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Belgique -- Des bachi-bouzouks se manifestent pour l'ouverture officielle du Musée Hergé

Le nouveau Musée Hergé, à Louvain-la-Neuve, dans la banlieue sud de Bruxelles
Le nouveau Musée Hergé, à Louvain-la-Neuve, dans la banlieue sud de Bruxelles
Bruxelles — Ah, les bachi-bouzouks! Dans la nuit de lundi à mardi, un ou des amphitryons, des mérinos mal peignés ou encore des patagons de zoulous ont balancé des ballons de peinture sur la façade du tout nouveau Musée Hergé qui, hier, a ouvert officiellement ses portes au public à Louvain-la-Neuve, dans la banlieue sud de la capitale belge.

Coup de gueule? Coup d'éclat? L'attentat artistique, non revendiqué mais bien calculé, a fait tache. «Nous ne savons pas qui a bien pu faire ça», lance avec calme Ayla Serbest, guide de l'institution qui, de toute évidence, ne veut pas alimenter la controverse entourant les premiers jours de ce tout premier lieu de mémoire consacré au père de Tintin.

Cette controverse a connu son point fort la semaine dernière. Des journalistes ont déploré qu'on leur refuse de prendre des clichés et de filmer les salles d'exposition pour illustrer leurs reportages. Une intransigeance abjecte, ont-ils dénoncé, qui démontre une fois de plus, selon eux, la surprotection et la surexploitation commerciale de l'oeuvre d'Hergé par ses descendants. «C'est lamentable, lance Didier Rochette, un spécialiste de la bédé franco-belge rencontré dans les rues de Bruxelles. Moi, ce musée, je ne veux pas y mettre les pieds.»

Il n'est sans doute pas le seul. Hier matin, la foule ne se bousculait pas en effet au portillon de l'institution qui, après deux ans de travaux, a reçu ses tout premiers visiteurs, à 40 minutes de route du centre de la capitale. Les héritiers d'Hergé rêvent d'en voir passer 200 000 par an dans ce bâtiment débordant de lumière, un prisme allongé semblant flotter sur une forêt. Ce vaisseau amiral du 9e art a été imaginé par le «starchitecte» français Christian de Portzamparc.

«Ça va commencer doucement», lance Fanny Vlamynck-Rodwell, la veuve d'Hergé, rencontrée à l'entrée du musée en compagnie de son chien, Ari — le seul, avec Milou, autorisé à pénétrer dans cette structure monumentale. «Nous sommes mardi. Samedi, il devrait y avoir plus de monde.»

L'ex-coloriste d'Hergé, tout comme son nouveau mari, le jeune et dynamique Nick Rodwell qui désormais encadre, avec passion et main de fer, l'héritage du célèbre dessinateur, estiment d'ailleurs avoir mis le paquet pour satisfaire, avec ce musée, les fidèles de George Rémi et de son oeuvre.

Dans huit salles réparties sur trois étages, l'établissement retrace par l'entremise de centaines de planches originales, d'objets, de films, de croquis et de crayonnés uniques la construction de l'univers d'Hergé. De Totor, à Jo, Zette et Jocko, en passant par Quick et Flupke, Popol et Virginie, et bien sûr Tintin qui, sans surprise, occupe une grande superficie dans ce bâtiment savamment installé au 26, rue du Labrador, à Louvain-la-Neuve.

Tonnerre de Brest! Mais c'est bien sûr: l'adresse n'a rien d'une coïncidence. C'est à cet endroit, dans le monde fictif dessiné par Hergé, que Tintin avait son appartement. Jusqu'à l'épisode d'Au pays de l'or noir, s'entend.

Cette balade au temps du pétrole s'y dévoile d'ailleurs par bribes, dans ce musée construit en modules reliés par des passerelles de verre qui donnent très vite l'impression de passer d'une case à une autre, un peu comme dans la tête d'Hergé. Ici pour contempler la première édition des Cigares des Pharaons, là pour s'émouvoir devant le crayonné de la planche 55 de Coke en stock, ou pour découvrir l'énigmatique Tintin et le Thermozéro et les esquisses de couvertures du Vol 714 pour Sydney.

Cette relecture de la vie du géniteur de la ligne claire, l'homme qui a érigé véritablement la bande dessinée au rang de neuvième art, passe également par une série de photos personnelles, de films, d'affiches publicitaires qu'il a créés dans les années 1930 dans son studio du 11, boulevard Bisschoffsheim à Bruxelles. Il y a aussi des photos de magazines d'époque dans lesquels il allait chercher l'inspiration pour dessiner une voiture, une rue, un avion, des éditions du Journal de Tintin et ce drôle de cliché de l'abbé Wallez rigolant devant un mur en ruine et qui, avec son toupet de cheveux, donne des airs de déjà-vu.

Détails à corriger

«Ça a été un travail d'archivage et de mise en scène incroyable, lance la Montréalaise Louise Cliche qui, depuis 13 ans, bosse au Studio Graphique de l'empire Tintin et qui a activement participé à la création de ce musée. Il y a encore des petites choses à ajuster, mais nous sommes contents de ce que nous avons fait: c'est un hommage extraordinaire que nous rendons à Hergé.»

Fort pour expliquer les influences d'Hergé, fort aussi pour faire résonner les éloges qu'Andy Warhol ou que Michel Serres lui ont servis — ce dernier a dit du grand Belge qu'il a «élevé la bédé à la dignité d'un art, d'un style, d'une philosophie» —, l'endroit souffre en effet du peu de mise en perspectives des artefacts, exposés sèchement, avec des descriptions souvent laconiques, même pour les planches et les crayonnés pourtant uniques placés sous les yeux des visiteurs.

«Ce sont des détails que nous allons corriger», assure Laurent de Froberville, directeur d'un musée qui hier sentait encore la peinture fraîche, le tapis industriel neuf et l'ouverture hâtive.

Des détails, oui, mais qui ont peut-être incité un groupuscule à s'attaquer à la façade de l'institution avec de la peinture. Qui sait? Pour protester contre les quelques faiblesses de la mise en scène, mais aussi pour réclamer que Haddock, le personnage préféré d'Hergé, trouve une plus grande place dans cette exposition?

Peut-être. Mais Nick Rodwell, d'ordinaire avare de commentaires, voit ça autrement: «Ce sont juste des cons! Vous pouvez l'écrire, lance-t-il. Ils ne comprennent pas notre travail de protection et de promotion de l'oeuvre d'Hergé. C'est parce que nous avons protégé ce patrimoine qu'il nous est possible d'offrir aujourd'hui aux gens ce musée.» Un cadeau qui a coûté 23 millions de dollars à bâtir et que l'amateur de bulles, le fidèle d'Hergé, l'amoureux de Tintin et même l'admirateur de Tim l'écureuil du Far West ou de Flup, Nénesse, Poussette et Cochonet — des acteurs secondaires dans l'univers du bédéiste —, peuvent se payer. Contre 14 $ et une bonne petite trotte, en train ou voiture, depuis le centre-ville de Bruxelles.

Notre journaliste a séjourné à Bruxelles à l'invitation de l'Office de promotion du tourisme Wallonie-Bruxelles et Air France.
 
 
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