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    Faut-il bétonner la montagne pour protéger le patrimoine?

    23 mars 2009 | Pierre Simonet - Vice-recteur à la planification, Université de Montréal | Actualités culturelles
    Dans une lettre d'opinion publiée le 9 mars dernier, le professeur à la retraite Jean-Claude Marsan demandait que l'Université de Montréal renonce à la vente du 1420, Mont-Royal pour densifier son campus. Il profitait aussi de l'occasion pour décrier une fois de plus le projet d'expansion de l'UdeM sur le site de la gare de triage d'Outremont. Sa lecture de la situation de l'UdeM comporte un certain nombre d'erreurs factuelles qu'il convient de corriger d'autant qu'elles étayent alors une analyse plus idéologique que raisonnée.

    M. Marsan affiche une très étrange conception du développement durable pour le mont Royal lorsqu'il affirme qu'il «reste encore une quantité substantielle d'espace pour absorber sur le campus actuel les faibles besoins d'expansion à venir, soit quelque 100 000 m2 nets d'espaces de plancher en incluant ceux du pavillon 1420 Mont-Royal (30 000 m2)». Tout d'abord, les besoins d'espace de l'UdeM sont loin d'être faibles puisque le déficit d'espace normé déjà reconnu par le Ministère de l'Éducation représente la surface des trois derniers pavillons bâtis par l'Université. Ensuite, la superficie de l'ancienne maison-mère des Soeurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie n'est pas de 30 000, mais bien de 21 800 m2 nets. Enfin, pour disposer d'une superficie équivalant à 100 000 m2 nets, tout en conservant le 1420, Mont-Royal au sein de notre campus, il faudrait encore construire sur le mont Royal plus que l'équivalent de tous les pavillons qui ont été bâtis sur le campus dans la dernière décennie, selon l'entente-cadre de 1996 avec la Ville, à savoir les pavillons Jean-Coutu, Marcelle-Coutu, Lassonde, J. Armand-Bombardier et le centre d'aérospatiale du CNRC réunis!

    Bien que M. Marsan invite l'Université à ne pas «considérer chaque arbre comme un obstacle», il reste que la construction d'autant d'édifices supplémentaires sur le mont Royal serait parfaitement inacceptable. Où diable trouverait-on autant d'espace sur notre campus? En rasant le boisé qui longe le boulevard Édouard-Montpetit? En expropriant nos voisins immédiats qui ont établi leur résidence près de notre campus? En démolissant des édifices situés à l'intérieur de l'arrondissement naturel et historique? Sur le sommet nord où nous espérons, en collaboration avec la Ville et le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, créer un nouveau parc accessible à la population? M. Marsan ne le précise pas, mais il est clair que la densification qu'il souhaite ne pourrait être réalisée qu'en bétonnant la montagne.

    La création de l'arrondissement naturel et historique du mont Royal, en 2005, n'avait sans doute pas pour but d'empêcher tout développement des institutions logées sur le mont Royal, mais elle ne permettrait d'aucune façon de réaliser l'urbanisation accrue et la densification du bâti sur le flanc nord de la montagne comme le souhaite M. Marsan.

    L'Université de Montréal a, au cours des deux dernières années, procédé à un vaste exercice de consultation au sein de la communauté universitaire pour l'élaboration d'un nouveau Plan directeur des espaces. Ce plan, qui ne retient pas l'approche de densification, a fait l'objet de débats lors de deux séances à l'Assemblée universitaire, il a été approuvé fin octobre par cette instance à une très forte majorité, ce que M. Marsan semble oublier. Outre le choix de renoncer à la densification du mont Royal, une orientation en accord avec les positions défendues par Héritage Montréal et par les Amis de la Montagne, ce plan directeur mise sur la création d'un pôle pour les sciences pures sur le site de l'ancienne gare de triage d'Outremont et sur la préservation et la mise en valeur du campus principal. Par ailleurs, loin de «vider» le site de la montagne, notre Plan directeur prévoit une utilisation plus efficace des espaces dont nous disposons, notamment en y rapatriant des unités qui sont à ce jour logées dans des locaux loués partout sur l'île de Montréal à la suite de la saturation du campus actuel. L'opposition de M. Marsan au projet de l'UdeM est bien connue depuis sa campagne lors des dernières élections municipales à Outremont. Il invoque deux arguments principaux à l'encontre de notre projet: premièrement, le déclin démographique québécois et, deuxièmement, les inefficiences engendrées par la distance entre les deux pôles du campus.

    Le déclin démographique n'est pas un facteur, car, en matière d'espace, l'UdeM figure aujourd'hui parmi les plus mal loties de toutes les universités de recherche canadiennes, et le seul maintien de ses effectifs justifie pleinement une expansion. Par ailleurs, le déclin démographique touchera plus les universités en région que celles situées à Montréal et le profil particulier de l'UdeM, plus présente que toute autre université dans la formation de professionnels très recherchés — médecins, pharmaciens, dentistes, orthophonistes, optométristes, ergothérapeutes, physiothérapeutes, etc. —, fera en sorte de maintenir les effectifs étudiants. D'ailleurs, les projections faites par le Ministère de l'Éducation montrent que la population étudiante à l'Université de Montréal en 2021-22 aura la taille qu'elle présentait en 2006. Notre planification a été prudente puisqu'elle a été faite sur la base d'un effectif constant.

    Pour ce qui est de la distance entre les deux pôles de son campus, l'UdeM sera privilégiée en étant parfaitement desservie par le métro. En effet, le déplacement ne sera pas plus long pour un professeur qui souhaite aller du pavillon des sciences à Outremont jusqu'au CEPSUM, que ce ne l'est actuellement pour une étudiante d'optométrie de se rendre au bureau du registraire ou de retrouver son copain à la Faculté des sciences de l'éducation. Pour le professeur comme pour l'étudiante, le trajet sera de deux stations de métro. Rien à voir avec les campus de banlieue dont se sont dotées les universités de Toronto ou de Colombie-Britannique.

    Le projet de pavillon de sciences à Outremont s'inscrit dans une perspective d'avenir afin d'assurer au Québec la relève scientifique de qualité dont il a éminemment besoin. Ce projet permettra de redonner vie à une friche industrielle anachronique au coeur de la ville et de doter l'UdeM des locaux modernes dont elle a besoin pour poursuivre sa mission d'enseignement et de recherche en sciences. Il répondra à notre besoin le plus urgent, auquel ne pourrait jamais répondre le 1420, Mont-Royal. Il permettra aussi, de préserver réellement le patrimoine naturel du mont Royal.
     
     
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