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Prix Wilder-Penfield - Généticien et touche-à-tout

« Le succès de tout chercheur repose sur celui des étudiants, chercheurs, assistants... »

Claude Lafleur   22 novembre 2008  Actualités culturelles
Philippe Gros, Prix Wilder-Penfield
Philippe Gros, Prix Wilder-Penfield
Philippe Gros est un chercheur curieux qui s'intéresse à une foule de questions très variées: pourquoi certaines personnes contractent-elles une infection, alors que d'autres, non? Pourquoi certains cancers résistent-ils à leur traitement? Ou pourquoi certains enfants naissent-ils avec des malformations telle que le spina-bifida? Cette curiosité mise en pratique lui vaut aujourd'hui de recevoir le prix Wilder-Penfield.

«J'ai du mal à limiter mon intérêt à un problème en particulier», dit-il en riant. En fait, depuis

25 ans, Philippe Gros conçoit des outils de recherche qui lui permettent de scruter diverses maladies qui ont en commun la génétique et les souris.

«Par exemple, dans notre laboratoire de l'université McGill, nous avons des lignées de souris qui sont hypersensibles à une infection comme la tuberculose, et d'autres qui y sont au contraire hyperrésistantes, explique le chercheur. On essaie donc de comprendre en quoi elles diffèrent, ce qui nous donne une idée du mécanisme de résistance à l'infection. Même chose en ce qui concerne le spina-bifida: nous avions dans notre laboratoire certains mutants de souris qui développaient ce type de maladie. En les étudiant, on a d'abord trouvé la cause chez la souris, puis chez l'humain...»

Certaines de ces découvertes fondamentales ont mené à la création de firmes de biotechnologie. «Je fais de la recherche fondamentale, indique Philippe Gros, bien que, comme tout chercheur qui oeuvre en santé, j'essaie toujours de traduire mes découvertes en des applications concrètes, en traitement chez l'humain.»

L'étrange parcours d'un chercheur typique

Si les sciences ont toujours intéressé Philippe Gros — la biologie au secondaire, la chimie au cégep et la médecine au baccalauréat — ce n'est qu'à la maîtrise qu'il a trouvé sa voie. «C'est aux études supérieures que j'ai compris ce que je voulais vraiment faire», dit-il.

Philippe Gros a d'abord obtenu un baccalauréat en microbiologie à l'Université de Montréal, puis une maîtrise en microbiologie et en immunologie, où il assistait le

Dr Adrien Forget dans ses travaux sur les maladies infectieuses comme la tuberculose. Un jour, le jeune chercheur assiste à un exposé du

Dr Emil Skamene, de l'université McGill, traitant des facteurs de susceptibilité et de résistance aux infections. «Il est alors devenu clair dans mon esprit que ce qui m'intéressait, c'était d'étudier les facteurs génétiques qui prédisposent aux infections», dit-il. Par conséquent, il a décroché un doctorat en médecine expérimentale sous la gouverne du Dr Skamene. «C'est à partir de là que s'est développé l'intérêt pour les recherches que je mène depuis ce jour!»

Il fait ensuite ses études postdoctorales au très renommé Massachusetts Institute of Technology de Boston. «J'ai travaillé au laboratoire de cancérologie du Dr David Housman, où on étudiait la résistance aux médicaments anticancéreux. J'y suis arrivé en possédant une technique de génétique qui nous a permis, pour la première fois, d'identifier un gène qui joue un rôle dans la résistance aux médicaments anticancéreux. J'ai ensuite importé ce projet de Boston vers mon laboratoire de recherche à l'université McGill.»

Recherches tous azimuts

Pour expliquer l'étendue de ses intérêts, Philippe Gros souligne que, au fil des ans, son équipe a mis au point une panoplie d'outils et de stratégies qui servent maintenant à explorer une foule de problèmes génétiques. «Les méthodes et technologies conçues dans mon laboratoire pour, par exemple, étudier la susceptibilité aux infections sont essentiellement les mêmes que pour aborder le développement du spina-bifida.»

«Ce qui m'intéresse surtout, ce sont les mécanismes des maladies infectieuses: pourquoi certains individus les attrapent et d'autres pas?» Son équipe a ainsi montré que, si un gène particulier est hors d'usage, les souris deviennent susceptibles à plusieurs types d'infections. Cette découverte a mené diverses équipes à travers le monde (dont la sienne) à se demander si des variations du gène équivalent chez l'humain sont toutes aussi associées à la susceptibilité à certaines maladies. «Et la réponse a été très claire: oui!, dit-il. Des changements dans ce gène ont été associés à la susceptibilité à la tuberculose, notamment.»

Ce genre de découvertes fournit des pistes de recherche sur la fonctionnalité des gènes. Ainsi, les chercheurs ont découvert que, dans certains cas, un individu résiste aux infections parce qu'il possède des protéines qui entravent le développement des bactéries en les privant du fer dont elles ont besoin pour se multiplier. «Le mécanisme de protection est donc une protéine qui enlève le fer dans l'entourage du microbe, précise Philippe Gros, de sorte qu'il ne peut se répliquer. Or une telle découverte nous indique que, si on pouvait développer un médicament capable d'éliminer le fer dans l'environnement de la bactérie, on aurait un outil thérapeutique potentiel.»

Il y a cependant loin de la coupe aux lèvres entre ce genre de découvertes et la mise au point de thérapies pratiques, prévient le chercheur. «Bien sûr, on aimerait développer des thérapies... Cela nous met la puce à l'oreille et nous aide à orienter nos recherches pour, par exemple, développer de nouveaux antimicrobiens contre la tuberculose.» C'est ainsi que les travaux de Philippe Gros finiront par aboutir — après de longues années de recherche et de développement — à des applications thérapeutiques.

«J'ai eu le privilège de participer au démarrage de deux biotechs avec des collègues de McGill», dit-il. La première se spécialise dans le développement de nouveaux antibiotiques, tandis que la seconde est axée sur l'utilisation d'outils génétiques pour étudier certaines maladies complexes comme l'ostéoporose.

Il précise toutefois qu'il s'est retiré de ces entreprises après une dizaine d'années, lorsqu'elles sont devenues avant tout des exploitations commerciales. «Je ne suis pas un businessman, dit-il. Je suis un chercheur et je pense qu'il est important de céder ma place à des administrateurs pour que ces entreprises bourgeonnantes deviennent de véritables business...»

Comme le démontre son parcours, la carrière de chercheur est avant tout un travail d'équipe. «On ne doit jamais oublier que le succès de tout chercheur repose sur celui des étudiants diplômés, des chercheurs postdoctoraux et des assistants de recherche qui font le gros du travail en laboratoire, dit-il avec insistance. De plus, personnellement, je suis marié et j'ai quatre enfants... Je dois donc souligner que j'ai vraiment bénéficié de l'appui à la maison pour mener à bien mes recherches durant toutes ces années... C'est vrai et c'est important de le dire!»

***

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