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    L'entrevue - Sugar Sammy: l'humoriste de la loi 101

    Sugar Sammy se trouve à la croisée de trois cultures et de quatre langues... et a choisi de s’en servir pour faire rire.
    Photo: Jacques Nadeau Sugar Sammy se trouve à la croisée de trois cultures et de quatre langues... et a choisi de s’en servir pour faire rire.
    C'est la consécration mondiale dans la plus grande discrétion. L'an dernier, l'humoriste montréalais Sugar Sammy a fait plusieurs fois le tour de la planète pour y répandre son comique caustique et exposer son regard cinglant et amusé sur le monde. Souvent en anglais, parfois en hindi et en punjabi, deux langues indiennes, quelquefois en français. Parce qu'il faut bien vivre avec son temps.

    Oui. Pur produit de son époque, Sugar Sammy, né de parents indiens dans le quartier montréalais de Côtes-des-Neiges il y a 33 ans, a le goût du voyage, la curiosité du monde et le passeport canadien débordant d'estampes. Une congestion de visas qu'il doit d'ailleurs en partie à Internet, espace qui a fortement contribué à sa popularité globalisante depuis 2005 — «90 % de mes engagements passent par là», dit-il —, mais surtout «aux chicanes linguistiques» des dernières années au Québec et «aux politiques qui ont encouragé le multiculturalisme» à la canadienne, lance-t-il sérieusement, assis sur la terrasse d'un troquet de la rue Saint-Laurent.

    «Je suis le fruit de toutes les disputes des années 80», dit Sugar Sammy, que l'état civil ne reconnaît que sous le nom Samir Khullar. «Si j'étais né aux États-Unis, je ne parlerais qu'anglais et hindi. Je ne serais pas devenu celui que je suis aujourd'hui»... un humoriste en forte demande, à la croisée de trois cultures et de quatre langues, à l'identité complexe mais assumée et qui, loin de s'en plaindre, a plutôt décidé de s'en servir pour décrisper les zygomatiques de la planète, tout en faisant de l'avion son principal mode de transport.

    «J'ai de la chance, poursuit-il. Je suis né au bon endroit, au bon moment.»

    L'artiste a du bagout, le charme incrusté dans le sourire et surtout un regard sombre hypnotique idéal pour capter l'attention de son auditoire, que ce soit en Thaïlande, au Qatar, à Dubaï ou même au Théâtre Saint-Denis à Montréal.

    Sugar Sammy y était vendredi et samedi dernier, dans un des nombreux Galas présentés dans le cadre du Festival Juste pour rire. «Pour le moment, ma carrière s'est beaucoup développée dans les autres langues, faute de temps. Mais je voulais voir comment mon humour passe en français», reconnaît humblement celui qui vient tout juste d'entrer dans le Top 10 des meilleurs comédiens de la mondialisation (Global Comedian) du Hollywood Reporter, un magazine influent dans l'univers industriel du divertissement.

    Contre le repli identitaire

    Faire rire dans la langue de Molière, Sugar Sammy connaît bien ça, pour avoir éprouvé la chose en 2007. C'était au coeur du même Festival, à l'occasion du Show Raisonnable, assemblage de sketchs et d'artistes québécois à l'identitaire composite, tout comme lui, réunis sur une petite scène pour rire des différences et des tensions du moment. Souvenir: à l'époque, le village d'Hérouxville avait sur le Québec une influence démesurée.

    Sur les planches, le comique a fait sensation, en imposant son envergure mais aussi un style cinglant autour d'une question sensible pour lui: le séparatisme. «Il y a deux sortes de Québécois. Il y a les Québécois éduqués, cultivés, bien élevés. Et il y a ceux qui ont voté oui», avait-il lancé, engendrant des «houhou» de circonstance.

    La ligne est acerbe. Elle est aussi en parfaite harmonie avec le personnage, qui a exploré ses talents d'animateur de foule à l'école primaire Iona, à l'école secondaire Van Horn (aujourd'hui Lavoie) — «la plus multiethnique de la province», dit-il — ou encore au Collègue anglophone Marianopolis. C'est là qu'il vit quotidiennement le Montréal aux mille et un visages, qu'il apprend à ne pas avoir peur de l'autre mais aussi qu'il découvre l'idée que le repli sur soi ne peut pas être un gage de réussite au temps de la mondialisation, estime l'humoriste.

    «Ça a été une expérience de vie unique, dit-il. Aujourd'hui, je sais qu'il ne faut pas chercher à nier la mondialisation ou à en avoir peur. Il faut l'accepter, être ouvert à toutes les cultures et les absorber. Cela nous donne des avantages sur le plan personnel, mais aussi dans plein d'autres domaines: la culture, les affaires, la politique.»

    Optimiste de nature, il pense d'ailleurs que les générations montantes au Québec devraient de plus en plus porter ce message d'ouverture à l'avenir, en raison, entre autres, de leur rapport changeant au monde et aux médias. «Je suis fasciné. Les jeunes aujourd'hui consomment de la culture qui vient de partout, mais n'en demeurent pas moins ancrés dans la réalité du Québec, dit-il. Le Québec, en étant au confluent de plusieurs influences culturelles, de plusieurs langues, a quelque chose d'unique, et si on s'en sert bien, on va pouvoir facilement se placer en tête de parade.»

    Cette tête, Sugar Sammy, élu «humoriste le plus drôle» trois années de suite par les lecteurs de l'hebdo montréalais Mirror, ne devrait d'ailleurs pas tarder, personnellement et artistiquement, à l'atteindre, au rythme de ses nombreux voyages et animations de spectacles de plus en plus importants. Hier soir, par exemple, il était à Toronto pour y animer le Hinglish Show, un spectacle d'humour 100 % en hindi capté également pour télédiffusion en Inde, où il doit se produire dans des salles de 2000 places en septembre prochain.

    «Je n'ai pas de plan de carrière spécifique, résume l'artiste. Je ne cours pas après les tapis rouges, les prix et le succès. Je fais les choses morceau par morceau, en m'amusant, c'est tout. Quand on essaye de faire des plans, Dieu, généralement, rigole de nous.» Peut-être. Et pour conjurer ce sort, Sugar Sammy cherche désormais à rire du monde, de lui et de son époque, qu'il vit de l'intérieur avec un regard forcément dans la marge, et ce, dans le plus de langues possible.

    «Dans quelques semaines, je vais avoir un mois de congé. J'ai acheté des CD-Rom pour apprendre l'espagnol et l'arabe. J'aimerais bien faire rire dans ces deux langues aussi.»












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