jeudi 9 février 2012 Dernière mise à jour 16h22
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Polyphonie en couleurs

Centrum Warsaw, 2000, de Robert Walker
Centrum Warsaw, 2000, de Robert Walker
Couleurs éclatantes, formes rehaussées, compositions complexes, la photographie de Robert Walker est fortement imprégnée d'une touche picturale. L'homme peut déambuler caméra à la main depuis plus de 30 ans dans les rues des grandes villes, dont sa ville natale, Montréal, son oeuvre donne l'impression d'être vigoureusement travaillée en atelier. La rue, c'est sa toile, et il s'y promène avec un oeil de formaliste d'abord, de documentariste ensuite. Dans ses images, néanmoins très révélatrices des réalités urbaines, la forme prime sur le sujet.

Une matière inépuisable

En 17 photos, l'exposition Mediascapes à la galerie Mclure, destination de Westmount trop souvent oubliée, rend bien la grandeur du travail de Walker. Elle montre aussi comment ce coloriste passionné demeure cohérent, tout en évitant la répétition. Le Walker de 1979 et le Walker de 2009, du pareil au même? Non, bien sûr.

L'expo rassemble essentiellement des oeuvres des années 2000, dont la grande majorité sont extraites de séries tirées dans quatre villes, New York, Las Vegas, Varsovie et Montréal — un seul exemple pour cette dernière, une image allègrement trompeuse autour d'une bibliothèque imaginaire (Chantier, Bibliothèque nationale du Québec, 2002).

Sa signature très plastique ne l'empêche pas de livrer un vibrant témoignage de son époque. Une signature rigoureusement appliquée depuis que ce peintre de formation a troqué en 1975 les pinceaux pour l'appareil photographique. Élève de Lee Friedlander, Walker poursuit le travail des William Klein, ces photographes de rue qui ont marqué l'histoire de leur art. Récemment, le numéro 79 du magazine CV, sur le thème «Les couleurs de la ville», faisait de Robert Walker une des figures clés dans le domaine, aux côtés de Zoe Leonard et de Fred Herzog.

Fasciné depuis toujours par la polyphonie visuelle — et deux photos, une de 1979, une de 1990, sont là pour en témoigner —, Walker a trouvé dans l'image médiatique une matière inépuisable en lignes somptueuses et en couleurs criardes. Dans Mediascape, la scène plus que jamais chargée est dominée par des formes graphiques et la représentation de la figure humaine, des visages surtout. Mais ces textes et ces bou-ches ne disent plus rien. La polyphonie est aussi une cacophonie inaudible.

Image mirage

Walker se montre très critique envers un espace urbain où la publicité est devenue reine. Certes, le choix de s'attarder à Times Square ne surprend guère, tellement, pour un annonceur, se montrer là demeure le fantasme ultime. Reste qu'ici, et ailleurs, la pub et tout ce qui fait image, mirage, apparaissent comme des éléments naturels dans lesquels on s'abreuve sans qu'on ne s'en rende plus compte.

La pub ne fait plus rêver, semble dire Walker. Mais ses photos, elles, ont quelque chose d'irréel, avec des univers disparates réunis sur un même plan. L'ouvrier, minuscule, et une bouche géante et aguichante, une vitre translucide et le panneau Bacardi fermé sur lui-même.

Les compositions, aussi complexes soient-elles, au point de frôler dans les plus beaux cas un rendu illisible, abstrait, ne naissent pourtant qu'au hasard d'une rencontre. Rencontre dans la vraie vie, très tumultueuse, où seules les images commerciales semblent fixes.

De trompe-l'oeil en trompe-l'oeil, de scène de décor en scène de décor, Robert Walker révèle les artifices qui façonnent nos villes. Et qui fascinent. À preuve, ce leurre visuel et bien réel qu'est devenue la ville de Las Vegas et dont l'aménagement exprime tout le faux et le semblant propres à l'empire du pari. Dans Las Vegas, Egypt et autres Las Vegas, Venice (il y a quatre exemples de ces cartes postales qui poussent au Nevada), Walker montre le design urbain, uniforme d'un continent à l'autre.

De Las Vegas à Varsovie, ce sont les mêmes clichés. La différence entre le Walker d'hier et celui d'aujourd'hui a sans doute à voir avec ce monologue médiatique. L'exemple de 1979 compris dans Mediascape pointe les inégalités sociales, voire raciales; celui de 1990, la présence des multinationales.

Robert Walker, l'apatride, le citoyen du monde, partage désormais sa vie entre New York, Montréal et Varsovie. C'est lui qui a procédé à la sélection rue Victoria et on peut en déduire qu'il a ressenti le besoin de se faire honneur chez lui. C'est qu'il a peu été montré à Montréal — sauf pour le numéro de CV et une présence furtive à la galerie Roger Bellemare (avec une série florale loin de l'urbanité).

Mediascapes est, dans ce sens, une chose précieuse, mais elle traduit aussi un triste paradoxe: quand l'un des nôtres devient une figure mondiale, ici, on ne le reconnaît plus. Il est vrai que Montréal n'a pas de musée de la photo et que le Musée d'art contemporain s'ouvre peu à ce type de photographie, plus humaniste que conceptuelle.

***

Collaborateur du Devoir

***

Mediascapes

Robert Walker

Galerie McClure du Centre des arts visuels, 350, avenue Victoria, jusqu'au 28 février.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012