Il entrait dans toutes les boutiques qui avaient un cachet artistique, parlait aux gens et établissait des contacts avec la communauté.» L'année suivante, en 1995, le comité d'audition s'est rendu chez Lhasa de Sela pour l'écouter chanter dans sa cuisine.
C'est de toutes ces rencontres qu'est né le festival Musique Multi-Montréal, rebaptisé par la suite Des musiques et du monde, afin de se départir de son image jugée trop «locale et restrictive». L'organisme, qui est venu après le festival, a repris le nom initial.
Depuis une génération, croit Yves Bernard, MMM est sûrement l'organisme qui a fait la plus grosse cueillette de talents musicaux de toutes cultures. Des talents qui se sont produits d'abord dans des spectacles de courte durée, des showcases d'une quinzaine de minutes, afin d'intéresser les amateurs de musiques du monde et, plus encore, les producteurs. La formule s'est transformée au fil des ans, et des artistes de renom ont été appelés à parrainer l'événement, comme Karen Young, Michel Faubert et Jim Corcoran. Tout ce beau monde s'est retrouvé sur un premier album enregistré en 1994, menant à la création de la maison de disque sur étiquette MMM un an plus tard. En tout, quatre albums ont été créés.
«À partir du festival, on a décidé de faire des compilations de disques sous l'étiquette MMM car il fallait trouver d'autres outils pour assurer un suivi plus systématique», précise Yves Bernard, la logique étant de faire jouer les musiciens partout à travers le Québec. «Il y a une dizaine d'années, poursuit-il, les musiques du monde ne tournaient pas au Québec. Les gens confondaient souvent musiques du monde d'ici et celles venues d'ailleurs. On devait leur faire comprendre qu'il y avait une mine d'or de musiciens à leur portée, des immigrants qui ne demandaient qu'à se faire connaître.»
Et plein de Québécois de souche qui font dans la tradition québécoise, précise Liette Gauthier. «Le public s'aperçoit que, musicalement parlant, il n'y a aucune différence entre un tango argentin et une musique traditionnelle québécoise! On leur montre à quel point la musique est imprégnée des migrations. Et c'est justement grâce à ces migrations que la musique gagne en beauté.»
Agence pour artistes
Environ au même moment, l'agence MMM a pris de l'ampleur. Son but: soutenir et représenter les artistes auprès des diffuseurs afin de leur permettre de se tailler une place sur le marché. «Au début, raconte Liette Gauthier, l'agence ne faisait que répondre aux demandes des diffuseurs qui appelaient pour prendre de l'information. On agissait à titre de boîte de référence.» L'idée a fait son petit bonhomme de chemin. La compagnie s'est vite rendu compte que c'était là une bonne façon de rentabiliser ses activités en vendant des spectacles. L'agence compte maintenant cinq artistes, dont Carlos Placeres et H'Sao.
«L'administration a bien changé depuis les premières années, explique la fondatrice. Le comité d'audition ne se promène plus dans tout Montréal pour aller écouter les artistes. Ils doivent être en mesure de fournir un démo.» À l'exception de H'Sao, ces chants a capella du Tchad, qu'elle a découverts un peu par hasard en voyant leur spectacle annoncé au cégep d'Ahuntsic. «J'étais insultée de ne pas les connaître! Je suis allée assister à leur pratique un dimanche matin et on les a enchâssés dans le festival.»
Après les années 1998 et 1999, deux années en or où plus de 80 spectacles ont été vendus dans le réseau des diffuseurs du Québec, l'organisme a connu trois années de vache maigre et une restructuration majeure, entraînant des mises à pied et une révision complète de l'ensemble des produits et services. «Après dix ans, toute compagnie qui grandit trop vite doit se repositionner», insiste Liette Gauthier. La restructuration semble avoir porté fruit. La compagnie n'affiche plus de déficit et désormais, tous les employés et les artistes sont rémunérés.
Deux nouvelles séries de concerts sont maintenant pilotées par l'organisme: les Radio-concerts au bout du monde diffusés à la Chaîne culturelle de Radio-Canada, et les Concerti sous la pergola, présentés l'été au Parc-nature de l'Île-de-la-Visitation à la brunante, sur le site des Moulins.
Et cette année encore, l'équipe s'est donné le défi de promouvoir de nouveaux types de musique. Pour une treizième année consécutive, le Festival des musiques et du monde provoque donc des rencontres inédites entre les artistes. Des métissages qui laissent souvent des traces. «Le festival bonifie la musique car il arrive que les artistes continuent de travailler ensemble», affirme Liette Gauthier. Paraît-il que c'est à l'un de ces festivals qu'est né Montréal Tango...
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