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Paul Newman (1925-2008) - Mort d'une icône engagée

Odile Tremblay   29 septembre 2008  Actualités culturelles
Sa beauté aux yeux d'azur fut longtemps sa carte atout, d'aucuns diront sa faiblesse. S'était-il libéré du miroir narcissique, l'acteur américain au sourire charmeur? Oui et non. Sa pudeur, sa sensibilité et un talent qui coulait de source l'auront également éloigné du registre de puissance qui enfante les vrais monstres sacrés. Mais quel grand coureur de fond!

Paul Newman, disparu vendredi, à 83 ans, des suites d'un cancer du poumon dans son ranch du Connecticut, demeure une des dernières icônes du cinéma américain des années fastes. Moins monumental que Brando, à qui il ressemblait et dont il fut longtemps une sorte de rival à l'écran, plus prudent dans son jeu, certainement plus fragile, mais apôtre également de la liberté et de l'éclatement des conventions dramatiques.

Les sangs mêlés font souvent des enfants magnifiques. Il est né en Ohio en 1925, d'un père juif allemand et d'une mère hongroise d'origine. De ces racines européennes naîtra un des visages glorieux du rêve américain. Sans ego démesuré, ultime marque de qualité.

Car en lui se projeta tout un pays épris du self made man, du combattant de la guerre du Pacifique, blessé au combat, qui au début des années 50 étudia l'art dramatique à Yale puis fréquenta l'Actor's Studio de New York, avant de triompher au théâtre, à la télévision, bientôt au cinéma. Ce même homme qui milita pour les droits civiques fut aussi le pilote automobile qui se classa deuxième aux 24 heures du Mans en 1979, doublé d'un sex symbol, quoique membre d'un couple modèle formé depuis 1958 avec l'actrice Joanne Woodward. Disparaissent aussi avec lui les zones d'ombre de cette star secrète, discrète, engagée, allergique aux éclats du show-business, dont on n'aura pas tout à fait percé l'énigme. Un honnête homme, au sens le plus noble du terme.

La disparition de Paul Newman a procuré le vertige aux cinéphiles cette fin de semaine, alors que s'entrechoquent ses grands rôles sur l'écran noir des souvenirs. Plus d'un demi-siècle d'un septième art américain en perpétuelle mutation défile à travers lui.

Reviennent se bousculer en mémoire le cow-boy de charme de Butch Cassidy and the Sundance Kid (1969), le jeune homme rejetant sa sensuelle épouse (Elizabeth Taylor) dans La Chatte sur un toit brûlant adapté de Tennessee Williams en 1958. Plus proche de nous (1990), on évoque son sensible monsieur Bridge, troublé en son vieil âge par un mariage qui ne remplissait pas toutes ses promesses.

Tant d'autres Paul Newman sont passés à l'histoire. Ce boxeur Rocky Graziano, délinquant, tourmenté, violent, inoubliable dans Somebody Up There Likes Me (Marqué par la haine), de Robert Wise, un rôle destiné à James Dean, repris après sa mort, qui lança vraiment Newman en 1956. Ce malfrat sympathique dans le brillantissime The Sting (L'Arnaque), Oscar du meilleur film en 1973.

Joueur de billard amer et vengeur dans le magnifique The Hustler de Robert Rossen (1961), il en reprendra le personnage sur le retour dans The Color of Money de Martin Scorsese, qui lui valut en 1987 son unique Oscar sur neuf nominations. Ce visage à travers les âges, c'était lui. Encore lui. Les époques se bousculent à travers son parcours.

Les jeunes le connaissent surtout à travers le cultissime Slap Shot de George Roy Hill (1977), en Reggie Dunlop, entraîneur d'une équipe de hockey sur glace peu orthodoxe. Ses fans l'ont retrouvé en 1994 dans The Hudsucker Proxy des frères Coen. Avec un dernier rôle de parrain de la mafia irlandaise dans Road to Perdition de Sam Mendes en 2003, la boucle était bouclée.

À l'encontre de plusieurs légendes du cinéma qui lâchèrent assez tôt le métier, Newman sera demeuré longtemps en selle, tout en dénonçant Hollywood, ses ors, ses fastes et ses concessions. Acteur un jour...

Le cinéaste français Bertrand Tavernier le considérait, non sans humour, «comme un défi vivant à "l'underplaying" jugeant ses prestations trop appuyées. La profession n'a pas toujours été tendre pour le beau Paul Newman à qui les rôles tombèrent longtemps tout cuits dans le bec. Il joua cependant moins souvent les jeunes premiers que les marginaux: névrosés, alcooliques, salauds ou désespérés, dont ses traits parfaits reflétèrent les dérives et les révoltes.

Comme réalisateur, Newman révéla des facettes mal connues de sa vraie sensibilité pudique. Son Rachel, Rachel, en 1968 (d'après le roman de la Canadienne Margaret Laurence), avec son épouse Joanne Woodward dans le rôle principal, traçait un fin portrait féminin de mélancolie. Lui qui perdit son fils Scott par overdose lui dédia son film Harry and Son en 1984, oeuvre de pudeur et de tristesse.

Parmi la pluie d'hommages qui déferlait hier sur Newman, son grand copain et ancien compagnon d'armes Robert Redford (ils avaient joué ensemble dans The Sting et Butch Cassidy and the Sundance Kid) affirmait, très attristé: «Sa présence a rendu ma vie et ce pays meilleurs.» Générosité, amour de l'existence sont des traits vibrants de l'acteur disparu. Par-delà sa carrière de légende, s'efface aussi un grand militant pour les droits civiques, l'écologie, le cinéma indépendant, un contestataire des dérives d'Hollywood.

On aura vu beaucoup sa binette trôner sur des pots de vinaigrette, sauces, biscuits et autres aliments, jugeant le procédé d'assez mauvais goût, quoique gag au départ. Les profits de ces ventes étaient néanmoins versés à sa Fondation pour l'enfance en difficulté. Newman, plutôt que de s'asseoir sur son mythe, se sera engagé jusqu'au bout.

Il a laissé à ses cinq filles une lettre contenant ces phrases: «Toujours et jusqu'à la fin, votre père a été incroyablement reconnaissant de sa bonne étoile. Ce fut un privilège d'être là.»

Et un privilège pour nous d'avoir suivi le parcours d'un artiste américain si lucide et si généreux. Citoyen modèle, en somme et en sus.






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Vos réactions

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  • Stéphane Venne
    Inscrit
    lundi 29 septembre 2008 08h05
    L'acteur-star complet
    « Il est mort sans dévoiler ses deux secrets: comment un acteur arrive-t-il à être aussi naturel dans la tragédie et la comédie? et comme une star arrive-t-elle à rallier les hommes autant que les femmes? Il n'en existe plus guère, des comme lui. »

  • Jacques Laurin
    Inscrit
    lundi 29 septembre 2008 22h34
    Pul Newman
    « Bonsoir,

    Quel plaisir de vous lire!
    Privilège d'avoir suivi la carrière de Newman.
    Privilège de vous lire.
    Émotion.
    MERCI.
    Jacques Laurin »

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