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Patrimoine - Habitat 67 est fait monument historique

La ministre de la Culture, Christine St-Pierre, a annoncé hier que l’extérieur d’Habitat 67 et l’intérieur des unités 1011 et 1012, propriétés de l’architecte concepteur Moshe Safdie (à gauche), seraient classés monument historique en ver
Photo : Jacques Grenier
La ministre de la Culture, Christine St-Pierre, a annoncé hier que l’extérieur d’Habitat 67 et l’intérieur des unités 1011 et 1012, propriétés de l’architecte concepteur Moshe Safdie (à gauche), seraient classés monument historique en ver
La protection des fleurons montréalais de l'architecture des glorieuses années 1960 commence à prendre forme. La ministre de la Culture a confirmé hier le classement du complexe Habitat 67, en présence de l'architecte Moshe Safdie, concepteur, à 25 ans, du célèbre ensemble modulaire.

Par ailleurs, mardi soir prochain, le Conseil du patrimoine de Montréal tiendra une consultation publique sur la proposition de la Ville de citer, à titre de monument historique, la station-service de l'île des Soeurs. Cet autre monument moderne a été construit en 1967-68 selon les plans de Ludwig Mies van der Rohe.

«Habitat 67 détient une valeur architecturale indéniable et jouit d'une reconnaissance internationale, a commenté la ministre de la Culture, Christine St-Pierre. Il s'agit d'un concept révolutionnaire qui a influencé l'architecture moderne mondiale.»

La cérémonie se déroulait dans les unités 1011 et 1012, toujours propriété de l'architecte Moshe Safdie. Ces deux espaces intérieurs sont directement visés par le classement, en même temps que toute l'enveloppe extérieure du complexe. Par contre, le lieu ne bénéficie pas d'une aire de protection, une décision que la ministre a justifiée en pointant vers l'impossibilité physique de bâtir dans l'immédiat d'Habitat 67, ceinturé d'eau et d'un parc municipal.

M. Safdie s'est dit «très touché et très honoré» par la décision. Il a même ajouté qu'il s'agissait du moment le plus émouvant de sa vie.

Il a également dévoilé son souhait d'ouvrir l'espace classé au public. «Mon intention est de donner cet appartement au domaine public afin que tous puissent le visiter, que les étudiants puissent l'examiner, a dit l'architecte. Je tâcherai donc maintenant de trouver l'instance appropriée qui fera de ce logement un endroit public.»

Ouvert au public

Le Centre canadien d'architecture a été en pourparlers pendant un temps avec M. Safdie pour acquérir les deux espaces et les offrir au public. «On aurait beaucoup aimé le faire, mais on n'a pas été capables d'aboutir à une formule pour y arriver», a confié au Devoir Phyllis Lambert, fondatrice du Centre canadien d'architecture, interviewée sur place.

«En arrivant ce matin [hier], j'étais époustouflée encore une fois par la qualité de ce complexe, a ajouté Mme Lambert. Il a marqué l'imaginaire et il est très important dans l'histoire de l'architecture moderne.»

Les analyses se poursuivent, notamment au sein de l'Association des propriétaires, dans le but de trouver une formule légale et financière qui permettra d'exploiter adéquatement les espaces. L'idée est de les restaurer parfaitement (ils sont déjà en très bon état et ont conservé tous leurs éléments originaux ou presque, y compris le frigo et la cuisinière) et de les ouvrir aux visites payantes.

Le complexe attire déjà des centaines de visiteurs par année. Un ancien copropriétaire d'Habitat 67, promoteur du dossier de classement depuis des années, donnait en modèle La Pedredra de l'architecte Gaudi à Barcelone. Le chef-d'oeuvre est encore habité par des Barcelonais, mais un des appartements reçoit des milliers de visiteurs par année.

Moshe Safdie a expliqué hier avoir conçu sa structure pour un projet de fin d'études à l'Université McGill en jouant avec des blocs Lego, dont les briques se popularisaient. L'ensemble compte 354 unités préfabriquées agencées pour former 158 appartements d'un ou deux étages, d'une à quatre chambres. Les appartements sont regroupés en trois pyramides. À l'origine, la construction phare d'Expo 67 devait être beaucoup plus vaste. Les promoteurs ont manqué de temps pour terminer le chantier.

L'architecte a expliqué que ce projet était organisé autour de trois principes forts: la préfabrication; la qualité de vie (chaque espace a son jardin); et la jonction entre la ville et le fleuve. Qu'en reste-t-il maintenant? «Le complexe a eu des influences, mais on ne voit pas d'Habitat à Singapour, Hongkong ou São Paulo, dit M. Safdie. Je crois que l'idée d'Habitat, comme espace à habiter, est encore porteuse d'avenir. On le voit avec les préoccupations environnementales et le fait que de jeunes architectes se tournent vers ce complexe.»

Point de repère

La station-service de Mies van der Rohe est également citée dans de nombreuses anthologies de l'architecture moderne. «La qualité des détails architecturaux témoigne du raffinement et du soin que l'architecte a apportés au projet», dit le document de la Ville annonçant l'étude publique du Conseil du patrimoine. «De plus, son implantation moderne ainsi que l'aménagement paysager de qualité de son site constituent un pont de repère dans l'île des Soeurs.» La station n'est plus exploitée par Esso et a fermé ses portes l'automne dernier.

La citation et le classement constituent les deux mécaniques légales de protection patrimoniale de la Ville et de Québec. Le classement a beaucoup plus d'impact. Il donne droit à une aide allant jusqu'à 40 % du coût des travaux. L'enveloppe de ciment d'Habitat a besoin d'être restaurée. Environ cinq millions devront être investis à moyen terme pour remettre la structure en état.

Finalement, l'École de design de l'UQAM organise le 4 avril prochain une visite du complexe. Le départ en autobus se fera en face du pavillon de Design au 1440, rue Sanguinet, à 10h30. On se renseigne sur etudier.uqam.ca.
 
 
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  • camelot
    Inscrit
    samedi 28 mars 2009 12h12
    Chef d'oeuvre d'ingéniosité
    Le plan de départ de la conception d'Habitat 67, était d'aménager le plus de résidences possibles dans le plus petit espace disponible tout en préservant au maximum l'intimité des occupants. On peut dire "mission accomplie" à ce chapitre. Il est étrange que Mme St-Pierre affirme qu'il soit impossible de construire dans son entourage, puisque ce projet comportait deux ensembles semblables à l'origine. Un seul a été construit. Il est à se demander pourquoi cette conception excellente n'ait pas inspiré d'autres architectes, plutôt que de faire et refaire les sempiternels cubes.

    Monsieur Safdie a fait ses études à McGill. Il a conçu cet édifice è l'âge de 21 ans. Il est toujours résident d'Habitat 67. Comment se fait-il qu'après tout ce temps, un individu dont la culture et l'ouverture n'est plus à démontrer, ne parle pas un seul mot de français ?

    Jean-Marie Francoeur

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