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L'art difficile du courtisan culturel

De nombreuses manifestations ont eu lieu au Québec pendant la dernière campagne électorale fédérale pour dénoncer les coupes du gouvernement Harper en matière de culture. Photo: Yan Doublet, Le Devoir
De nombreuses manifestations ont eu lieu au Québec pendant la dernière campagne électorale fédérale pour dénoncer les coupes du gouvernement Harper en matière de culture. Photo: Yan Doublet, Le Devoir
L'homme de cour cherche à plaire au prince pour lui arracher des faveurs. Dans son essai bicentenaire L'Art de ramper, le très fin baron d'Holbach notait déjà que le coeur du courtisan est «moitié de fer et moitié de boue». Car ce drôle d'animal doit savoir être «tantôt insolent et tantôt bas; tantôt de l'avarice la plus sordide et de l'avidité la plus insatiable, tantôt de la plus extrême prodigalité; tantôt de l'audace la plus décidée, tantôt de la plus honteuse lâcheté; tantôt de l'arrogance la plus impertinente et tantôt de la politesse la plus étudiée».

Laquelle des deux attitudes, la molle ou la dure, adopte Joseph R. Rotman, nouveau président du Conseil des arts du Canada (CAC), à ce titre courtisan culturel en chef au pays? Comment s'y prend-il pour amadouer la cour conservatrice, réputée idéologiquement hostile à l'État culturel? Quelle moitié de lui-même, de fer ou de boue, entend-il activer dans les prochaines semaines cruciales pour la préparation d'un nouveau budget du prince fédéral?

«Je ne crois pas à la pression, je crois à la conviction, explique le président Rotman en entrevue téléphonique avec Le Devoir. Je crois en la puissance de nos arguments sur l'importance de la culture dans notre société pour convaincre ceux qui distribuent des ressources précaires, particulièrement dans des temps difficiles.»

L'homme d'affaires et mécène Joseph R. Rotman, nommé à la tête du Conseil pour cinq ans, remplace la danseuse étoile Karen Kain et une longue lignée d'artistes, dont le comédien Jean-Louis Roux. Traditionnellement, le directeur administre le CAC (il s'agit maintenant de Robert Sirman), tandis que le président et le conseil d'administration s'occupent des représentations politiques de l'organisme indépendant, situé à «un bras de distance» des pressions du cabinet, comme le veut la tradition britannique. «Le rôle du président est de faire comprendre l'importance de la culture pour le pays, résume son titulaire. Dans cette perspective, le Conseil des arts doit être vu comme le plus fort et le meilleur allié de la communauté artistique canadienne.»

Bras de distance et bras d'honneur

Originaire de Toronto, le septuagénaire J. R. Rotman a fait fortune avec une société d'investissement, mais aussi en fondant des entreprises dans le secteur de l'exploitation gazière et de la distribution de pétrole. Sa nomination au CAC s'expliquerait par ses nombreuses activités philanthropiques. Il a fourni 18 millions de dollars pour la construction de la Rotman School of Management de l'Université de Toronto et quatre autres millions pour la création du Joseph L. Rotman Institute of Science and Values du département de philosophie de l'université Western.

Il a pris ses nouvelles fonctions artistico-politiques début août, alors que la ministre Josée Verner dévoilait l'intention de son gouvernement d'anéantir plusieurs programmes de soutien aux arts, en formation comme en diffusion. La décision a nui aux conservateurs pendant la dernière campagne électorale, surtout au Québec.

Depuis, d'autres organismes, d'autres courtisans, ont adopté une attitude musclée, critique, voire guerrière. Leur bras de distance du gouvernement est devenu une sorte de bras d'honneur. Après avoir organisé la rébellion ouverte pendant les élections, les plus «insolents», les plus «impertinents» ont profité des derniers jours pour appuyer ouvertement la formation d'un gouvernement de coalition bicéphale (NPD-PLC) et tripartite (avec le Bloc). L'Union des artistes, le plus important syndicat culturel au Québec, parmi d'autres, a opté pour ce camp dans un communiqué diffusé le 3 décembre.

