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L'entrevue - L'art d'emmerder l'art

Avec ses oeuvres inusitées, l'artiste belge Wim Delvoye dit jouer avec son époque

Wim Delvoye et le Cloaca no 5 exposé à la galerie de l’UQAM.
Photo : Jacques Grenier
Wim Delvoye et le Cloaca no 5 exposé à la galerie de l’UQAM.
Machine humaine, laboratoire biomédical ou métaphore capitaliste, le Cloaca de Wim Delvoye mange pour mieux déféquer. Un art cru qui énonce de grandes vérités.

Wim Delvoye arrive un journal dans une main, un Coke dans l'autre. «Oui, bien sûr, j'aime ça!», réagit-il devant notre étonnement à le voir consommer ce grand symbole du capitalisme. De l'hypercapitalisme, stade actuel du système économique avec lequel les oeuvres bien particulières de l'artiste belge semblent être en porte-à-faux. En miroir difficile à regarder, à sentir, tel ce Cloaca n° 5 bien odorant qu'expose depuis jeudi la galerie de l'UQAM.

«Je ne suis pas contre le capitalisme», dit celui qui est devenu la coqueluche de l'art contemporain en tatouant des cochons (des vrais). «Je joue avec mon époque. Je réponds vite à ce que je vois.»

Son art, que ce soit cette machine qui fabrique de la merde ou d'autres pièces scatologiques, ne repose pas sur la contestation. Oui, il pose des questions éthiques, remettant en question les dogmes artistiques, biologiques, économiques. Oui, il trafique les logos les plus célèbres (Chanel, Walt Disney, Harley-Davidson et... Coca-Cola). Mais c'est fait presque de manière enfantine.

«Critiquer? Non. Je suis comme un garçon qui prend un oiseau mort, une vieille radio, et qui l'ouvre pour essayer de comprendre comment ça fonctionne. C'est plutôt ça, un garçon irresponsable.»

Irresponsable, irrévérencieux et pour plusieurs «vieille merde», selon un message laissé dans la boîte vocale de Louise Déry, directrice de la galerie. Et il réussit à se faire inviter à toutes les biennales du monde. Pourtant, Wim Delvoye demeure calme et humble, surpris d'être une vedette internationale.

Né en 1965 en Flandre-Occidentale, une terre fertile en artistes (Jan Fabre, Panamarenko, Luc Tuymans...), Delvoye apprécie cette liberté que lui procure le fait de travailler à Gand, de vivre dans un petit pays. «Quand un artiste londonien pète, tout le monde le sait. Moi, je ne sens pas la pression. C'est comme chez vous David Cronenberg. S'il était Américain, il serait plus connu, mais moins bon», dit-il sérieusement.

L'inévitable fin

Il est quand même drôle, ce type, derrière ses lunettes carrées et son incessant hochement de tête. Un humour dosé couvant un propos plus profond. «Quand j'ai présenté le premier Cloaca [en 2000, à Anvers], les gens ont cru que je faisais une bonne blague. Ce n'est qu'après trois machines qu'on m'a pris au sérieux.»

Cloaca n° 5, comme le Chanel qui a soufflé le titre à l'artiste, est la version unique d'un produit élaboré dans le même laboratoire que les précédents. Il y en a eu de très grandes, il y en aura une portable, et celle-ci est la plus verticale. Mais toutes reproduisent la machine humaine avec les bouche, estomac, pancréas, intestin et anus qui composent le système digestif.

C'est en jonglant avec «l'idée d'une machine inutile, bonne à rien», qu'il dit être arrivé à cette série d'installations cloaques. Vinci et les cartoons l'en ont inspiré, plus en tout cas qu'un Piero Manzoni et sa Merde d'artiste, trop conceptuel et fétichiste. Mais c'est surtout pour se distinguer de ses contemporains, «pris en otages» avec les questions d'identité, qu'il a voulu faire quelque chose d'universel, d'intemporel et de commun à tous, «comme la merde».

