Montréal redécouvre Norman Bethune
Pionnier des transfusions sanguines sur les champs de bataille, héros de la Révolution chinoise, médecin humaniste et visionnaire, mais aussi personnage complexe et excentrique, Norman Bethune (1890-1939) tient de la légende. Montréal s'apprête à rendre hommage à cet homme plus grand que nature à travers une série d'expositions, de conférences et d'événements spéciaux.
À l'image de sa statue longtemps oubliée au coin des rues de Maisonneuve et Guy, Norman Bethune demeure un personnage largement méconnu du grand public. Parti porter secours aux troupes chinoises en 1938 par idéalisme, Bethune est mort dans la misère et l'oubli général l'année suivante.
L'histoire de ce grand humaniste, hissé au rang de héros par Mao Zedong, est toujours restée dans l'ombre de ce côté-ci du globe, du moins jusqu'à ce que le comédien Donald Sutherland revête la peau du célèbre toubib dans deux films biographiques. Mais, au cours des prochaines semaines, et tout au long de 2009, Montréal pourrait donner à ce médecin humaniste une parcelle de la notoriété qui lui a fait toujours défaut, avec une année ponctuée d'événements destinés à célébrer la mémoire du grand homme.
À commencer par la statue de Bethune, offerte par la Chine en 1972 à la Ville de Montréal, qui retournera sur son socle, dans une place totalement réaménagée. L'ancien repère de pigeons faisait office de Place-Bethune depuis 1978 a été «revampé» pour faire honneur à ce Montréalais.
Ironiquement, c'est le 14 octobre, jour d'élections, quand le pays tout entier sera plongé en plein suspens politique, que Norman Bethune retrouvera la place qui lui revient au coeur de ce quartier, non loin d'une maison où il organisa des cours de peinture destinés aux enfants démunis.
Depuis jeudi, le Musée McCord ouvre une fenêtre inédite sur la vie de cet idéaliste qui développa, à l'hôpital Royal Victoria et à l'hôpital Sacré-Coeur entre 1928 et 1938, l'expertise médicale et chirurgicale qui lui permit ensuite de sauver des milliers de vies sur le front en Espagne et en Chine, mais aussi au Québec, dans les quartiers pauvres. L'écrivain Pierre Vadeboncoeur, en autres, lui doit la vie.
En accueillant La Trace solidaire, une exposition créée par le Centro Andaluz de la Fotographia, le Musée McCord permet, par le truchement de la photographie et d'extraits de textes personnels, de suivre à la trace les périples et l'évolution de la pensée de Bethune.
Quoique sobre, l'exposition rassemble quelques dizaines de photographies, la plupart dues à Hazen Sise, un des proches collaborateurs de Bethune en Espagne, quand ce dernier y créa les unités mobiles du Service canadien de transfusion sanguine.
Les clichés de Sise ont capté avec acuité la misère des civils auxquels Bethune et son équipe portaient secours. Fuyant Malaga bombardée, plus de 40 000 hommes, femmes, enfants et vieillards se retrouvent pris dans une souricière, pendant leur fuite sur la route poussiéreuse d'Almeria. Visages émaciés, enfants abandonnés, vieillards à bout de souffle: les photographies, et surtout les extraits du journal de Bethune, nous éclairent sur la misère et les conditions dans lesquels ce dernier soignait les fugitifs.
L'exposition du Musée McCord comporte aussi des clichés étonnants du travail légendaire accompli par la suite par Bethune en Chine auprès des troupes de Mao, en pleine montagne, dans des conditions indicibles. On y voit le chirurgien amaigri en pleine action, opérant les blessés avec des moyens de fortunes, sans gants, sans possibilité d'asepsie. Chevauchant souvent à dos de mulet, Bethune parcourut en un an plus de 4500 kilomètres, dont 600 à pied, pour suivre la progression des troupes et soigner les blessés.
À un rythme effréné, Bethune opère sans relâche, réalisant jusqu'à 115 opérations en 60 heures, tout en enseignant les rudiments de la médecine à des centaines d'apprentis. Faute d'accès à des antibiotiques, il mourra victime d'une infection généralisée, contractée en opérant sans gants la plaie infectée d'un blessé. À la manière des héros communistes, on l'aperçoit d'ailleurs photographié par l'armée chinoise sur son lit de mort, le front dégarni et émacié, comme un Lénine cryogénisé dans son cercueil.
Dans La Trace solidaire, on découvre un Bethune passionné et idéaliste, mais aussi un homme profondément pragmatique, un fin scientifique qui utilisera son génie pour servir ses idées. Pour s'assurer que des donneurs alimentent ses unités mobiles de transfusion en Espagne, Bethune avait usage d'offrir une bouteille de vin en échange de chaque don de sang. Ses notes révèlent qu'il avait aussi cartographié tout le réseau de ruisseaux des environs de Madrid pour sauver sa banque de sang, en cas de panne de réfrigérateur.