«Nous sommes chanceux de vivre dans une démocratie où chacun peut prendre position, commente le président Rotman. Mais tout le monde n'a pas à être d'accord. Je crois beaucoup aux débats. Par contre, je ne crois pas que le gouvernement ne soutienne pas les arts, la preuve étant ce qu'il a fourni financièrement [au CAC]. Nous devons en quelque sorte les conforter dans l'idée que ce soutien à la culture profite au pays à un moment où les politiciens sont bombardés de requêtes de l'industrie forestière, des constructeurs automobiles ou des milieux de l'éducation.»

La direction du CAC rencontrait hier le bon peuple pour présenter son rapport annuel et ses orientations fondamentales, une nouvelle exigence pour les organismes autonomes du pays. En 2007-08, le Conseil a versé près de 7000 subventions totalisant 165 millions de dollars sur un budget de 205 millions.

Plusieurs groupes de pression du pays réclament de faire passer cette enveloppe à 300 millions, comme voulait le faire le gouvernement de Paul Martin avant de perdre les avant-dernières élections. Les conservateurs ont consenti une rallonge de 25 millions.

Le président Rotman et son équipe refusent de chiffrer les demandes qu'ils entendent défendre d'ici le dépôt du budget attendu fin janvier. «Je suis en affaires depuis 50 ans et je n'ai jamais connu de situation de crise semblable, dit-il plutôt. Nous allons traverser des temps très durs qui vont perdurer. On ne pourra les traverser qu'en faisant preuve de force, de courage et d'imagination.»

Son vice-président enchaîne alors en demandant de ne pas voir dans cette lecture enténébrée craintive une sombre stratégie de préparation au pire. «Nous voulons rassurer notre propre secteur», dit Simon Brault, infatigable défenseur des arts au pays, qui préside aussi le groupe de pression Culture Montréal tout en administrant l'École nationale de théâtre du Canada. «Nous sommes là pour soutenir notre secteur, nous sommes là pour rappeler au gouvernement l'importance de l'investissement public dans les arts et la culture, particulièrement en temps de ralentissement économique et de crise. Le nouveau ministre du Patrimoine, James Moore, consulte beaucoup en ce moment et nous exposons nos solutions en tant que secteur profitable à tout point de vue.»

Le président, le vice-président et leurs alliés courtisans pourront encore puiser quelques conseils dans L'Art de ramper. Le bon baron d'Holbach écrit encore que «l'objet essentiel de l'étude du courtisan est de se mettre au fait des passions et des vices de son maître, afin d'être à portée de le saisir par son faible: il est pour lors assuré d'avoir la clef de son coeur».

Le philosophe mise sur quelques caractères essentiels, la dévotion, l'orgueil ou la colère par exemple. «Si c'est un sot, on ne risque rien à lui prodiguer les flatteries mêmes qu'il est le plus loin de mériter, conclut-il. Mais si par hasard il avait de l'esprit ou du bon sens, ce qui est assez rarement à craindre, il y aurait quelques ménagements à prendre...»






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  • Yvon Roy
    Abonnée
    jeudi 11 décembre 2008 00h32
    $$$
    « La clef du coeur de Harper se termine par un $.
    Bien malin qui pourra la lui changer. »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    jeudi 11 décembre 2008 06h06
    L'art de ramper: un livre de chevet pour...
    « L'art de ramper m'apparaît être un excellent livre de chevet pour les libéraux. J'ai l'impression que notre bon Premier Ministre canadien qui est d'une remarquable culture va probablement l'offrir en cadeau de Noël à ses amis de l'opposition libérale. Ce serait une preuve de sa remarquable (sic) culture. Fasciné par le titre, il serait incapable de constater que cet outil pourrait être utilisé contre lui.

    Stephen Harper possède l'art de convaincre les oppositions. Il sait les faire ramper. Il demande gros, recule un peu, les laisse ramper et rebondit pour finir ce qu'il projetait d'accomplir. L'art de faire ramper l'opposition.

    Ignatieff lira-t-il l'art de ramper?
    Si cet essai ne datait pas des siècles passés, on croirait que l'auteur se soit inspiré de notre mollusque disparu (Monsieur Dion) pour parvenir à déduire qu'un "rampeur" «intelligent» pourrait parvenir à ses fins (ce qui n'est malheureusement pas le cas de notre ex-chef de l'opposition).

    Pour ce qui est de M. Rotman, il possède peut-être l'art de dire sans trop faire. Il sera alors un allier au prince qui est un peu beaucoup pingre pour les arts.

