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Deux opéras annulés faute de subvention suffisante

La situation de l'opéra à Montréal est «navrante», estime François Girard

C'est faute d'avoir reçu les 500 000 $ réclamés du fédéral à l'occasion de son 10e anniversaire que Montréal en lumière a dû annuler en dernier recours les opéras de François Girard, lesquels devaient être le point d'orgue du festival en février prochain. Amer, Girard estime que ce nouveau rendez-vous manqué illustre l'état «navrant» de l'opéra à Montréal.

«C'est assez ironique d'apprendre que ce projet tombe à Montréal alors que je suis en train de travailler sur des projets d'opéra à Londres et à Paris», a déclaré hier François Girard, joint par téléphone à Paris où il travaille à un opéra basé sur un livret d'Amin Maalouf, qui sera monté en 2010 à l'Opéra de Lyon.

Près d'un mois après le début de la vente des billets, Spectra a en effet annoncé mercredi qu'elle annulait les représentations du Vol de Lindberg et des Sept Péchés capitaux de Bertold Brecht et Kurt Weill, lesquelles devaient constituer un des temps forts du prochain festival Montréal en lumière (FML).

Le metteur en scène et cinéaste, invité depuis 10 ans à créer des opéras pour les plus grandes maisons d'opéra du monde, dont celles de l'English National Opera de Londres et du Metropolitan Opera de New York, n'a jamais pu voir ses productions présentées au Québec. «L'opéra à Montréal est anémique», a-t-il déploré en apprenant cette nouvelle.

Dépité par cet énième échec, Girard se désole qu'il ne soit toujours pas possible de rassembler les fonds nécessaires dans la métropole pour présenter au public montréalais des productions d'opéra de taille somme toute modeste (10 chanteurs, 16 danseurs et 45 musiciens) vues un peu partout dans le monde.

Il semble que ni la notoriété de Girard ni les 10 ans du festival Montréal en lumière n'aient suffi à convaincre le fédéral d'accroître sa participation. Ni aucun autre partenaire d'ailleurs.

L'organisation du festival Montréal en lumière avait en effet présenté une demande de subvention de 500 000 $ au nouveau programme Présentation Arts Canada (PAC) de Patrimoine Canada, à l'occasion de cette 10e édition. Ottawa n'a versé que 120 000 $, soit le même montant que les années précédentes.

Or le coût de la production des deux opéras s'élevait à près d'un million de dollars, représentant 15 % d'un budget prévu de six millions. Montréal en lumière avait échafaudé son budget en espérant toucher davantage de subventions du nouveau programme PAC, qui avait augmenté d'un million cette année la part versée au Festival international de jazz de Montréal et au festival Juste pour rire.

Difficile de dire que le fédéral a retiré ses billes du jeu en cours de route, mais pas un sou de plus n'a été alloué «pour bonifier» cette édition spéciale. La porte-parole du festival, Marie-Ève Boisvert, directrice des relations de presse, a tenu à préciser que «le fédéral [les] a toujours soutenus depuis le début».

Tous les autres partenaires privés et publics ont accordé leur soutien au festival cette année, mais sans augmenter leur mise non plus.

Compte tenu de la situation, l'organisation du FML s'est inquiétée du début modeste que connaissait la vente des billets. Se refusant à augmenter le prix des billets (87 $ pour les meilleurs sièges), le festival s'est résolu à annuler le spectacle pour éviter un déficit.

L'opéra anémique à Montréal

François Girard estime que ce nouvel échec illustre l'état «navrant» de l'opéra à Montréal, un art complètement sous-financé et «anémique». Il déplore que le milieu théâtral québécois regorge de metteurs en scène fabuleux dont les talents ne sont aucunement mis à contribution à l'opéra.

«Je suis navré de voir qu'on n'arrive pas à présenter des productions de créateurs québécois alors que l'on vit dans une ville où ils abondent», ajoute-t-il.

«À Lyon, à Londres ou à Paris, le théâtre et l'opéra sont liés. Des metteurs en scène comme Patrice Chéreau [également cinéaste] créent autant pour l'opéra que pour le théâtre. À Montréal, on ne tire aucunement profit de cette richesse qu'on a», laisse-t-il tomber. Il se désole que l'on se contente de remplir les salles avec des productions d'opéra clé en main, créées à Seattle ou dans d'autres villes américaines.

Depuis le succès remporté par sa mise en scène d'Îdipus Rex à la Canadian Opera House de Toronto en 1999, François Girard a fait des pieds et des mains pour tenter de trouver un producteur intéressé à présenter ses productions à Montréal.

Une première tentative effectuée auprès de l'Opéra de Montréal (OM), alors dirigé par Bernard Labadie, s'est soldée par un échec. Plus tard, Girard est revenu à la charge pour présenter le projet du Vol de Lindberg et des Sept Péchés capitaux, de Bertold Brecht et Kurt Weill, déjà montés grâce au soutien de l'Opéra de Lyon. Il a essuyé un nouveau refus de l'OM. «L'Opéra de Montréal a essayé autant comme autant, mais ç'a planté faute de budgets», rappelle Girard.