Jusqu'au 18 octobre, la Bibliothèque Atwater présente quant à elle une autre série de photographies, prises celles-là par Sha Fei, photographe officiel de l'armée de Mao Zedong, tandis que la galerie FOFA de l'université Concordia propose À la Croisée des cultures: représentations de Norman Bethune en Chine, rassemblant clichés, affiches et un buste réalisé sur commande de la République populaire de Chine.
Les quatre saisons de Bethune
Mais c'est au printemps 2009 que se déploiera au Centre d'histoire de Montréal une exposition-clé, destinée à faire redécouvrir tous les pans de la vie de Bethune, notamment de sa vie comme pneumologue et chirurgien à Montréal. «Nous allons évoquer la vie de Bethune en quatre saisons, en évoquant son enfance en Ontario, puis sa vie à Montréal entre 1928 et 1938. Il est temps de "montréaliser" ce personnage, car c'est à Montréal que s'est réellement forgé son engagement politique», affirme Jean-François Leclerc, directeur du Centre d'histoire de Montréal.
Tout comme sa jeunesse à Gravenhurst, dans le nord de l'Ontario, et son passage comme médecin aux États-Unis où il contracte la tuberculose — à laquelle il survit grâce à une opération controversée —, le parcours montréalais de Bethune y sera rappelé dans le détail.
«Presque tous les Chinois connaissent Bethune, cela fait partie de l'histoire qu'ils apprennent à l'école. Tous l'érigent en héros communiste mais savent très peu de l'homme et du reste de sa vie. Le but était de présenter le visage humain de Bethune, en rappelant son passé d'étudiant, de bohème, de médecin engagé, puis l'émergence de sa conscience sociale», souligne Jean-François Mercier.
D'abord dévoilée en Chine, dans un pavillon consacrée à la mémoire de Norman Bethune à Shanghai, l'exposition Dr Norman Bethune en quatre saisons atterrira au Centre d'histoire de Montréal le printemps prochain.
***
Norman Bethune — La trace solidaire
8 octobre au 31 mai, Musée McCord
À la Croisée des cultures: représentations de Norman Bethune en Chine
Galerie FOFA, université Concordia, 6 au 31 octobre
Expositions de photographies de Sha Fei,
Bibliothèque Atwater, 1er au 18 octobre
Dr Bethune en quatre saisons
Centre d'histoire de Montréal, printemps 2009
À l'image de sa statue longtemps oubliée au coin des rues de Maisonneuve et Guy, Norman Bethune demeure un personnage largement méconnu du grand public. Parti porter secours aux troupes chinoises en 1938 par idéalisme, Bethune est mort dans la misère et l'oubli général l'année suivante.
L'histoire de ce grand humaniste, hissé au rang de héros par Mao Zedong, est toujours restée dans l'ombre de ce côté-ci du globe, du moins jusqu'à ce que le comédien Donald Sutherland revête la peau du célèbre toubib dans deux films biographiques. Mais, au cours des prochaines semaines, et tout au long de 2009, Montréal pourrait donner à ce médecin humaniste une parcelle de la notoriété qui lui a fait toujours défaut, avec une année ponctuée d'événements destinés à célébrer la mémoire du grand homme.
À commencer par la statue de Bethune, offerte par la Chine en 1972 à la Ville de Montréal, qui retournera sur son socle, dans une place totalement réaménagée. L'ancien repère de pigeons faisait office de Place-Bethune depuis 1978 a été «revampé» pour faire honneur à ce Montréalais.
Ironiquement, c'est le 14 octobre, jour d'élections, quand le pays tout entier sera plongé en plein suspens politique, que Norman Bethune retrouvera la place qui lui revient au coeur de ce quartier, non loin d'une maison où il organisa des cours de peinture destinés aux enfants démunis.
Depuis jeudi, le Musée McCord ouvre une fenêtre inédite sur la vie de cet idéaliste qui développa, à l'hôpital Royal Victoria et à l'hôpital Sacré-Coeur entre 1928 et 1938, l'expertise médicale et chirurgicale qui lui permit ensuite de sauver des milliers de vies sur le front en Espagne et en Chine, mais aussi au Québec, dans les quartiers pauvres. L'écrivain Pierre Vadeboncoeur, en autres, lui doit la vie.
En accueillant La Trace solidaire, une exposition créée par le Centro Andaluz de la Fotographia, le Musée McCord permet, par le truchement de la photographie et d'extraits de textes personnels, de suivre à la trace les périples et l'évolution de la pensée de Bethune.