    «Le président Rotman et son équipe refusent de chiffrer les demandes qu'ils entendent défendre d'ici le dépôt du budget attendu fin janvier. «Je suis en affaires depuis 50 ans et je n'ai jamais connu de situation de crise semblable, dit-il plutôt. Nous allons traverser des temps très durs qui vont perdurer. On ne pourra les traverser qu'en faisant preuve de force, de courage et d'imagination.»

    Par cette déclaration, on peut s'attendre que «la crise» justifie le courage et «l'imagination».
    Ce qui veut implicitement dire qu'il ne faut pas s'attendre à des demandes de gros budgets, "crise oblige"!

    La crise!
    Bien utile, la crise.
    Quelle soit réelle ou virtuelle, elle est très utile, "la crise".
    Il faut se souvenir du martèlement de Jean Charest: "Tempête économique".
    On peut alors tout justifier dans un cas de tempête. Une situation "exceptionnelle" qui nous offre des occasions "exceptionnelles" de faire passer tout ce que l'on veut en le justifiant par la tourmente.

    Regarder les mises à pied spectaculaires. Comment ces entreprises capitalistes qui voulaient utiliser la technologie au maximum, pouvaient mettre à la porte ces employés sans cette "crise" utile?

    Utile, la "crise".
    On pourrait parler de la main invisible du marché, de la loi de l'offre et de la demande...
    Nos experts pourraient nous "expliquer" que le prix du baril est... parce que la demande est terrible! Et parce que l'OPEP diminue sa production.
    Bien utile, la crise pour réduire le budget des arts. Ces artistes miteux qui, parfois, ont le malheur de faire réfléchir les gens!

    Bien utile, la crise pour rendre le pétrole à 45 $ le baril et tenter de faire mourir ces "régimes" dissidents et qui utilisent l'argent de l'or noir pour leur population au détriment des intérêts du pouvoir oligarchique.

    À la sombre déclaration de M. Rotman s'ajoute Simon Brault, le vice-président qui dit «de ne pas voir dans cette lecture enténébrée craintive une sombre stratégie de préparation au pire. «Nous voulons rassurer notre propre secteur», dit-il!

    Cet infatigable défenseur des arts au pays, a un discours bien politique!
    «Nous sommes là pour soutenir notre secteur, nous sommes là pour rappeler au gouvernement l'importance de l'investissement public dans les arts et la culture, particulièrement en temps de ralentissement économique et de crise...»

    Le propre du politicien est de discourir. En politique, les mots comptent plus que les gestes. On peut vous retirer vos droits, mais si on dit en même temps: "c'est pour votre bien", tout le monde reste bien tranquille et le politicien agit à sa guise.

    Malgré que l'art de ramper s'adresse aux courtisans, je ne peux que penser qu'il soit plutôt un outil pour le prince qui y puise l'art de refouler les demandes tout en gardant précieusement la clef des coeurs courtisans.

    Le prince est-il sot?
    «Si par hasard il avait de l'esprit ou du bon sens, ce qui est assez rarement à craindre, il y aurait quelques ménagements à prendre...»
    Je crois que le prince n'est pas sot, il est fourbe et c'est bien connu, la fourberie use d'une ingéniosité remarquable.

    Bon, observons bien le prochain budget accordé aux arts!


    Serge Charbonneau
    Québec »