À la fin d'une représentation du Vol de Lindberg et des Sept Péchés capitaux à Wellington (Nouvelle-Zélande) l'hiver dernier, Girard a décidé de contacter Alain Simard, de l'Équipe Spectra, pour lui proposer de produire son opéra à Montréal. «Je suis allé le voir et Simard s'est tout de suite engagé. Alain a tenté l'impossible et je lui en suis reconnaissant, mais les subventions n'ont pas suivi», se désole-t-il.

Las de toutes ces tentatives, Girard croit que Montréal devrait suivre l'exemple de la Canadian Opera House de Toronto, qui a complètement renouvelé son auditoire à la fin des années 90 en invitant des artistes comme Robert Lepage et Atom Egoyan à créer des mises en scène modernes pour l'opéra.

À son avis, le gouvernement fédéral a raté une belle occasion de dynamiser la scène de l'opéra dans la métropole. «Sans faire de lien facile, on peut dire que le gouvernement fédéral poursuit sa logique de désengagement», dit le metteur en scène, qui a des projets prévus avec d'autres maisons d'opéra jusqu'en 2013. En 2011, Girard montera notamment Parcifal de Wagner, au Metropolitan Opera de New York.

La chorégraphe Marie Chouinard, qui était l'un des trois concepteurs québécois du Vol de Lindberg et des Sept Péchés capitaux, avec le scénographe François Séguin, a déploré l'abandon du projet.

«C'était un opéra très accessible, très vivant. C'est vraiment dommage que les Montréalais n'aient pas accès à cela. Ç'aurait été le premier opéra présenté au Québec dont tous les concepteurs principaux auraient été québécois», a souligné celle qui avait signé la chorégraphie de deux oeuvres.

Par ailleurs, la porte-parole de Spectra, Marie-Ève Boisvert, a soutenu que le reste de la programmation du festival Montréal en lumière serait maintenu. Mais pour ce qui est des spectacles gratuits à l'extérieur, «il n'y aura pas de prime au 10e anniversaire», a-t-elle insisté.
 
 
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  • christian.lalande@hotmail.com
    Abonné
    vendredi 14 novembre 2008 10h06
    L'indifférence du public
    Dommage que le public ne réagisse pas et que le gouvernement conservateur ne veuille pas sudventionner davantage la culture... Vraiment décevant !!

    Christian Lalande
    de Montréal

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    vendredi 14 novembre 2008 11h06
    Remplacé par les sons des explosions et des tirs aux Talibans et les Ayoye, ça fait mal !
    Le charme de l'opéra n'opère pas chez les Conservateurs...faut croire. La guerre coûte trop cher en Afghanistan. Le son de la mitraillettre qui tire le Taliban et de l'explosion qui l'accompagne, pour le finir avec sa famille, sont plus agréables à leurs oreilles que celui du piano et du violon...genre.

  • Sylvain Auclair
    Abonné
    vendredi 14 novembre 2008 12h57
    Attention aux comparaisons
    C'est sans aucun doute regrettable, mais faut quand même pas comparer Montréal avec Londres et Paris, qui sont de beaucoup plus grandes villes!

  • LUCILLE MURRAY
    Inscrite
    vendredi 14 novembre 2008 14h58
    Pendant ce temps à Sherbrooke on attend un spectacle de 4 million de dollars.....
    Oh Yes! Think Big, Baby! A Sherbrooke, on est à préparer un spectacle en plein air dans les gorges de la rivière Magog, Cité des Rivières.... un spectacle évalué à 4 millions de dollars. SVP messieurs, dames, n'attendez pas d'argent du fédéral et allez voir ce qui arrive avec certains spectacles. Argent du provincial?? M. Charest attend toujours de l'argent du fédéral pour la santé, etc.... Bon, encore une fois, pas de problème, on va remonter les taxes.
    Encore une fois. Encore et encore.

  • LUCILLE MURRAY
    Inscrite
    vendredi 14 novembre 2008 15h02
    Spectacle en Afghanistan avec des vrais morts, des vrais ''cris de mort''
    Tout à fait vrai. N'attendons pas de manne de Mister Harper; après tout, c'est juste nos taxes, notre argent, mais enfin, il semble que c'est plus important de tuer du vrai monde, avoir des vrais mort, des vrais ''cris de mort'' que de l'opéra. N'attendons rien non plus de M. Charest qui attend lui aussi de l'argent de Mister Harper (notre argent, en passant...). N'attendons rien d'autre que des hausses de taxes.

  • Michelle Bergeron
    Abonné
    vendredi 14 novembre 2008 16h05
    Tuer la culture c'est tuer le peuple
    Ét ça continu....malheureux

  • Dr. Dr. ULRICH
    Inscrit
    vendredi 14 novembre 2008 17h22
    c'est TOUTE la faute de LA fédérale et le BIG BAD ENGLISHMAN
    on peut être plus inventif que ça à trouver les fonds - notament les billets. est-ce TOUT et TOUTE et TOUS et TOUTES qui sont subventionnés au QUËBEC ? est-ce un peuple subventionné en fait ? cet article me dit qu'il n'y a pas assez de clientèle à montréal pour un tel spectacle à 4 roues. on veut déclarer l'independence mais on veut aussi que nos spectacles soient subventionnés par l'état canadien. honteux.

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