Quoique sobre, l'exposition rassemble quelques dizaines de photographies, la plupart dues à Hazen Sise, un des proches collaborateurs de Bethune en Espagne, quand ce dernier y créa les unités mobiles du Service canadien de transfusion sanguine.
Les clichés de Sise ont capté avec acuité la misère des civils auxquels Bethune et son équipe portaient secours. Fuyant Malaga bombardée, plus de 40 000 hommes, femmes, enfants et vieillards se retrouvent pris dans une souricière, pendant leur fuite sur la route poussiéreuse d'Almeria. Visages émaciés, enfants abandonnés, vieillards à bout de souffle: les photographies, et surtout les extraits du journal de Bethune, nous éclairent sur la misère et les conditions dans lesquels ce dernier soignait les fugitifs.
L'exposition du Musée McCord comporte aussi des clichés étonnants du travail légendaire accompli par la suite par Bethune en Chine auprès des troupes de Mao, en pleine montagne, dans des conditions indicibles. On y voit le chirurgien amaigri en pleine action, opérant les blessés avec des moyens de fortunes, sans gants, sans possibilité d'asepsie. Chevauchant souvent à dos de mulet, Bethune parcourut en un an plus de 4500 kilomètres, dont 600 à pied, pour suivre la progression des troupes et soigner les blessés.
À un rythme effréné, Bethune opère sans relâche, réalisant jusqu'à 115 opérations en 60 heures, tout en enseignant les rudiments de la médecine à des centaines d'apprentis. Faute d'accès à des antibiotiques, il mourra victime d'une infection généralisée, contractée en opérant sans gants la plaie infectée d'un blessé. À la manière des héros communistes, on l'aperçoit d'ailleurs photographié par l'armée chinoise sur son lit de mort, le front dégarni et émacié, comme un Lénine cryogénisé dans son cercueil.
Dans La Trace solidaire, on découvre un Bethune passionné et idéaliste, mais aussi un homme profondément pragmatique, un fin scientifique qui utilisera son génie pour servir ses idées. Pour s'assurer que des donneurs alimentent ses unités mobiles de transfusion en Espagne, Bethune avait usage d'offrir une bouteille de vin en échange de chaque don de sang. Ses notes révèlent qu'il avait aussi cartographié tout le réseau de ruisseaux des environs de Madrid pour sauver sa banque de sang, en cas de panne de réfrigérateur.
Jusqu'au 18 octobre, la Bibliothèque Atwater présente quant à elle une autre série de photographies, prises celles-là par Sha Fei, photographe officiel de l'armée de Mao Zedong, tandis que la galerie FOFA de l'université Concordia propose À la Croisée des cultures: représentations de Norman Bethune en Chine, rassemblant clichés, affiches et un buste réalisé sur commande de la République populaire de Chine.
Les quatre saisons de Bethune
Mais c'est au printemps 2009 que se déploiera au Centre d'histoire de Montréal une exposition-clé, destinée à faire redécouvrir tous les pans de la vie de Bethune, notamment de sa vie comme pneumologue et chirurgien à Montréal. «Nous allons évoquer la vie de Bethune en quatre saisons, en évoquant son enfance en Ontario, puis sa vie à Montréal entre 1928 et 1938. Il est temps de "montréaliser" ce personnage, car c'est à Montréal que s'est réellement forgé son engagement politique», affirme Jean-François Leclerc, directeur du Centre d'histoire de Montréal.
Tout comme sa jeunesse à Gravenhurst, dans le nord de l'Ontario, et son passage comme médecin aux États-Unis où il contracte la tuberculose — à laquelle il survit grâce à une opération controversée —, le parcours montréalais de Bethune y sera rappelé dans le détail.
«Presque tous les Chinois connaissent Bethune, cela fait partie de l'histoire qu'ils apprennent à l'école. Tous l'érigent en héros communiste mais savent très peu de l'homme et du reste de sa vie. Le but était de présenter le visage humain de Bethune, en rappelant son passé d'étudiant, de bohème, de médecin engagé, puis l'émergence de sa conscience sociale», souligne Jean-François Mercier.
D'abord dévoilée en Chine, dans un pavillon consacrée à la mémoire de Norman Bethune à Shanghai, l'exposition Dr Norman Bethune en quatre saisons atterrira au Centre d'histoire de Montréal le printemps prochain.
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Norman Bethune — La trace solidaire
8 octobre au 31 mai, Musée McCord
À la Croisée des cultures: représentations de Norman Bethune en Chine
Galerie FOFA, université Concordia, 6 au 31 octobre
Expositions de photographies de Sha Fei,
Bibliothèque Atwater, 1er au 18 octobre
Dr Bethune en quatre saisons
Centre d'histoire de Montréal, printemps 2009
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