  • Brun Bernard
    Inscrit
    jeudi 11 décembre 2008 08h34
    Prostituée ou une cocotte votre M. Joseph R. Rotman?
    « A priori le mot courtisans veut plutôt dire « prostitution » ou pour les femmes on disait aussi « concubine », pour quelques hommes on disait « cocotte ».
    À ne pas oublier le grand et noble Baltasar Gracián pour son « L'homme de cour »(1646) et autres qu'il a pu commettre comme son magnifique El Criticon. Philosophe dont V Jankélévitch, penseur français traducteur de Schelling mais qui a cause de ses origines juives ne désira pas continuer à travailler les philosophes allemands et se tourna donc vers l'Espagne, a eu la fortune après la deuxième guerre mondiale de nous le faire redécouvrir. Puis le majestueux Baldassare Castiglione avec son « Le Livre du courtisan » qu'il publia en 1528. À cela on ajoutera le beau texte d'Eugenio Garin sur l'Homme de la Renaissances pour l'étude d'André Chastel qu'il consacra à l'artiste. À voir aussi L'Essai sur « l'art de ramper à l'usage des courtisans » de Holbach lui-même. Ce M Joseph R. Rotman ne va pas être très heureux qu'on le prenne pour une prostituée ou une cocotte au service de l'État. La chance qu'il a est que nos ne sommes pas aux même époques ni aux même circonstances. Nous sommes dans un autre mode. »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    jeudi 11 décembre 2008 08h50
    Étonnant.
    « À vous lire, il n'y aurait donc pas eu de Renaissance? On serait encore à l'époque des dinosaures de Palin si on devait vous écouter et vous suivre. Ce n'est pas très progressiste comme manière de voir. Votre ironie semble par trop mesquine pour ne pas croire à un manque de subtilités de votre part. L'art de nos jours se doit d'être une entreprise et de vendre son âme en tant que art. André Breton se retourne dans sa tombe et d'autres car ils sont morts les vrais artistes, désormais nous avons des industriels et des marchands de commerce. L'art est liberté fondamentale ce n'est pas la mendicité. Ce sont les artistes qui courtiseront le nouveau président du Conseil des arts du Canada (CAC)qui lui, sera courtisé. C'est ça qu'il vous faut écrire en toute logique. Ce nouveau président ne rampe pas devant Harper pour pendre en exposition des artistes à Ottawa devant ou dans le bureau de Harper tout de même. Même dans l'art on devient des "putes" pour réussir sous prétexte que c'est rentable. Désormais les artristes vont présenter un dossier "artristique" avec un développement non théorique de leurs projets mais sur le seul bénéfice comptable de leurs actions. Comme on va à la banque pour chercher un crédit pour son nouveau commerce. Sacrée évolution. L'art se doit d'être r-"entable" et non représ-"entable". La banque contre l'imaginaire. »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    jeudi 11 décembre 2008 09h15
    Les définitions de M. Brun
    « M. Brun, votre remarque est "intéressante", mais je tique sur la définition que vous donnez aux mots.

    Courtisan.
    Le mot m'apparaît bien précis. Il s'agit des gens de la cour.
    Ces lèches-cul ou en terme poli ces parasites de la cour des Grands.

    Les courtisans ainsi que les courtisanes, bien qu'ils soient sensibles aux aventures, sont rarement perçus (à mon sens) comme des prostitués. Les prostitués savent négocier leurs atouts tandis que les courtisans ne savent que flatter ou flagorner pour parvenir à leur fin, c'est-à-dire vivre en total parasite en déployant le moins d'effort possible.

    Pour ce qui est de cocotte et de concubine, leur sens est tout aussi précis et rejoint la prostitution que par l'imagination (à mon avis). »

  • Brun Bernard
    Inscrit
    jeudi 11 décembre 2008 13h21
    @ M Charbonneau.
    « Non, je vous assure, faites une recherche car cette distinction qui vous étonne est très connue. Elle est même classique. D'ailleurs, profitons-en comme pour le mot "classique": "citoyen soumis à l'impôt. Citoyen de 1ère classe, ou citoyen "classique". "Écrivain classique" en 1820 utilisé par Stendhal dans son Racine et Shakespeare, paru en 1825, où il oppose deux néologismes : classicisme (i.e. au sens négatif d'ennuyeux) et romantisme. J'ai vu au commentaire de M Montoya et ses références, qu'il cible lui aussi la même chose. Remarquable la culture de certains sur ce site. Je n'ai pas suffisamment d'imagination pour de telles choses. Voyez aussi quelques textes sur une certaine époque chez Sollers entre autre et Kundera en parla d'une toute autre manière mais pour ce moquer de B. H. Levy (le "philosophe" français tant décrié à juste titre). »

  • jacques noel
    Inscrit
    jeudi 11 décembre 2008 15h08
    23,571$ par tartissss
    « "En 2007-08, le Conseil a versé près de 7000 subventions totalisant 165 millions de dollars sur un budget de 205 millions."

    Et j'imagine que le 40 millions restant va aux fonctionnaires pour analyser les demandes? A 40k par fonfon ils ont quand même pas 1000 fonfons???

    -----
    En passant est-ce que Madame B a vu qui est l'écrivain français qu'on reçoit en grande pompe dans la chambre de John et Yoko au Queen Elizabeth?
    Elle a déjà sauté un plomb sur le plateau d'Apostrophes pour bien moins que celà! »

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