Loin de prétendre au génie artistique, Wim Delvoye admet volontiers ne pas apprécier l'art, trop élitiste, et préfère s'abreuver de tout, autant du premier Diderot que du journal étudiant qu'il tripote. Les Cloaca, qui naissent du savoir-faire de plombiers et d'électriciens davantage que de théories scientifiques, n'énoncent pas moins de grandes vérités, dont l'une, celle de l'inévitable fin, la mort, que la science le veuille ou non.

«Mon équipe est composée de techniciens, pas de savants», dit-il.

La machine, malgré son apparence sophistiquée avec ses tuyaux et ses éprouvettes bien ficelés sous des programmes informatisés, ne sort pas d'un laboratoire médical. Un examen minutieux révèle son squelette bancal, un système organique peut-être pas si bancal, mais chimérique. Cloaca demeure pourtant très réaliste, avec sa matière fécale bien concrète au bout de son rectum métallique. Le jour où tout notre corps fonctionnera à l'aide d'ordinateurs n'est peut-être pas si loin.

Wim Delvoye met le doigt sur de si grandes vérités que, lorsqu'il est arrivé en 2002 à New York, avec sa Cloaca New and Improved (la version numéro 3), il lui a fallu démontrer la portée fictive de son oeuvre, son inutilité. C'était l'époque de l'anthrax et des suites de la phobie d'un deuxième 11-Septembre.

«Depuis [l'épisode new-yorkais], je dois faire la preuve que je travaille à partir de Google, que je ne le fais pas avec des universitaires. La grande angoisse au sujet de l'anthrax a fait croire qu'une machine biologique pouvait être dangereuse si elle était faite avec des savants.»

Et non, Wim Devoye n'est pas un terroriste. Juste un enfant irresponsable qui fabrique des engins inutiles. Et qui font parler d'eux.

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  • André Lavoie
    Inscrit
    lundi 19 janvier 2009 06h44
    Aux chiots
    Aux chiots Devoye.
    Le Devoir fait un article la'dessus!!!
    N'importe quoi!!! Non pire.

  • Jean-Pierre Le Grand
    Inscrit
    lundi 19 janvier 2009 10h09
    Liberté de l'art
    Comme la mort, la merde fait partie de notre vie, qu'on le veuille ou non. Une oeuvre qui se penche sur cette réalité présente entre autres l'intérêt d'agir comme un révélateur de nos blocages et de nos répulsions devant ce qui n'est, après tout, rien d'autre que que la nature. Certaines images de l'actualité ne sont-elles pas mille fois plus dégoutantes que la simple idée d'une machine à déjections ?

  • Jérémie Giles
    Abonné
    lundi 19 janvier 2009 10h26
    Encore devancé par derrière
    Merde alors ! moi qui voulais lancer ma machine à PIPI

  • Yvon Roy
    Abonnée
    lundi 19 janvier 2009 10h37
    freudisme
    Très intéressante régression freudienne que cette bébélle postmoderne finalement. N'oubliez pas vos kleenex....

  • Jérémie Giles
    Abonné
    lundi 19 janvier 2009 11h00
    Merde alors !
    Et moi qui travaillais sur la fabrication de ma MACHINE À PIPI-------Une fois de plus je me suis fait devancé par derrière ! Merde Alors !
    Jérémie Giles
    gilesartplus@sympatico.ca

  • Éric Daudelin
    Abonné
    lundi 19 janvier 2009 11h40
    Merde alors!
    Contrairement à ce que dit M. Lavoie, Le Devoir fait bien son travail en nous faisant part de ce qui nous entoure. C'est le contraire qui serait décevant. L'article reste très sobre, à mon avis. Malheureusement, on passe trop souvent sous silence de très bonnes expositions qu'on aimerait aller visiter si on en avait entendu parler.

