Prix Denise-Pelletier - L'interprète reconnue et reconnaissante
« C'est horrible d'enlever le rêve à des jeunes »
Anik Bissonnette, Prix Denise-Pelletier
Au moment où elle fait ses adieux à la scène montréalaise et où sa carrière prend un nouvel élan, l'icône de la danse québécoise reçoit le prix Denise-Pelletier. Danseuse d'exception, Anik Bissonnette accueille cette distinction comme une récompense pour tous les interprètes du Québec.
Elle est la première à mériter un tel honneur; les autres artistes en danse ayant été lauréats du prix Denise-Pelletier ont fait leur marque comme chorégraphe (Martine Époque, Édouard Lock, Fernand Nault et Jeanne Renaud), comme historien (Vincent Warren), ou en fondant la première compagnie
de ballet de la province (Ludmilla Chiriaeff). Anik Bissonnette a pour sa part renouvelé l'interprétation du répertoire classique et participé aux créations de jeunes chorégraphes, brillant dans le monde entier. «Peut-être ai-je mis un peu plus d'émotion pour cacher mon manque de technique», dit-elle avec modestie, toujours aussi peu sûre d'elle-même après presque 30 ans à user des chaussons.
Pourtant, l'hommage qu'elle a reçu lors de son gala d'adieu aux Grands Ballets canadiens, en juin 2007, était sans équivoque. Il démontrait que, au cours des 18 années passées au sein de la compagnie montréalaise, la danseuse-étoile avait gagné non seulement le coeur du public, mais aussi celui de ses pairs. Même Céline Dion avait tenu à honorer la ballerine, qui avait déjà été nommée officier de l'Ordre du Canada, en 1995, puis chevalier de l'Ordre du Québec en 1996.
Elle qui doute
«Tout au long de ma carrière, j'ai traversé des moments de doute», confie Anik Bissonnette, ajoutant que, même à la veille de son ultime performance dans sa ville, le spectacle Kyliàn le grand, elle se demandait encore si elle allait être à la hauteur.
À cause de ses énormes défis techniques, elle a, depuis cinq ans, délaissé le répertoire classique qu'elle aimait tant. «C'est plus difficile de tricher que lorsqu'on fait une création», car il n'y a pas de comparaison possible avec des interprétations antérieures, fait-elle valoir, accusant ses 46 ans. «C'est dommage: ton corps ne suit plus, regrette-t-elle, mais tu sais tellement plus comment composer avec l'énergie.»
Ce savoir ne devrait pas se perdre, car Anik Bissonnette continuera de travailler en danse, à titre de conseillère artistique... pour La La La Human Steps! Bien qu'elle n'ait jamais dansé pour Édouard Lock — un rêve qu'elle n'aura pas réalisé — elle admire son travail depuis toujours et dit partager sa vision. «Cela m'a beaucoup touchée qu'il vienne me chercher. La La La pourrait devenir une grande compagnie de ballet.»
Pour cela, elle doit pouvoir compter sur des danseurs qui maîtrisent à la fois la difficile technique des pointes ainsi que des styles qui se dansent pieds nus. Si Anik Bissonnette se réjouit que les interprètes soient plus polyvalents qu'il y a 20 ans, elle déplore que la formation ne réponde pas à cette double exigence. Elle aime néanmoins l'évolution dans l'entraînement des danseurs, elle qui a passé d'incalculables heures à s'échauffer à la barre et à s'étirer pour entretenir sa souplesse. «Ils font beaucoup de natation, constate-t-elle. Ça me fascine de voir la façon dont le corps change et acquiert ainsi plus d'endurance.» Elle considère aussi avoir appris des athlètes qu'elle a côtoyés au cours des six dernières années, comme Alexandre Despaties et Joanie Rochette.
Grandir
Anik Bissonnette regrette toutefois qu'il ne soit plus possible, pour un danseur, de grandir au sein d'une compagnie, comme elle l'a fait avec le Ballet Montréal d'Eddy Toussaint. Elle y a suivi des cours, puis a gagné sa place au sein de la troupe en 1979. «À 17 ans, je n'étais pas prête, reconnaît-elle. Mais avant, les directeurs artistiques prenaient le temps de nous former.»
