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Un ambitieux Grand Charivari qui cherche à s'ancrer dans les traditions

Après Rio, Venise et Bâle, Montréal veut entrer dans la ronde des carnavals légendaires

Derniers préparatifs avant le départ du Grand Charivari, un défilé en sept tableaux brodant sur le thème du baiser.
Photo : Mata Hari
Derniers préparatifs avant le départ du Grand Charivari, un défilé en sept tableaux brodant sur le thème du baiser.
Choisi pour clore le festival Juste pour rire et pour lancer en grande pompe la place des Festivals, le nouveau défilé de Montréal cherche à entrer dans la ronde des événements-clés de la métropole. Objectif ambitieux s'il en est, pour ce troisième Grand Charivari. Si Rio, Venise et Bâle, en Suisse, ont leur carnaval légendaire, la métropole est appelée à forger le sien, affirme son idéatrice, Danielle Roy.

La directrice artistique de Roy Box, qui a longtemps évolué dans le giron de l'empire Rozon, en sera le 26 juillet prochain à son troisième défilé carnavalesque. À la différence des autres, celui-ci sera le tout premier à déborder de la sphère Juste pour rire et à revendiquer le statut de «composante-clé de la signature touristique à Montréal».

C'est du moins ce qu'espère la Ville de Montréal, qui a investi plus de 500 000 $ dans l'aventure, espérant inoculer à la métropole la tradition d'un grand défilé populaire, appelé en sus à inaugurer cette année la toute nouvelle place des Festivals.

Pour le sacre du coeur du Quartier des spectacles, le défilé a choisi d'évoquer le bouillonnement culturel montréalais avec sept tableaux, issus de sept arrondissements porteurs de sept arts différents. «L'an dernier, on s'est rendu compte que c'était possible de faire participer le public. J'avais déjà approché la Ville pour créer une fête issue des arrondissements. Il faut maintenant tenter de trouver notre propre identité. Si un carnaval comme celui de Bâle, avec ses 15 000 figurants, existe depuis 480 ans, ça peut se faire à Montréal», soutient Danielle Roy, qui a longtemps piloté le volet des arts de la rue du festival Juste pour rire, avant d'aller voler de ses propres ailes en Europe en 2002.

Après avoir mis la main au défilé quotidien d'EuroDisney aux côtés du metteur en scène Franco Dragone en Belgique, puis à l'opéra urbain Décrocher la lune, créé à La Louvière, Danielle Roy rentre au bercail avec la conviction qu'un grand rendez-vous proprement montréalais doit naître et réussit à convaincre les officines municipales d'investir dans cette tradition.

Délire culturel en sept tableaux

Parrainé par le sculpteur Michel Goulet, le chanteur Robert Charlebois, l'architecte Pierre Thibault, la danseuse Margie Gillis, la metteure en scène Lorraine Pintal, le peintre Xïlon et le cinéaste Pierre-Paul Savoie, ce défilé se fera le chantre de la musique, du théâtre, de la poésie, de la sculpture, du cinéma, de la peinture et de l'architecture dans sept tableaux brodant sur le thème du baiser.

«Nous sommes arrivés à la référence universelle en théâtre qui est le baiser de Roméo et Juliette. Le conflit entre les familles s'est transformé en guerre entre deux clans, qui symbolise les guerres actuelles», explique Frédérick Teyssier, l'auteur de ce tableau théâtral mouvant où s'affronteront des jeunes guerriers, des chars d'assaut faits de bidons d'essence, un canon et un immense soleil de métal, qui inspirera à Roméo la célèbre strophe «Voici l'Orient et Juliette est son soleil».

Exécuté par le peintre-graffiteur Xïlon, le tableau sur la peinture sera un rappel des conflits qui ont ébranlé Montréal-Nord et réunira des rappeurs du quartier et une voiture de police arborant graffiti et bisous. «On veut transformer l'image d'un événement négatif en image positive», soutient Danielle Roy.

L'architecte Pierre Thibault, qui vient de dessiner le TAZ, haut lieu du sport extrême du quartier Saint-Michel, a quant à lui imaginé des panneaux mobiles que des accros du rollerblade, du vélo BMX et des danseurs hip-hop sur échasses manipuleront pour former des structures démontables. «Il s'agit d'architecture vivante, car tout sera sur roues. Des habitués du TAZ vont créer, puis détruire ses structures dans un esprit qui convient parfaitement aux sports extrêmes», explique Janet McNulty, cofondatrice du TAZ et responsable du tableau.

Même esprit mobile pour le tableau musical de Robert Charlebois, où des guitaristes ambulants entonneront «I am a frog», et pour celui du sculpteur Michel Goulet, composé de sculptures mobiles faites de matériaux recyclés. Des dizaines de danseurs amateurs participeront au volet danse, alors que le volet cinéma simulera un tournage en direct.

Fort de l'expertise de Louis-Philippe Dugré Thibodeau, un jeune scénographe parti faire ses classes chez Royal Deluxe, la compagnie phare du théâtre de rue en Europe, ce défilé carnavalesque pourra être vu deux fois par les Montréalais. La première fois, le 26 juillet, quand il démarrera rue Saint-Denis pour aboutir au centre-ville et servir de point d'orgue au festival Juste pour rire. Et rebelotte le 7 septembre, alors que les sept tableaux se mettront en branle à partir de lieux de diffusion différents pour converger vers la place des Festivals et lui faire la fête. Si les arts premiers ouvrent la marche, les arts technologiques la fermeront, au son des DJ et VJ créatifs de la SAT.

Reste à voir si les 1,3 million de dollars investis dans ce doublé suffiront à séduire les Montréalais et à les convaincre que ce grand rendez-vous est désormais là pour de bon.






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