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Télévision - Da Vinci Code et Harry Potter sous le microscope

Paul Cauchon   15 novembre 2008  Actualités culturelles
C'est le fantasme de la plupart des éditeurs: faire paraître le best-seller par excellence, qu'on lira autant au coin du feu en Norvège que dans un parc de Buenos Aires. L'image absolue du best-seller planétaire: Da Vinci Code. C'est d'ailleurs à la suite du tsunami créé par Dan Brown que l'équipe de ce documentaire français, produit pour Arte, a décidé en 2006 d'étudier le best-seller. Existe-t-il une recette infaillible pour les grands succès de l'édition, une sorte de formule magique à la Harry Potter, justement?

On vous le donne en mille: non. Le documentaire ne livre aucune recette. À moins que vous ne méditiez les commentaires de Mary Higgins Clark, qui explique qu'une étude a déjà été réalisée concernant les livres qui se sont le plus vendus depuis l'invention de l'imprimerie. Selon cette étude, les quatre thèmes les plus populaires sont Dieu, la monarchie, le sexe et le suspense. Tiens, ça pourrait ressembler à du Shakespeare!

On pourra toujours méditer également les propos d'une autre grande dame de la littérature à succès, P. D James, qui établit un parallèle avec les politiciens en expliquant que le livre qui devient un succès correspond tout simplement à l'esprit du temps, de la même façon qu'un politicien a du succès si le pays est prêt pour lui.

Le documentaire donne la parole à quelques écrivains célèbres, dont Higgins Clark, P. D James, Ken Follet (qui a vendu 90 millions de livres dans le monde et qui n'en revient pas lui-même), Marc Lévy (qui admet qu'il n'est pas très doué, même si ses livres sont tous des succès de librairie), Douglas Kennedy, François Weyergans (écrivain plus littéraire qui, tout à coup, a été propulsé par l'attribution du Goncourt), et ainsi de suite.

Mais le film, toujours à la recherche de l'improbable recette du best-seller, trace aussi un portrait de l'industrie mondiale du livre, portrait qu'on regardera avec beaucoup d'intérêt alors que s'ouvre dans quelques jours le Salon du livre de Montréal.

On se rend d'abord à un séminaire d'écriture à San Francisco qui prétend donner quelques recettes du succès. Et dans un hôtel de la même ville on assiste à une scène assez brutale: des dizaines d'auteurs en herbe viennent avec leur manuscrit sous le bras rencontrer des agents littéraires. Ils ont trois minutes pour les convaincre, selon le modèle du speed dating. Pour une de ces jeunes auteurs, l'objectif consiste à faire partie du top ten hebdomadaire du New York Times et à être invitée chez Oprah Winfrey.

On se déplace ensuite à la foire annuelle du livre de Francfort, le plus important rassemblement d'éditeurs au monde, où se brassent les grosses affaires. Visite également chez Jane Friedman, patronne de Harper Collins, qui exige d'avoir les droits internationaux de ses livres «partout où ça parle anglais».

Le p.-d.g. des Éditions Robert Laffont, quant à lui, explique que le best-seller n'est pas une science exacte et fait cette révélation étonnante: Laffont avait refusé les droits du Da Vinci Code, n'y croyant pas pour la France. Ouf!

Toute cette chaîne de production au service des titres à succès serait incomplète sans les médias. En Grande-Bretagne, les éditeurs seraient prêts à tuer pour passer à l'émission Richard & Judy Book Club sur Channel 4. Un patron de Simon & Schuster a déjà déclaré que, s'il arrive à placer deux livres par année à cette émission, son année financière est faite.

Chaque semaine, l'émission invite les téléspectateurs à lire un livre; la semaine suivante, une vedette vient commenter ledit livre. Le roman de Joseph O'Connor L'Étoile des mers avait vendu 3000 exemplaires avant d'être choisi par cette émission. Après, les ventes ont frôlé le million. Qui dit mieux?

Best-seller à tout prix, dans le cadre de Questions de société - Télé-Québec, lundi 17 novembre à 21h.
 
 
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