Flairant son talent lorsqu'elle n'était qu'une toute jeune fille, réfractaire aux tutus et aux chignons, Eddy Toussaint en a fait sa première boursière, à condition qu'elle suive des cours avec Camilla Malashenko. Cette professeure lui a inculqué la méthode russe, si bien qu'elle a raflé, en 1984, le premier prix au concours de ballet d'Helsinki lorsqu'elle y a exécuté Un simple moment. C'était son premier duo avec Louis Robitaille, qui allait devenir son partenaire, sur scène et dans la vie, ainsi que le père de sa fille Sandrine.
Aujourd'hui âgée de 12 ans, celle-ci suit un programme danse-études, comprenant trois heures d'entraînement par jour. «Je me reconnais beaucoup en elle, dans sa discipline. C'est drôle: avant, elle ne réussissait pas tellement bien à l'école, mais depuis qu'elle danse, ses notes ont monté», raconte Anik Bissonnette, qui pense que Sandrine suivra les traces de ses parents. Elle est déjà bien partie et sera du tout dernier spectacle dans lequel dansera sa mère, M.BODY.7, de Margie Gillis, le 26 janvier prochain à Québec.
Anik Bissonnette ne croit pas qu'elle s'ennuiera des feux de la rampe, qui provoquent encore chez elle la panique. Ce sera plutôt l'entraînement qui lui manquera, le fait de se surpasser physiquement. «C'est comme une drogue», confesse-t-elle. Heureusement, elle aura autre chose pour la satisfaire.
Elle demeure à la tête du Festival des arts de Saint-Sauveur, dont elle veut faire le Banff de l'Est du Canada. Elle entend également aller jusqu'au bout de son mandat de présidente du Regroupement québécois de la danse, c'est-à-dire jusqu'aux états généraux prévus en avril 2009. Elle s'insurge toujours contre l'abolition des programmes d'aide à la tournée. «C'est horrible d'enlever le rêve à des jeunes», souffle-t-elle, estimant que le financement alloué à la danse devrait au moins doubler pour permettre l'épanouissement du potentiel artistique qu'il y a ici.
Anik Bissonnette espère aussi le retour du balancier dans les rapports entre les artistes. «On est dans une ère où les chorégraphes sont rois et maîtres. Il y a 30 ans, c'étaient les interprètes qui dominaient. Je suis sûre que ça va changer et qu'on va trouver l'équilibre», affirme la lauréate du prix Denise-Pelletier, sereine.
***
Collaboratrice du Devoir
Elle est la première à mériter un tel honneur; les autres artistes en danse ayant été lauréats du prix Denise-Pelletier ont fait leur marque comme chorégraphe (Martine Époque, Édouard Lock, Fernand Nault et Jeanne Renaud), comme historien (Vincent Warren), ou en fondant la première compagnie
de ballet de la province (Ludmilla Chiriaeff). Anik Bissonnette a pour sa part renouvelé l'interprétation du répertoire classique et participé aux créations de jeunes chorégraphes, brillant dans le monde entier. «Peut-être ai-je mis un peu plus d'émotion pour cacher mon manque de technique», dit-elle avec modestie, toujours aussi peu sûre d'elle-même après presque 30 ans à user des chaussons.
Pourtant, l'hommage qu'elle a reçu lors de son gala d'adieu aux Grands Ballets canadiens, en juin 2007, était sans équivoque. Il démontrait que, au cours des 18 années passées au sein de la compagnie montréalaise, la danseuse-étoile avait gagné non seulement le coeur du public, mais aussi celui de ses pairs. Même Céline Dion avait tenu à honorer la ballerine, qui avait déjà été nommée officier de l'Ordre du Canada, en 1995, puis chevalier de l'Ordre du Québec en 1996.
Elle qui doute
«Tout au long de ma carrière, j'ai traversé des moments de doute», confie Anik Bissonnette, ajoutant que, même à la veille de son ultime performance dans sa ville, le spectacle Kyliàn le grand, elle se demandait encore si elle allait être à la hauteur.
À cause de ses énormes défis techniques, elle a, depuis cinq ans, délaissé le répertoire classique qu'elle aimait tant. «C'est plus difficile de tricher que lorsqu'on fait une création», car il n'y a pas de comparaison possible avec des interprétations antérieures, fait-elle valoir, accusant ses 46 ans. «C'est dommage: ton corps ne suit plus, regrette-t-elle, mais tu sais tellement plus comment composer avec l'énergie.»