    Je n'ai pas vu la machine à déféquer, mais elle a été bien couverte sur plusieurs tribunes.
    Bien sûr, il est toujours plus intéressant pour les médias de parler de choses provocantes. Jusqu'où ira-t-on pour provoquer et être couvert par la presse ?
    Je n'ai rien contre le fait que Monsieur Delvoye s'amuse à construire une machine qui copie le système digestif. J'y vois même une sorte de prouesse technique qu'il aurait été intéressant d'exhiber au Centre des sciences de Montréal. En aurait-on moins parlé ?

    Une galerie ou un musée sont-ils des endroits les mieux appropriés pour exposer de tels projets? Les diffuseurs d'oeuvres jouent ainsi le jeu du marché de l'art international, des grandes maisons d'encan européennes et des grands collectionneurs corporatifs de la planète. Qui connaîtrait Orlan, si le système ne l'avait pas fait connaître ?

    Je n'arrive pas à savoir si Wim Delvoye se prend pour un artiste. Mais chose certaine, en exposant ses machines dans une galerie ou un musée, ces derniers lui confèrent automatiquement un statut d'artiste.
    Admettons qu'il ne se prenne pas pour un artiste, reste qu'il a trouvé une très bonne façon de faire parler de lui, et ça marche. Pour ceux qui contestent cette couverture médiatique, rassurez-vous, il y a des façons beaucoup plus graves de faire parler de soi. On peut par exemple tirer sur des étudiants avec une arme à feu. Hélas, le jour n'est peut-être pas loin où ce genre d'acte sera considéré comme une installation artistique.

    Aurions-nous oublié la morale du conte d'Andersen, Les habits neufs de l'empereur ?

  • Yvon Montoya
    Abonné
    lundi 19 janvier 2009 16h58
    CUL-ture.
    Il fait comme l'hebdo le ICI, de la CUL-ture. C,est branché, nouveau genre, aveuglant et les tous de nez, pollution comme notre planète. Un résultat dirait dans ce cas Hegel. Quoique en y pensant de près il plagie la très belle étude de Karl Rosenkranz avec son "Esthétique du laid" paru en 1853, 4 ans avant Les fleurs du Mal de notre Charles national mais pour les français seulement. Il est en retard le monsieur. Il faut dire que l'étude est plus subtile que ça, on n'est pas au marché après la fermeture tout de même.

  • Brun Bernard
    Inscrit
    lundi 19 janvier 2009 17h34
    Belge comme...
    ...le chocolat? Ils ont aussi des machines pour leurs crottes au chocolat alors? Ce n'est que la continuité d'une entreprise en plein fléau pour cause de mondialisation et pénurie de graines de chocolat. Voilà une bonne idée de recyclage par les temps qui courent. Il faut être belge, c'est tout.

  • Mathieu Bélisle
    Abonné
    lundi 19 janvier 2009 19h15
    Vive la marde!
    Quand le monde saura rire de sa marde il vivra d'amour. En attendant il perd son temps à être offusqué du fruit de ses entraille. Ces machines à marde sont plus des machines humoristiques que des oeuvres d'art. Le pape aussi chit, le pape aussi pet! ÉTRON RULZ!

  • Michaël Lachance
    Inscrit
    lundi 19 janvier 2009 22h25
    Puritanisme primaire
    Comment Monsieur Pagé pouvez-vous entretenir de pareils préjugés quant au choix d'exposer le travail de M. Delvoye à la galerie de L'UQAM ? Êtes-vous simplement pudique ?

    Ni voyez-vous pas un second niveau de lecture ? Il serait bête d'arrêter votre opinion - d'une exposition que vous n'avez évidemment pas vue ! - sur le simple mépris du sujet abordé ! Votre commentaire est méprisant pour les institutions universitaires, en l'occurrence l'UQAM. Non seulement la liberté d'expression artistique est donnée à tous, mais la juger, c'est déjà lui accorder encore plus d'importance.

    Votre commentaire est malheureusement naïf !

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