Ce savoir ne devrait pas se perdre, car Anik Bissonnette continuera de travailler en danse, à titre de conseillère artistique... pour La La La Human Steps! Bien qu'elle n'ait jamais dansé pour Édouard Lock — un rêve qu'elle n'aura pas réalisé — elle admire son travail depuis toujours et dit partager sa vision. «Cela m'a beaucoup touchée qu'il vienne me chercher. La La La pourrait devenir une grande compagnie de ballet.»
Pour cela, elle doit pouvoir compter sur des danseurs qui maîtrisent à la fois la difficile technique des pointes ainsi que des styles qui se dansent pieds nus. Si Anik Bissonnette se réjouit que les interprètes soient plus polyvalents qu'il y a 20 ans, elle déplore que la formation ne réponde pas à cette double exigence. Elle aime néanmoins l'évolution dans l'entraînement des danseurs, elle qui a passé d'incalculables heures à s'échauffer à la barre et à s'étirer pour entretenir sa souplesse. «Ils font beaucoup de natation, constate-t-elle. Ça me fascine de voir la façon dont le corps change et acquiert ainsi plus d'endurance.» Elle considère aussi avoir appris des athlètes qu'elle a côtoyés au cours des six dernières années, comme Alexandre Despaties et Joanie Rochette.
Grandir
Anik Bissonnette regrette toutefois qu'il ne soit plus possible, pour un danseur, de grandir au sein d'une compagnie, comme elle l'a fait avec le Ballet Montréal d'Eddy Toussaint. Elle y a suivi des cours, puis a gagné sa place au sein de la troupe en 1979. «À 17 ans, je n'étais pas prête, reconnaît-elle. Mais avant, les directeurs artistiques prenaient le temps de nous former.»
Flairant son talent lorsqu'elle n'était qu'une toute jeune fille, réfractaire aux tutus et aux chignons, Eddy Toussaint en a fait sa première boursière, à condition qu'elle suive des cours avec Camilla Malashenko. Cette professeure lui a inculqué la méthode russe, si bien qu'elle a raflé, en 1984, le premier prix au concours de ballet d'Helsinki lorsqu'elle y a exécuté Un simple moment. C'était son premier duo avec Louis Robitaille, qui allait devenir son partenaire, sur scène et dans la vie, ainsi que le père de sa fille Sandrine.
Aujourd'hui âgée de 12 ans, celle-ci suit un programme danse-études, comprenant trois heures d'entraînement par jour. «Je me reconnais beaucoup en elle, dans sa discipline. C'est drôle: avant, elle ne réussissait pas tellement bien à l'école, mais depuis qu'elle danse, ses notes ont monté», raconte Anik Bissonnette, qui pense que Sandrine suivra les traces de ses parents. Elle est déjà bien partie et sera du tout dernier spectacle dans lequel dansera sa mère, M.BODY.7, de Margie Gillis, le 26 janvier prochain à Québec.
Anik Bissonnette ne croit pas qu'elle s'ennuiera des feux de la rampe, qui provoquent encore chez elle la panique. Ce sera plutôt l'entraînement qui lui manquera, le fait de se surpasser physiquement. «C'est comme une drogue», confesse-t-elle. Heureusement, elle aura autre chose pour la satisfaire.
Elle demeure à la tête du Festival des arts de Saint-Sauveur, dont elle veut faire le Banff de l'Est du Canada. Elle entend également aller jusqu'au bout de son mandat de présidente du Regroupement québécois de la danse, c'est-à-dire jusqu'aux états généraux prévus en avril 2009. Elle s'insurge toujours contre l'abolition des programmes d'aide à la tournée. «C'est horrible d'enlever le rêve à des jeunes», souffle-t-elle, estimant que le financement alloué à la danse devrait au moins doubler pour permettre l'épanouissement du potentiel artistique qu'il y a ici.
Anik Bissonnette espère aussi le retour du balancier dans les rapports entre les artistes. «On est dans une ère où les chorégraphes sont rois et maîtres. Il y a 30 ans, c'étaient les interprètes qui dominaient. Je suis sûre que ça va changer et qu'on va trouver l'équilibre», affirme la lauréate du prix Denise-Pelletier, sereine.
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